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01/02/2014

Une mer de thé

La Libre, Momento, Papilles, thé, ChineEn Chine, un projet de plantations de thé, entourées d’un centre touristique axé sur la culture du thé, est sur le point de voir le jour.
 
Baudouin Havaux


À DEUX HEURES DE ROUTE de Guizhou, des chemins escarpés, jalonnés de villages ruraux, nous conduisent sur les hauteurs de la province de Guiyang, au village de Kai Yang, un village qui compte malgré tout 430 000 habitants. Les plantations de théiers de la région couvrent 20 000 ha, sur lesquels près de 60 000 paysans s’activent à la taille et à la récolte des théiers ou à la transformation des feuilles et leur conditionnement. Arrivés au point culminant à 1 300 mètres d’altitude, nous franchissons les portes du domaine agricole “éco-efficient” de Guijho Kai Yang où nous attend Li Jin Ping, le propriétaire du domaine. Confrontés à de sérieux problèmes écologiques, les Chinois sont de plus en plus sensibles à une approche plus saine de leur milieu ambiant et de leurs ressources alimentaires.
 
C’est dans ce contexte que Li Jin Ping a décidé, il y a 5 ans, de développer son projet agrotouristique dans une démarche résolument écologique. La première phase du projet consiste en une plantation de 2 000 ha de théiers, aujourd’hui en production, 100 % organique, aucun engrais chimique, ni insecticide ne sont utilisés. La seconde phase du projet devrait voir s’ériger autour des plantations un centre touristique axé sur la culture du thé, avec des bungalows, des restaurants, des salons de thé, un spa et un musée. Un concept déjà exploité dans différents vignobles, mais novateur en Chine, qui devrait attirer des touristes chinois et étrangers à la recherche de calme et d’air pur dans cette région traditionnellement reconnue pour son art de vivre. Les hôtes seront également invités à récolter eux-mêmes les précieuses feuilles pour leur usage personnel. Actuellement, 70 % de la production est destinée à l’exportation en vrac, mais aussi conditionnée dans de magnifiques jarres en faïence colorées.
 
Les théiers sont tous plantés sur les sommets des collines exposés à un climat plus froid, propice à concentrer les arômes. Cette véritable mer de thé, perchée sur les hauteurs, semble planer comme un immense vaisseau au-dessus de la vallée partiellement noyée par les brumes. Elle offre une vue envoûtante sur la succession de vallons arborés. Une température fraîche est l’un des éléments essentiels pour garantir la qualité du thé. Ici, on ne récolte pas en été, car la chaleur et la lumière estivale provoquent une réduction aromatique.
 
Le sol est rouge, il regorge d’argile capable de retenir l’eau nécessaire au développement de la plante. L’acidité de la terre (PH de 6,8) est également un facteur important pour la finesse du thé.
 
 
La cueillette commence par le haut de la plante, d’abord par les feuilles au stade de bourgeon, appelé “pekoe”, et par les toutes jeunes pousses plus tendres et aux arômes plus intenses. Récoltées par d’agiles mains expertes, principalement féminines, ces feuilles produiront les thés les plus fins, mais aussi les plus chers. Aux moments les plus intenses de la récolte, près de 10 000 kg de feuilles sont récoltées par un millier de cueilleurs.
 
Transportées en panier jusqu’à la salle de conditionnement, les feuilles vertes sont séchées sur de grands plateaux en osier sous l’action de ventilateurs, avant de passer dans un four à 160°C pour enlever l’odeur amère. Ensuite, les feuilles sont froissées pour libérer leurs arômes, puis subissent à nouveau un séchage sur les plateaux d’osier avant d’être enroulées soit sur la longueur, soit en forme de petites boulles. Le thé vert est alors prêt à être expédié. Le thé que nous appelons noir, mais que les Chinois nomment rouge, subit, lui, une phase intermédiaire de fermentation.
 
La visite se termine au premier étage du bâtiment, autour d’une immense table à laquelle nous prenons place, sous les yeux pétillants de fierté des responsables de la plantation qui attendent, avec un peu d’inquiétude, notre verdict sur la qualité des thés vert et rouge servis dans deux grands verres. Les deux infusions étaient très parfumées et intenses. Nul doute que le magnifique panorama sur des rangées de théiers, qui se succèdent comme des vagues par gros temps, ajouté à la fraîcheur des feuilles et à l’enthousiasme de l’équipe réunie, donne une dimension extrêmement mythique à cette séance de dégustation.
 
 
Ph.: B.H.

12:00 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, papilles, thé, chine | |

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