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08/02/2014

Malheur ! quelle bière...

La Libre, Momento, Papilles, bières, malheurLa Malheur, une gamme de bières spéciales qualitatives, a vu le jour en 1996. Elle a raflé de nombreux prix l’année dernière.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


EN 2013, MANU DE LANDTSHEER a fait un malheur avec ses bières dans les plus importantes compétitions internationales. Il a remporté deux médailles d’or pour sa “Malheur brune”, l’une aux Etats-Unis à la World Beer Cup et l’autre en Belgique à la Brussels Beer Competition, et une médaille d’argent à la World Beer Cup pour la Novice Black Triple. Ces reconnaissances internationales confirment le haut niveau qualitatif des bières brassées à Buggenhout.
 
Chez les De Landtsheer, il y a 175 ans que l’on est brasseur de père en fils. Six brasseries actuellement en fonctionnement en Belgique sont aux mains de brasseurs issus de la famille De Landtsheer. Manu est né dans la brasserie et a vécu l’histoire souvent répétée dans tous les villages et villes de Belgique qui, avant la guerre, accueillaient dans leurs murs une brasserie. Dans les années quarante, l’activité de brassage a été interrompue et seules les activités d’embouteillage et de distribution ont été conservées.
 
En 1974, confronté aux coûts croissants de la main-d’œuvre et à la nécessité de remplacer ses casiers en bois par de plus modernes en plastiques colorés, son père jette l’éponge. Sans la détermination de Manu, l’histoire se serait terminée là. Dans un contexte économique dominé par de grosses brasseries industrielles et le succès des pils, il fallait élaborer un plan stratégique ambitieux et innovant pour s’attaquer au marché de niche des bières spéciales qualitatives. En 1996, après une sérieuse étude marketing, la décision de brasser une bière blonde de fermentation haute et faible en alcool pour répondre à la demande de l’époque est prise, et la marque “Malheur” est arrêtée. L’étude avait en effet conseillé une marque forte, agressive, qui pouvait même être négative à condition qu’elle évoque un “happy end”.
 
Au début, le nom a eu un peu de mal à être accepté en Wallonie, et certains cafés refusaient, par superstition, de placer des bières “Malheur” dans leurs frigos. Pour les convaincre, les commerciaux devaient alors argumenter qu’il y avait bien de la “Mort Subite”.
 
 
La salle de brassage n’est pas bien grande, mais abrite une technologie de pointe, et l’embouteillage est sous-traité chez des collègues. Grâce à de grandes baies vitrées, les cuves sont visibles depuis le petit magasin du rez-de-chaussée et, à l’étage, depuis le petit estaminet reconstitué avec du mobilier ancien et peint en jaune foncé, la couleur “corporate” de l’entreprise. C’est derrière le bar que Manu, à la physionomie d’un bon vivant bourguignon, s’active à faire déguster ses bières. Le volumineux humidor placé sur le coin du bar trahit sa passion pour les havanes. Egalement président du club de cigare de Dendermonde, on comprend peut-être pourquoi la complexité des “Malheur” se marie à merveille avec un Montecristo ou un Robaina.
 
 
Les Brut
A la fin d’une visite de la brasserie, le critique Mickael Jackson demande à Manu De Landtsheer quel est son “ultime dream” en matière brassicole. En boutade, il lui répond : “fabriquer une bière haut de gamme refermentée en bouteille et dégorgée comme en Champagne”. Intrigué par cette idée saugrenue, Mickael Jackson lui commande les 1000 premières bouteilles, et pris au mot, Manu relève le défi. Il prend la route de la Champagne pour demander conseil aux producteurs, qui le dirigent vers le centre œnologique d’Epernay. Intrigués par ce projet original, les successeurs de Don Pérignon acceptent de se pencher sur la question. Une caisse de Malheur 12° prélevée sur cuve avant refermentation est envoyée à Epernay et, deux mois plus tard, on annonce à Manu qu’une solution technique a été trouvée pour faire glisser les lies par remuage sans laisser de trace sur la bouteille. L’opération de dégorgeage, qui consiste, grâce à la pression, à extraire les lies rassemblées dans le goulot préalablement surgelées, était réalisable. Actuellement, tous les deux mois un camion champenois, spécialement équipé, prend la route de Buggenhout pour réaliser cette délicate opération.
 
Les Novice
Les “Novice”, déclinées en Novice Blue, une bière blonde, et Novice Black Triple à la robe brun foncé, sont les dernières nées de la gamme. Elles répondent à une stratégie de diversification qui anticipe la demande pour des bières à l’amertume intense. Son amertume bien marquée n’est pourtant pas agressive, elle se note à l’attaque plutôt qu’en arrière-bouche, et s’inscrit dans un registre de fruits citriques.
 
 
Ph.: Malheur

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