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27/01/2014

Vile attitude pour Vyle

La Libre, Momento, Vie de château, château, abandon, VyleLe château de Vyle est horriblement abîmé et en grand péril par la faute de viles personnes. Un droit d’ingérence patrimonial devrait exister et permettre à l’Etat de capter des biens en danger pour les revendre à des fins de réaffectation.

Philippe Farcy


LA PUBLICATION RÉCENTE en “Gazette de Liège” et un peu plus ancienne dans “Vers l’Avenir” suscita en nous le besoin de scruter l’histoire du château de Vyle, au village de Vyle-et-Tharoul, sur l’entité de Modave. Nous avions déjà en ces colonnes publié Tharoul, délicieuse maison récemment vendue.
 
Vyle est depuis vingt ans un lieu difficile d’accès et occupé par des jean-foutre, des bourreaux du patrimoine. Il nous donne à nouveau l’occasion de causer du danger que nos vieilles pierres – témoins de notre passé et illustration de notre culture, au même titre que des églises, des gares, des chapelles, des marchés couverts, des ports, des mines et les quartiers ouvriers du Centre – peuvent subir comme outrages. Le patrimoine est fragile; il nécessite des soins constants. Si l’on n’y prend garde, en moins de vingt ans, que ce soit à Noisy chez les Liedekerke ou ici chez des inconnus qui ont succédé aux Lamarche, Kerchove, Meeûs pour les temps “récents”, le péril est aux portes des domaines.
 
 
Quand l’incurie s’en mêle comme à Vyle, quand l’incapacité financière agit sournoisement comme à Hermalle-sous-Huy ou à Balâtre, quand l’indifférence meurtrit Noisy, ou quand des nœuds juridiques indénouables paralysent l’avenir de Moulbaix, la pérennité des biens n’est plus assurée. Et les autorités régionales ne peuvent pas tout régler. Le château des Italiens à Tubize a été sauvé in extremis, mais ce n’est plus qu’une enveloppe dans un parc loti à quinze mètres des façades, comme au château des comtes de Horion à Angleur, dit “château Nagelmackers”.
 
Le patrimoine est donc chose fragile, et les associations nationales, comme celles des “Demeures historiques”, ou internationales, comme “Europa Nostra”, tentent de sensibiliser les pouvoirs publics autant que les propriétaires privés. La preuve de la fragilité se décèle quand on voit ce qu’était Vyle il y a moins de dix ans et ce qu’il est devenu. Ce qu’il faut, c’est déculpabiliser les propriétaires ou les héritiers qui n’osent pas vendre, alors qu’ils ne peuvent plus faire face.
 
Vyle est le pire exemple qui puisse se trouver en province de Liège. Laisser aller un bien à un tel niveau de pourrissement est un calcul bizarre. C’est même une aberration, d’autant que le Condroz est une région recherchée pour ses jolis domaines.
 
 
Le château de Vyle n’a jamais été de taille considérable. Il possède des bases du début du XVIIIe siècle, et Saumery y est passé pour ses “Délices du Païs de Liège”, vers 1740, mais sans en sortir impressionné. Il s’agissait d’un bâtiment en long, de douze travées quand même, sur deux niveaux égaux. En face, la cour était en partie fermée par des écuries et des annexes de même époque. Les toitures des annexes sont désormais effondrées. Elles étaient en parfait état en 1992, lors de la publication du volume 16/2 du “Patrimoine monumental” chez Mardaga; et encore, en 2001, lors de notre passage.
 
Une partie de la toiture du château en sa partie plus ancienne est, elle aussi, affaissée. Ce qui reste de plus stable est l’ajout, perpendiculaire au reste, et regardant vers l’Ouest, à savoir l’aile de néoclassique de cinq travées sur deux niveaux et demi, en briques et pierre bleue. Les trois façades de cette avancée étaient naguère encore couvertes de lames de zinc utiles à l’isolation. Cette aile avait été érigée par les Lamarche-Francotte vers 1820. Les Lamarche étaient alors marchands de tabac.
 
 
Avant eux, signale Amédée de Ryckel en 1892, on trouva Fastré de Hemricourt en 1232, qui le tenait en fief de Godefroid de Schines, chevalier du pays de Fauquemont (Valckenburg, près de Maestricht). Vyle était donc un caillou brabançon dans la chaussure du prince-évêque de Liège, comme l’était le château de Fallais (aux Marneffe).
 
Après 1430, le village de Vyle passa à Jacques d’Eve. Sa fille, Gelle, épousa Everard de Fizenne, puis une fille de ce nom épousa Guy d’Orjo, sire de Loncin, devenu sire de Vyle en 1548. Loncin et Awans, jumelées, dépendaient de l’abbaye de Prüm, puis de l’archevêché de Trèves, aux XVIe et XVIIe siècles. De Loncin, il ne reste rien; d’Awans, il existe toujours un ancien château Lamarche (encore eux), devenu maison de repos.
 
La fille ou petite-fille d’Orjo épousa, en 1597, Nicolas de Marotte, maître de forges bien connu. En 1635, Guillaume de Marotte donna ce bien à son neveu Charles de Celles, ce qui crée un lien avec Noisy et Vêves. Les barons de Celles gardèrent Vyle quelques décennies, et le bien arriva dans les mains de Philippe-Nicolas, baron de Wal, dont la famille se retrouve à Anthisne et à Beauraing. Les débuts du XIXe siècle sont plus obscurs.
 
 
Tout ceci se voit parfaitement de la rue. L’accès au domaine est interdit par ordre du mayeur pour cause de danger.
 
 
Ph.: Ph. Fy. (2005)

Commentaires

- Jeanne d'Orjo, héritière de Vyle et Baronville, épouse de Nicolas de Marotte en 1597, est une petite-fille de Guy d'Orjo et de Jeanne de Fisenne.

- Charles de Celles était un Houdoumont (Jallet), primitivement Jamodinne, famille distincte des Celles (Houyet) dit sans justification de Beaufort.

Écrit par : Thierry d'orjo | 27/04/2014

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