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25/01/2014

Et si on investissait dans le bonheur du couple ?

La Libre, Momento, Bien-être, couple, bonheur, duréeLe bonheur conjugal se construit au quotidien. Il s’entretient aussi. Pour cela, il s’agit d’investir, notamment, dans sa vie sensorielle, sensuelle et sexuelle. Tout un programme, proposé le temps d’un week-end et consacré à l’exploration des sens de l’amour.

Entretien coquin: Laurence Dardenne


EN TEMPS DE CRISE, DANS QUOI INVESTIR ? L’immobilier ? Les actions ? Et pourquoi pas dans le bonheur du couple ? C’est en tout cas ce que préconisent Pascale De Sutter et Julie Van Rompaey. Elle se dit “architecte du désir”. En réalité, architecte de formation, elle “accompagne les hommes et les femmes, célibataires et en couple, à construire ou reconstruire leur désir en explorant avec eux les fondements de la relation amoureuse, de la séduction et de la sensualité”. En l’occurrence, la jeune femme, qui poursuit une carrière de gestionnaire et de manager dans l’administration, anime à ses heures des séminaires dans le domaine du développement personnel du couple et de la sexualité en Belgique, en Suisse et en France.
 
Il est docteur en psychologie, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UCL, chercheur et coauteur d’articles scientifiques en sexologie. Entre autres nombreuses activités parmi lesquelles l’animation de séminaires, qui se déroulent le temps d’un week-end dans un bel endroit où les participants sont invités à explorer tous les sens de l’amour, comme nous l’explique ce professeur de sexologie.
 
Pourquoi faut-il investir plutôt dans sa vie sensorielle, sensuelle et sexuelle que dans l’immobilier ou les actions ? Est-ce plus rentable ?
Depuis les 50 dernières années, on a pu observer que le couple n’était plus du tout quelque chose de sûr. Autrefois, c’était une institution extrêmement stable sur laquelle on pouvait s’appuyer. Le mariage n’a pas été inventé pour que les gens soient amoureux. A l’origine, on ne se mariait pas par amour ou pour s’aimer, mais pour survivre. Tout simplement. Que ce soit pour l’homme ou pour la femme, le mariage était véritablement une question de survie. Le couple, notre fondement de survie, ce qui n’est plus le cas. Aujourd’hui, le couple est quelque chose de très aléatoire, parce que nous avons changé son fondement qui est devenu le bien-être et l’amour. Or, comme l’amour est quelque chose d’assez volatile, on a aujourd’hui tendance à se dire un peu facilement : je n’aime plus, donc, je change, je passe à autre chose. En situation de crise, il est important de prendre le temps de réfléchir à l’importance d’investir dans son couple.
 
Quelles questions faut-il se poser ?
Cela vaut peut-être la peine de se demander : qu’est-ce que je fais pour maintenir cette institution, ce choix de vie ? La plupart du temps, les gens mettent beaucoup d’énergie dans autre chose que dans leur couple. Ils passent alors parfois à côté de l’essentiel. Le couple est là; il s’est usé, il s’est détruit sans que l’on s’en rende compte. On pense souvent à son avenir financier, on investit à la Bourse pour ses vieux jours. Mais pense-t-on à son couple pour ses vieux jours ?
 
Quelle a été votre réflexion, avec Julie Van Rompaey, à l’origine de ce concept ?
Julie s’est dit : souvent, les thérapies de couple sont axées sur la communication verbale. Et il est clair qu’il est important de se dire des choses, de s’exprimer… Mais on oublie trop souvent les 5 autres sens. Communiquer, cela peut aussi se faire par la vue. C’est parfois réapprendre à se regarder. Et oser se montrer, donc surmonter certains de ses complexes... Cela passe également par l’odorat : apprendre à sentir l’autre, le respirer… C’est aussi l’ouïe : la communication parlée, bien évidemment, mais aussi, dans la sensualité, c’est oser se lâcher à gémir, à exprimer son plaisir quand on fait l’amour… Puis, il y a le toucher : beaucoup de couples ne se touchent plus. Il suffit de regarder au restaurant, parfois, on se prend vaguement la main ou plus du tout. Pourquoi ne pas (ré-)apprendre le massage ?
 
Quels sont les objectifs de vos week-ends ?
Nous essayons de réapprendre de façon très pudique et respectueuse aux couples à se toucher à nouveau, à s’écouter, à communiquer avec les cinq sens. Cela se déroule en résidentiel, dans un très bel endroit, par petits groupes de dix couples maximum. Avec de larges plages où le couple peut se retrouver dans l’intimité. Des ateliers sont organisés. Le séminaire doit être à la fois créatif, enrichissant sur le plan intellectuel et sensoriel, mais aussi ludique et romantique. Chaque session aborde un thème nouveau sous un angle original. Ainsi, la session “Harmonie” invite-t-elle à explorer la communication sensorielle conjugale à travers l’ouïe. Elle propose de visiter l’univers fantasmatique féminin et masculin.
Le principe n’est pas de parler de ses problèmes. Il ne s’agit pas de dévoiler ses histoires personnelles devant le groupe. Au contraire, il s’agit de mettre vraiment l’accent sur le positif. Exemple : pendant cinq minutes, on ne se murmure à l’oreille uniquement des choses positives et gentilles. Cela a l’air idiot mais, pour certaines personnes, c’est vraiment une révélation. Ils ont les larmes aux yeux, car cela faisait des années qu’ils n’avaient plus partagé ce genre de choses. Certaines disent que ça leur a vraiment permis de recharger les batteries de leur couple, de repartir pour affronter les aléas du quotidien qui ne sont pas toujours rigolos... Se retrouver à deux, sans les enfants, dans le positif, est une expérience rare. Si les personnes ont malgré tout l’envie de partager certaines choses négatives, ou difficiles, elles peuvent nous rencontrer de manière tout à fait confidentielle.
 
A qui ces week-ends s’adressent-ils ? Et à qui ne sont-ils pas destinés ?
Ils ne s’adressent pas à des personnes qui ont de gros problèmes ou qui sont au bord du divorce, en plein conflit, et espèrent que cela va sauver leur couple. Il ne faut pas que les personnes viennent là pour laver leur linge sale en public. Cela ne s’adresse pas non plus aux personnes qui viennent de se rencontrer, qui sont en pleine lune de miel, sur leur petit nuage, et qui se regardent encore dans les yeux tout amoureusement. Non, cela s’adresse à des couples déjà installés dans la vie depuis quelques années et qui se sont un peu perdus, usés par le quotidien. Ils viennent là pour se retrouver, se ressourcer.
 
En réalité, vous leur réapprenez des choses qui devraient être tout à fait naturelles ?
C’est là le piège, justement : penser que le désir amoureux sexuel est quelque chose de naturel. Non, ce n’est pas plus naturel que le reste. Ce n’est pas plus naturel que pour un enfant de marcher. On apprend à marcher, à parler. Cela s’entretient. Beaucoup de femmes vont dire : quand j’ai rencontré mon fiancé, mon futur mari, mon compagnon,… je le désirais, je ne réfléchissais pas, j’avais hâte de le retrouver, j’étais toute excitée… On croit cela, mais la réalité, c’est qu’une femme qui rencontre son amoureux, son amant, elle se prépare. Elle va mettre de beaux sous-vêtements en imaginant comment ils vont se retrouver; elle va se bichonner, appliquer une huile de massage pour avoir la peau plus douce. Elle va se préparer à la relation intime et sexuelle. Elle choisit des comportements qui font qu’elle a l’illusion que les choses se font naturellement bien. Le souci, lorsque l’on vit en couple, c’est que l’on est débordé, fatigué, on a les enfants, on n’a pas bien dormi la nuit, et on ne fait plus ce genre de choses. Puis, on s’étonne que cela ne fonctionne plus comme avant. Que s’est-il passé ? Il s’est passé que l’investissement n’est plus le même. On investit dans ses enfants, dans la construction de sa maison, dans son boulot… mais on n’investit peut-être plus spécialement dans son intimité.
 
En savoir plus: www.lessensdelamour.com
 
 
Illustration: Gaëlle Grisard

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