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09/02/2014

Marathon blanc

La Libre, Momento, Escapade, Grande Odyssée, Savoie Mont Blanc, course de chiens de traineauLa Grande Odyssée, course de chiens de traîneau digne du Grand Nord, a traversé la région Savoie Mont Blanc pour la dixième fois cet hiver. Avec des paysages grandioses, de beaux moments de fair-play et de complicité entre l’homme et l’animal, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Aventure nordique: Pauline Higuet


AU DÉTOUR D’UNE RUE, des aboiements, voire même des hurlements de chiens se font entendre. C’est qu’ils sont près de 300 à attendre fébrilement le début de leur parcours du jour : 57 km de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc. Outre les traditionnels Alaskan Huskies noir et blanc, des Siberian Huskies et des Eurohounds (issus de croisements et élevés pour leurs performances) se joignent au concert. Certains bondissent sur place, d’autres tremblent d’impatience tandis que les derniers sont assis calmement, queue entre les pattes, témoignages de leur caractère respectif. Les mushers (conducteurs des traîneaux) et les handlers (entourage qui s’occupe des soins aux animaux et de la logistique) s’affairent. Il s’agit d’hydrater les chiens avant le départ en leur faisant boire une eau aromatisée à la pâtée et, surtout, d’analyser leur état de forme et de leur prodiguer des massages.
 
 
La Grande Odyssée se revendique la course de chiens de traîneau la plus technique au monde. Elle attire chaque année des mushers de différentes nationalités. Pour cette 10e édition, du 11 au 22 janvier dernier, ils étaient 20 à prendre le départ (sans compter ceux qui ne participaient qu’à l’un des trois trophées parallèles à la course). Parmi eux, Eric Chateau, un infirmier de nuit français de 49 ans vivant en Suisse. Il vient expérimenter une aventure avec un grand A, partagée avec ses compagnons à quatre pattes : des Huskies de Sibérie. “Ce ne sont pas les plus rapides, ils sont plus doués pour la rando”, confie son fils Tom, par ailleurs handler de l’attelage. Mais peu importe pour Eric, il est là pour le plaisir et ses chiens font partie des plus beaux de la course. “J’ai commencé avec un chien, puis deux, puis on se dit pourquoi pas quatre, ce n’est pas beaucoup de travail en plus…” Aujourd’hui, l’infirmier possède son propre élevage privé; son attelage se compose d’une famille : des frères et sœurs et leur mère. Les mushers participant à la compétition ont à disposition 14 chiens, mais ils ne peuvent courir qu’avec 8 à 10 chiens. Ce système permet un roulement et offre la possibilité aux animaux de récupérer. L’organisation de la Grande Odyssée accorde une grande importance au bien-être des athlètes à quatre pattes. Sept vétérinaires arpentent les lieux de départ et d’arrivée des étapes. Des vérifications peuvent également avoir lieu pendant la course en cas de souci.
 
 
Les mushers sont bien conscients de la fragilité de leurs chiens et dialoguent énormément avec l’équipe de vétérinaires. Si un chien se blesse pendant la course, ils peuvent en mettre jusqu’à deux dans leur traîneau. Avant et après chaque étape, les animaux sont longuement massés par les handlers. La préparation des chiens commence d’ailleurs bien avant les premières chutes de neige. Eric Chateau, par exemple, entraîne ses compagnons poilus dès les beaux jours en leur faisant tirer un quad. Les mushers ne sont pas en reste : “J’ai fait appel à un coach sportif six mois avant la course. Je le voyais deux fois par semaine pour faire du cardio et du renforcement musculaire”, explique Eric. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’épreuve est très physique pour les hommes aussi. Ils ne sont sur le traîneau que pour freiner dans les descentes. Il n’est ainsi pas rare de les voir courir en montée aux côtés de leurs chiens pour les encourager. “La Grande Odyssée, c’est un peu comme faire six fois le mont Blanc sur 10 jours”, admire Tom Chateau.
 
La fatigue physique est toutefois vite reléguée à l’arrière-plan face au merveilleux du défi. Merveilleux pour les mushers, qui vivent des moments uniques avec leurs compagnons, dans des cadres somptueux. La moitié des étapes de la Grande Odyssée se déroulent de nuit, avec pour seul éclairage une lampe frontale, rendant une atmosphère très particulière. Deux bivouacs sont également organisés. Merveilleux pour les spectateurs également, qui peuvent s’approcher au plus près des attelages en pleine nature, que ce soit à pied, en raquettes ou à ski, offrant des images rares et magnifiques.
 
Eric Chateau aura terminé 14e sur les 17 mushers étant arrivés au terme de cette édition de la Grande Odyssée; qu’à cela ne tienne, les souvenirs uniques sont la plus belle des récompenses.

La 11e édition de la Grande Odyssée se déroulera du 10 au 21 janvier 2015.
Infos : www.grandeodyssee.com
 
 
Petit bout d’histoire
La Grande Odyssée a été imaginée par Nicolas Vanier et Henry Kam. C’est autour de quelques verres que l’idée a germé dans leur esprit. La première course a lieu en 2005, non sans quelques couacs, et son succès va grandissant au fil des éditions.
 
Quelques chiffres
L’édition 2014 totalisait près de 1000 km d’effort et 30000 m de dénivelés positifs. Les étapes comptaient de 57 à 87 km. Le vainqueur a bouclé son odyssée en 40h32; le dernier en 65h28. 22 stations ont participé à la fête.
 
Valeurs
La Grande Odyssée prône l’aventure, mais aussi le respect de la nature et de l’environnement. Le mushing est un sport où le fair-play tient une place essentielle; les mushers se doivent d’ailleurs d’aider un concurrent en difficulté sous peine de pénalité.
 
Hiérarchie
Le musher veille toujours à placer ses chiens rapides à l’avant de l’attelage. A l’arrière, il mettra les plus costauds. Ceux qui mènent le train doivent aussi être ceux qui écoutent le mieux. Il est indispensable qu’ils reconnaissent des ordres simples comme “à droite” ou “à gauche”.
 
 
TROIS STATIONS-ETAPES
 
La Grande Odyssée se dispute chaque année en Savoie et Haute-Savoie. Nombreuses sont les stations à fêter les mushers et leurs chiens, autant de points de chute possibles pour ceux qui souhaiteraient vivre la course au plus près tout en profitant des activités classiques des sports d’hiver – ski alpin, de fond, raquettes, biathlon… En voici trois parmi tant d’autres :
Les Gets. Privilégiant le “ski aux pieds”, la station est intégrée aux Portes du Soleil, un des plus grands domaines skiables au monde (650 km de pistes entre France et Suisse). Tout en mettant en avant son architecture savoyarde, Les Gets accueille sans distinction bons skieurs et débutants. Le “territoire du Grand Cry” émerveillera les plus petits, qui se concentreront sur une éventuelle rencontre avec des Indiens plutôt que sur la technique du ski. Progrès assurés pour eux.
Megève. Plus huppée, Megève est l’une des stations du domaine Evasion Mont Blanc (445 km de pistes). Outre les activités de glisse, Megève met l’accent sur l’après-ski, avec boutiques de luxe, hôtels et restaurants étoilés bordant les rues pavées du village et un tout nouveau “Spa des sports”. N’hésitez pas à vous arrêter au restaurant “Le Torrent” pour un dîner original et succulent.
La Féclaz. Ce village fait partie du domaine Savoie Grand Revard (50 km de pistes pour le ski alpin). Avec ses forêts de sapins, ses plaines et ses alpages, il offre des paysages exceptionnels. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il est surnommé “Petit Canada”. Comptabilisant 150 km de pistes de ski de fond, la Féclaz est une station nordique qui a conservé son authenticité.
Pour se rendre en Savoie Mont Blanc, rien de plus simple : Brussels Airlines relie l’aéroport de Genève en 1 h. Certains vols partent très tôt, permettant de profiter de toute la journée sur place. Dans ce cas, pour éviter un lever trop matinal, on pourra passer la nuit au Sheraton, juste en face de l’aéroport de Zaventem.
Infos : www.savoiemontblanc.com
Pour tout connaître des secrets de la région Savoie Mont Blanc, mais aussi pour apprendre à respecter son environnement, un seul ouvrage : “Savoie Mont Blanc pour les Nuls” (de Brigitte et Isabelle Baudriller, Ed. First, 22,95€ env.).
 
Ph.: Pauline Higuet

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