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08/02/2014

En notre âme et conscience

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Intime Conviction, ArtePhilippe Torreton incarne un médecin légiste soupçonné du meurtre de sa femme dans une fiction qui jette le trouble. Suivie d’un procès participatif sur le web. A la réalisation, Rémy Burkel a veillé à ce que chacun puisse se faire une intime conviction. Sur arte.tv dès le 10/2, et sur l’antenne d’Arte le 14/2, à 20h50.

Entretien: Caroline Gourdin, correspondante à Paris


SPÉCIALISTE DU FAIT DIVERS, auteur notamment de la série documentaire “Justice à Vegas”, Rémy Burkel a pu tourner, au tribunal de grande instance de Tours, le procès du Dr Villers, incarné par Philippe Torreton. Mais avant, le réalisateur a dû ficeler une “fiction qui puisse tenir debout comme un unitaire”. On peut donc considérer comme une première partie Intime conviction**, dont l’enquête se prolonge par un procès, à découvrir et à commenter pendant trois semaines sur le web, dans la peau d’un juré d’assises. “On voulait une fiction avec des personnages qui existent, avec un univers, pour pousser les gens à voir le procès sur le web. Ce fut toute la difficulté de ce projet, parce que ce sont deux univers très différents”, confie Rémy Burkel.
 
Comment s’est passé le tournage des deux volets ?
En octobre 2012, à Biarritz, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, nous avons tourné la fiction comme une fiction traditionnelle, pendant 23 jours, avec plusieurs prises par scène. Trois semaines plus tard, nous nous sommes retrouvés au tribunal, où nous avons dissimulé autant que possible six caméras et des micros partout. Là, c’est le président, Jean-Pierre Deschamps, qui dirigeait la séance. On ne coupait pas, on ne faisait pas de prise. Alors que la fiction était très écrite, au procès, il y avait une trame, mais les comédiens jouaient un rôle qu’ils improvisaient pour l’essentiel.
 
Comment diriger les comédiens durant le procès ?
Nous avons beaucoup discuté des personnages et de détails de procédure avant d’entrer en scène. Mais une fois dans l’arène, les comédiens ont été confrontés à de vrais avocats pénalistes, au procureur général Jean-Claude Kross, au président, qui les ont traités sans ménagement comme de vrais témoins, et de vrais jurés. Ils m’ont tous dit que c’était jouissif, qu’ils se sentaient libres d’aller n’importe où. Cela donne un résultat spontané, naturel. Je suis Américain, j’ai fait beaucoup d’impro en tant que comédien. J’adore ce principe. Mais il y a eu des recadrages. C’était novateur pour tout le monde.
 
Ce fut une épreuve ?
Les comédiens ont été prodigieux. Philippe Torreton a réalisé un exploit avec 6 à 7 heures de présence par jour devant une caméra sans jamais sortir de son personnage, alors qu’il détestait l’improvisation, parce que c’est un homme de théâtre et de texte. Il ne parlait pratiquement qu’à son avocate, Maître Françoise Cotta. Il était tellement persuadé que l’auteur, Dominique Garnier, le producteur, Denis Poncet, et moi, nous le pensions coupable, qu’on n’arrivait plus à communiquer. Ce fut déstabilisant, mais fascinant. Ce qui est important, c’est ce qui apparaît à l’écran. Il y a une tension particulière que le chroniqueur judiciaire Jean-Philippe Deniau de France Inter, notamment, a ressentie, comme dans un vrai procès.
 
Comment avez-vous recruté les jurés ?
Les 6 jurés et leurs 3 suppléants ont été sélectionnés parmi 200 personnes suite à un appel sur Internet, pour leurs capacités à exprimer leur ressenti. Ils ne savaient rien du dossier avant d’entrer dans la salle d’audience. On a pu, ce qui est interdit dans la réalité, les filmer pendant les délibérés, sauf le vote, et recueillir leurs impressions face aux témoins et experts. Il y a une dimension pédagogique.
 
Dans la fiction, vous brouillez sans cesse les pistes.
J’ai souhaité que chacun décide en son âme et conscience, en tant que personnage, si le Dr Villers était coupable ou innocent. Je ne voulais pas orienter le jugement des gens, de façon à ce que le procès ait un intérêt et qu’à la fin du téléfilm, chacun se soit forgé partiellement une conviction intime. Le capitaine Judith Lebrun a-t-elle trop enquêté à charge ? Le Dr Villers a-t-il tué sa femme ou l’a-t-il poussée au suicide ? Je voulais, comme dans la réalité d’une enquête, où l’on n’a ni preuves ni aveux, que ce soit compliqué de s’orienter. Et que l’on découvre, derrière les actes présumés, une histoire qui nous permette d’avoir un jugement moins tranché.
 
 
VINGT ET UN JOURS DANS LA PEAU D'UN JURE
 
Brouiller les pistes, dépasser les limites, proposer à l’internaute de s’impliquer concrètement dans l’histoire, de ne pas en rester simplement le spectateur, c’est l’ambition d’Intime conviction, nouveau projet addictif présenté sur arte.tv.

Partant de ce qui peut sembler être une banale histoire de meurtre déguisé en suicide, Arte, en partenariat avec Maha Productions, propose une expérience unique : vivre de l’intérieur le procès de Paul Villers, accusé du meurtre de sa femme Manon. Un procès que l’on suit depuis la prestation de serment des 9 jurés (également choisis parmi la communauté des internautes) jusqu’au prononcé du verdict, le 2 mars prochain.
 
Tout commence sur le Net ce 10 février, avec la mise à disposition de la fiction en tant qu’élément du dossier (4 jours avant sa diffusion télévisée) mais aussi avec l’ouverture du procès. Chaque jour apporte son lot d’informations. Une progression en 34 étapes + bonus durant laquelle on avance dans les différentes phases du procès (auditions des témoins, hypothèses des experts, plaidoiries des avocats, etc.) tout en accédant aux différentes pièces du dossier d’instruction (relevés téléphoniques, rapport balistique, photos, etc.).
 
Où l’on perçoit que la vie d’un juré est très loin d’être un long fleuve tranquille, secoué par les révélations des témoins, les coups de théâtre de l’enquête et les coups d’éclats des avocats, sans oublier les expertises et contre-expertises forcément contradictoires.
 
Afin que chacun puisse se forger son “Intime conviction”, l’internaute a également accès aux interviews des différents protagonistes et à l’avis des 9 jurés. Au fil des modules, chacun est appelé à voter : coupable, non-coupable ou indécis ? Et peut suivre à la fois l’évolution des opinions émises par la communauté dans son entièreté et/ou celle de ses “amis” via Facebook. Participation seul ou en groupe, progression quotidienne, hebdomadaire ou en marathon, à chacun sa façon de vivre et d’aborder ce procès. En sachant toutefois que le verdict et les derniers éléments (comme la vidéo du délibéré des 9 jurés) ne seront rendus que le 2 mars prochain.
 
Qu’auriez-vous fait à leur place ? Quel aurait été votre verdict ? Telles sont les questions que pose “Intime conviction” à ses jurés virtuels.
 
Arte s’était déjà lancée dans une aventure participative au croisement de la fiction et du jeu vidéo en septembre 2012 avec The Spiral ** . Offrant du même coup une vitrine internationale à une fiction conçue en grande partie en Belgique (acteurs et équipes techniques comprises).
 
Première série crossmédia européenne, elle a été diffusée simultanément sur ses neuf chaînes coproductrices : Arte (pour l’Allemagne, la France et la Suisse), mais aussi les chaînes publiques belge (Een), danoise, finlandaise, néerlandaise, norvégienne et suédoise.
 
“The Spiral” offrait la possibilité aux téléspectateurs de participer via le web à la recherche des œuvres volées dans la série. Une quête transfrontalière dont l’issue était ensuite intégrée dans la série.

Dans Intime conviction , la fiction ne marque que le début de l’aventure, le procès prend ensuite le relais pour 21 jours d’intenses débats. Un dispositif qui marie à la fois la fiction (les différentes étapes de procès filmées en novembre 2012) et le documentaire (la procédure d’un véritable procès d’assises est respectée) via l’implication de vrais magistrats et avocats mais aussi de deux chroniqueurs judiciaires, travaillant pour France Inter et Le Figaro.
 
Rarement, la fiction permet-elle de suivre à la fois l’enquête et son dénouement judiciaire, les séries se focalisant souvent sur l’un ou l’autre des deux temps forts d’une affaire. Avec “Intime conviction”, on peut tout suivre de bout en bout : l’enquête et le procès.
 
Karin Tshidimba
 
Ph.: Maha Productions

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