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01/02/2014

Sois belge et tais-toi n°16 : un parfum de préparation

La Libre, Momento, Coulisses, Sois belge et tais-toiQuelques heures avant le spectacle, dans les coulisses, il règne comme un silence apaisant. Voilà qui contraste avec l’échauffement des esprits cinq mois auparavant, lors de la préparation de cette revue satirique.

Reportage: Lauranne Garitte
Photographe: Jean-Christophe Guillaume


SI LE TITRE DE LA SATIRE POLITIQUE BELGE la plus réputée du royaume invite à se taire, ce n’est pas la langue en poche que Baudouin Remy nous emmène en cette fin d’après-midi dans les coulisses du spectacle “Sois belge et tais-toi”. D’ici quelques heures, le journaliste politique et le reste de la Compagnie Victor monteront sur scène pour la énième représentation de cette 16e édition : “Un parfum d’élections”. Autodérision typiquement belge, chorégraphies millimétrées, humour sans chichis, imitations d’hommes politiques, chansons comiquement remaniées et jeux de mots à n’en plus finir. C’est, dorénavant, le cocktail explosif créé de toutes pièces par les Remy, père et fils, qui continuent d’étonner par leur créativité.
 
Pour l’heure (17h15), les coulisses sont vides, à l’exception de quelques tringles qui attendent les costumes d’Elio Di Rupo, du roi Philippe, de Bart De Wever, ou encore de Joëlle Milquet. Tous ces déguisements sont soigneusement rangés dans des caisses en carton personnelles. “Ici, c’est ma caisse”, commente Baudouin Remy. “Le régisseur général place chaque objet minutieusement en fonction des habitudes de chacun. Moi, par exemple, je ne supporte pas que mes cintres soient accrochés dans le mauvais sens.” Dans la salle aussi, il n’y a pas un chat. Quoique, tout au fond, derrière les rangées de fauteuils, une lumière indique la présence de techniciens dans la régie. “Dès qu’on change de salle, il faut reprogrammer tout le spectacle. Les régisseurs doivent donc arriver en début de journée. Ils veillent à ce que tout soit prêt au détail près.” C’est dans cette régie qu’un ordinateur génère automatiquement les moindres ordres techniques sur la scène : musiques, vidéos, lumières, tout est programmé à l’avance. “En fait, pendant la représentation, le régisseur n’a qu’à croiser les doigts pour que tout fonctionne. Et si ça foire, on improvise !”, sourit le comédien.
 
Un long travail d’écriture
Rembobinons le fil du temps quelques mois en arrière. Fin septembre 2013. Alors que les “vrais hommes politiques” font leur rentrée, la Compagnie Victor, elle aussi, se retrouve autour de la table des négociations pour préparer la prochaine édition de “Sois belge et tais-toi”. Durant plus de deux mois, à l’image du kern (Conseil des ministres restreints), les acteurs mettent le spectacle sur pied. De neuf heures à minuit, tous les jours, ils travaillent d’arrache-pied pour sélectionner et mettre en scène les meilleurs événements belges de l’année. Sur la base d’une ébauche de texte écrit par Baudouin Remy, chacun y va de sa petite blague ou de sa connaissance de l’actualité, et cela donne des journées entières à badiner avec l’humour : “Nos blagues ne sont jamais blessantes. Même Maggie De Block est venue nous le dire. On joue avec la limite du politiquement incorrect sans jamais la franchir. Tout ce qu’on veut, c’est que cela parle au public”, raconte celui qui pastiche Yves Leterme . Alors, de jour en jour, de belgitude en belgitude, ils créent.
 
Choisir un sujet, c’est renoncer
Avec tout ce qu’offrent les hommes et femmes politiques belges, il faut forcément laisser certains sujets de côté. Comment, dès lors, bien piocher dans ce que propose l’actualité d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? “Quand on prend des événements avec une certaine résilience, on est sûrs de ne pas se tromper, car ils peuvent s’adapter à un autre moment. La polémique autour des pandas, par exemple, on se doutait qu’on allait encore en parler aujourd’hui. L’abdication du roi Albert II, c’est évident qu’on en parlera encore dans trois ans ! Le pari de cette année, c’était les Diables Rouges. On a eu de la chance qu’ils soient qualifiés…”, explique Remy fils.
 
Imiter n’est pas ressembler
Après les sujets, ce sont les rôles qui sont répartis, à la mi-octobre. “Cette année, j’ai demandé à Joël Riguelle d’analyser le personnage de Marc Wilmots. Après quelques essais, ça donnait plutôt bien.” Mais le principal, d’après Baudouin Remy, n’est pas de ressembler trait pour trait à quelqu’un : “L’important, c’est d’acquérir un phrasé et un ton qui fassent ressentir la personnalité du personnage incarné.” Ainsi, tout au long de l’année, chaque comédien porte une oreille et un œil attentifs aux interventions de leurs personnages.
Vers 18 heures, dans la salle de spectacle, le silence a fait place à quelques “tests voix”. L’ambiance reste calme et détendue. Pourtant, dans deux heures, les sept comédiens seront sous les feux des projecteurs pour un spectacle, comme promis,… à la belge !
 
 
La Libre, Momento, Coulisses, Sois belge et tais-toiRENDRE LE CHANT LUDIQUE
 
“Sois belge et tais-toi” s’inspire de la tradition des revues. Rien à voir avec la lecture, mais bien avec l’écoute, puisque ces spectacles font, entre autres, chanter les comédiens. Ceux-ci doivent jongler entre les performances d’acteur, d’imitateur, de danseur et de chanteur. Or, aucun d’entre eux n’est chanteur professionnel. Hughes Maréchal, le coach vocal de la troupe, a pour mission de préparer vocalement chaque comédien.
 
Parmi les comédiens, il n’y a pas de chanteur professionnel. Cela complique votre travail ?
Pas vraiment. Cela fait 15 ans qu’ils participent à “Sois belge et tais-toi”. André Remy, par exemple, chante depuis 30 ans. Joël Riguelle, lui, a fait beaucoup de cabarets de chanson française. Aucun d’entre eux n’est vraiment inexpérimenté dans le domaine.
 
En quoi consiste votre métier pour “Sois belge et tais-toi” ?
Je dois leur faciliter l’acquisition des chansons. D’abord, je trouve les tons adaptés aux voix de chacun. Ensuite, j’ajoute des 2es et 3es voix. Enfin, je travaille énormément la technique vocale avec eux.
 
Et qui s’occupe de l’écriture des paroles ?
André Remy. Il connaît la chanson française sur le bout des doigts. Pendant des heures, il écoute des musiques et essaye de détourner les paroles de façon amusante.
 
Devez-vous également gérer l’accent et la voix du personnage qu’ils incarnent ?
L’accent, ils le gèrent déjà eux-mêmes. Ils passent un temps fou à s’inspirer de leur personnage à la télévision. Cela ne complique donc pas vraiment mon boulot. Au contraire, parfois, l’accent permet de rendre le travail plus ludique. Or, quand on chante en jouant avec son corps, c’est beaucoup plus facile.
 
Vous leur apprenez donc aussi à avoir confiance en eux.
Oui, la confiance en soi, en chant, représente 50 % de la réussite d’un spectacle.
 
Vous arrive-t-il de recevoir des appels d’urgence pour une extinction de voix ou un problème de santé ?
Oh que oui ! Cela m’arrive chaque année. Généralement, je leur conseille de travailler leur voix en douceur, en se soignant avec des huiles essentielles. Dans les cas extrêmes, je recours à la médecine, mais c’est très rare.
 
Après 4 ans, avez-vous remarqué une évolution frappante parmi les comédiens ?
Oui, les deux filles, Elsa et Stéphanie, ont vraiment fait d’énormes progrès de confiance en elles. Maintenant qu’elles ont acquis la bonne technique, mon travail est chaque année de plus en plus facile.

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