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04/02/2014

Milner, un sacré personnage

La Libre, Momento, Vie de château, Noisy, Edward MilnerAutour de Noisy, rôde le nom d’Edward Milner. Est-ce lui qui a vraiment dessiné cet incroyable château ?

Philippe Farcy


NOUS SOMMES SANS DOUTE quelques dizaines depuis plus d’un mois à chercher des éléments sur cet architecte de jardin très réputé en Grande-Bretagne, Edward Milner (1819-1894).
 
Où que l’on cherche, et les pages ne manquent pas sur le Net à ce nom, il apparaît que le héros de Noisy, dit aussi “Miranda”, ne soit qu’un architecte-paysagiste, comme il en existait tant au XIXe siècle, et encore maintenant, à dire vrai. Un château et un parc, le siège d’une firme ou un golf ne seraient rien sans ces faiseurs de rêves arborés en ce début de XXIe siècle. Il en était de même jadis.
 
La grande question qui se pose est de savoir si notre Milner aurait pu assumer un tel projet ? Il faudrait consulter les archives du château de Noisy pour prouver cette idée. Tout le monde répète qu’il est le créateur du château; cela s’appelle de la compilation, mais on voudrait bien voir une source d’archives qui confirmerait cette idée systématiquement répandue. Que l’on sache, Milner donna des dessins de pavillons en métal et verre, comme dans la ville d’eau de Buxton.
 
Quoi qu’il en soit, Milner fut un personnage important dans son pays. Toby Musgrave, historien des parcs, a écrit une notice sur ce créateur de jardins, publics et privés. Il en ressort ce qui suit. Milner a fréquenté la Bakewell Grammar School. Puis, il devint apprenti jardinier auprès de Joseph Paxton, jardinier en chef du VIe duc de Devonshire au château de Chatsworth, là où se trouvent des tableaux de Nicolas Poussins et des dessins de Raphaël. En 1841, Milner va passer quelques mois à Paris, pour étudier la botanique au Jardin des Plantes. Puis, il revient dans le bureau de Paxton, comme assistant. Au début des années cinquante, on le retrouve travaillant sur le “Prince’s Park” à Liverpool, puis au parc de Crystal Palace dans le “Penge Park” à Sydenham et au “People’s Park” de Halifax. A partir du milieu des années cinquante, il se met à son compte et travaille sur de nombreux projets de parcs publics ou privés, comme en la ville d’eau de Buxton (pavillons de jardins publics ouverts en 1871, très proches de ceux de Spa, commande soutenue par le duc de Devonshire), comme à Lincoln, à Preston, à Bodnant, à Hartsholme Hall, et on le verra même à Gissefeld au Danemark. Le duc de Croÿ-Dulmen l’employa sur ses terres en Allemagne. En 1881, il deviendra le directeur de l’école de jardinage de Crystal Palace. C’est l’époque où il fonda le bureau Milner qui restera en activité jusqu’en 1995. Cela en faisait le plus ancien bureau d’architecture de jardin de Grande-Bretagne. Son fils Henry-Ernest (1845-1906) reprit le flambeau, puis vint Edward White (1872-1952), marié à la fille de Henry-Ernest. Un autre associé suivit encore. Sur le site de l’université de Reading où se trouve le Musée de la vie rurale d’Angleterre (MERL), on apprend d’autres choses sur la vie intense d’Edward Milner. Mais, jamais, il n’est signalé qu’il travailla comme architecte de bâtiments aussi considérables que celui de Noisy.
 
 
Si ce n’était Milner, ce serait un autre, et des meilleurs auteurs de son temps. Noisy s’inscrit dans une atmosphère européenne et internationale de redécouverte de l’époque médiévale. L’art roman et surtout l’art gothique furent remis à l’honneur grâce aux travaux de Mérimée et de Viollet-le-Duc en France. En Grande-Bretagne, c’est d’abord Horace Walpole (1717-1797), à travers sa maison de Strawberry Hill, puis Auguste Pugin (1762-1832), qui relancèrent la mode du style gothique, que l’on retrouve jusqu’au Canada (parlement d’Ottawa) et aux USA. Noisy n’est donc pas un cas isolé, un caprice de milliardaire, c’est une leçon d’histoire et de modernité au cœur d’une Belgique triomphante qui faisait l’admiration du monde occidental. Détruire cette bâtisse serait évidemment sacrilège.
 
 
Au cœur du “Gothic Revival”
 
Nous avons demandé à une jeune historienne de l’art britannique de nous donner son avis sur le contexte dans lequel Noisy fut créé. Il s’agit d’Emily-Jane Smith, résidante de Cardiff et sortie de l’université de Lampeter au Pays de Galles.
“Quiconque explore le néogothique apprend très tôt qu’il y a dans cette explosion culturelle du XIXe siècle bien plus que du simple romantisme ampoulé et exagéré. Le château ‘Miranda’est un exemple remarquable et sans pareil de cette époque importante d’une histoire culturelle européenne.
Le néo-gothique a donné libre cours à l’inspiration et à l’imagination. A Noisy, le style ‘Scots Baronial’se mélange avec des éléments subtils de néo-gothique et de néo-Tudor dans un enthousiasme architectural qui est en fin de compte unique. On n’y trouve pas les éléments lourdement romantiques des autres bâtiments de la même période, tels que ceux de Viollet le Duc et William Burges.
Pendant le XXe siècle, ce style est tombé en défaveur. Cette attitude est l’objet d’un revirement, ici, au Royaume-Uni depuis quelques années, et les châteaux victoriens, jadis ruinés, tels que Gwrych (Pays de Galles) et Charleville (Irlande) ont été sauvés et restaurés. J’espère qu’en Belgique, on fera de même. Miranda et son style architectural sont une merveille historique réellement spéciale. Perdre cela serait catastrophique.”
 
 
Ph.: PhotoNews

Commentaires

Qui que ce soit, c'est un architecte de génie qui a fait un château magnifique !

Écrit par : devis | 30/03/2014

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