Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

01/02/2014

Pour tout l’or du monde

La Libre, Momento, Dehors, jardin, jaune, fleurCes vingt dernières années, il a souvent été de bon ton d’écarter du jardin et de ses parterres tout ce qui ne portait pas une livrée pastel. Les fleurs rouges, orange, jaunes n’avaient pas bonne presse…

Au jardin: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur

DES GOÛTS ET DES COULEURS, on ne discute pas. Au jardin, rien n’est moins vrai. Longtemps rouge, jaune, orange furent jugés “inutilisables” par les tenants du classicisme pur et dur. Difficile de sortir des sentiers battus pour l’amateur téméraire. Faire quelques pas vers ce qui “ne-se-faisait” pas, requérait audace et tempérament. Mais les modes changent. Les jardiniers, aussi. Histoire de personnalité. Attrait de la nouveauté ou vision nouvelle pour échapper à l’ennui et à l’uniformité du “jardinièrement correct.”
 
Un des précurseurs en ce domaine fut sans conteste le regretté Christopher Lloyd à Great Dixter, en Angleterre. Il revint aux couleurs vives. La nature, disait-il, mélange allègrement les teintes sans jamais choquer. Il fit donc flamboyer les plates-bandes. Belle occasion pour lui de remettre à l’honneur dahlias, glaïeuls et autres végétaux de grand-mère. Il n’en reste pas moins vrai qu’il est plus facile de traiter un camaïeu de roses ou de bleus que de juxtaposer rouge sang, rouge orangé, jaune acide et jaune d’or parmi les feuillages qui, ne l’oublions pas, ont aussi leur mot à dire. De surcroît, quand il n’est pas maîtrisé, le bariolage tourne assez vite à la cacophonie. Trop de couleurs tuent la couleur. Plus d’un, parmi nous, garde en mémoire quelques massifs urbains tirés au cordeau où des masses hurlantes de tulipes, bégonias ou salvias se répandent.
 
Pour habituer l’œil à ce nouvel embrasement, commençons par le jaune. Après la grisaille hivernale, même les adversaires les plus irréductibles des tons chauds qu’ils qualifient de criards, ressentent l’irrésistible envie de la lumineuse chaleur du jaune. Et il y a mille jaunes dans le jaune. Ce que certains voient jaune, d’autres le qualifieront de cuivré. Tant mieux, cela élargit l’éventail des possibilités… Le plus sage est de débuter en recherchant les caractéristiques de cette couleur de base, dite couleur primaire, et des sensations qu’elle éveille.
 
Cette teinte existe chez les plantes sous bien des aspects  : jaune des fleurs, des feuillages, des chatons, des fruits et même de la sève. Le jaune des fleurs et des feuillages fournit une lumière sans pareille. Cette note étincelante et légère aère tout un massif et, par temps gris, donne l’illusion d’un éclat de soleil. Marié au blanc, le jaune accroche le regard et apporte une touche d’élégance, voire de fraîcheur aux compositions. En voilà deux qui font bon ménage sans grand risque. L’autre compagnon privilégié du jaune est le bleu dans toutes ses nuances. Ensemble, ils contrastent joliment et forment de puissantes associations. On dit d’un bleu qu’il n’est jamais aussi bleu que quand, non loin de lui, se trouve une pointe de jaune qui le fera chanter.
 
En mêlant les jaunes et les verts les plus variés, votre jardin sera plein de douceur et de lumière. N’hésitez pas à jouer avec les nuances intermédiaires de jaune vert, vert chartreuse et vert anis. L’association du jaune et des rouges est plus intense et peut même, en été, créer des effets assez rutilants. Les différents tons de jaunes se mélangent, eux, sans difficulté même si, sous le grand soleil, trop de jaune peut lasser. Toutes les expositions lui conviennent. Certains feuillages persistants, dits “dorés”, préfèrent, néanmoins, pour des raisons métaboliques, des expositions non brûlantes.
 
 
Le jaune attire l’œil et, dès lors, raccourcit l’impression de distance. On dit qu’il rapproche et que son effet est immédiat. Dans la gamme des jaunes, les nuances sont nombreuses. Elles peuvent aider à créer un sentiment d’espace, en respectant l’ordre du plus chaud au plus froid. C’est-à-dire en plaçant les tons jaunes les plus vifs et les plus marqués à l’avant et dans le lointain, les jaunes les plus pâles… Ces derniers, tout comme le blanc, donnent des scènes somptueuses au crépuscule quand ils semblent émettre leur propre lumière… Chaque saison a ses stars; actuellement, les jours tristes sont éclairés par les jasmins d’hiver, les hamamélis et les chatons des noisetiers. Bientôt, ce seront les eranthis, les crocus, les narcisses et les forsythias. Du jaune sans péril…
 
 
L'embarras du choix
 
La gamme des fleurs et des feuillages déclinant cette couleur, est vaste. Imaginons un parterre basé sur cette teinte. Voici quelques suggestions. Certains arbustes ou petits arbres ont un feuillage intéressant et peuvent servir de point focal. Notamment, le Cercis canadensis ‘Melon Beauty’, superbe variété aux feuilles d’abord bronze puis dorées. Le Viburnum lantana ‘Aureum’ a, lui aussi, une coloration or. Lorsqu’il débourre au printemps, l’Acer ‘Orange dream’ne passe pas inaperçu. À leurs côtés, Rosa hugonis ou ‘Canary Bird’donnent le meilleur d’eux-mêmes au printemps. Une seule floraison mais quel spectacle. Une forme peu courante de la traditionnelle marguerite des jardins à grandes fleurs jaune pâle, Leucanthemum superbum ‘Sonnenschein’, pour l’été, et quelques Achillea filipendulina dont ‘Credo’, jaune soufre, et ‘Coronation Gold’, jaune fort. En couvre-sol, le Geranium ‘Blue Sunrise’, au feuillage doré dès sa première apparition, ou ‘Ann Folkard’. L’Epimedium ‘Fröhnleiten’reste une valeur sûre avec ses petites fleurs jaunes et les couleurs d’automne de son feuillage. En été, les héliopsis et les hélénies ont été un peu oubliés ces dernières années, ne les boudez plus. Heliopsis var.scabra ‘Sommersonne’a de grandes fleurs simples jaune orangé, ne drageonne pas et fleurit jusqu’en septembre.
 
 
Ph.: MNC & MPV

14:00 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, jardin, jaune, fleur | |

Les commentaires sont fermés.