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10/02/2014

Messancy possède deux châteaux modernes

La Libre, Momento, Vie de château, MessancyLa métallurgie laisse de nombreuses traces dans ce pays des trois frontières. En voici deux exemples.

Philippe Farcy


“Hortensia”, chez Jules Tesch
 
 
Même sans l’aide des rayons du soleil, cette demeure de prestige, posée sur la rue Grande comme le Castel, en impose plus qu’hier car elle vient d’être restaurée, nettoyée et joliment agrandie d’une aile contemporaine sur son flanc sud.
 
Face au style Tudor déployé en 1866-1867 chez Victor Tesch, son neveu Jules fit table rase d’une demeure que son père Adolphe (1818-1877) habitait avec sa femme Annette Berger, fille du banquier Nicolas Berger, et qui lui servait d’étude notariale. Adolphe avait fait construire une maison neuve en 1850 sur une bâtisse que son père, Jean-Frédéric (1774-1844), habitait depuis 1801. Jules et son architecte optèrent pour un style néo-Renaissance français et de la pierre de sable locale de trois teintes blondes différentes.
 
Les Tesch étaient donc de gros bourgeois, juristes, politiciens, futés et entreprenants. Leurs nouvelles maisons se devaient d’être vues du plus grand nombre et il fallait afficher sa réussite quand les barons de Tornaco (voisins à Sanem et loin d’ici à Vervoz), détenteurs du château ancien de Messancy, posé au-delà de la gare dans un grand parc jadis arboré, se cachaient un peu.
 
Jules Tesch (1851-1911) fit donc raser la maison de 1850 pour ériger ce que l’on voit encore. La commande fut passée à l’architecte provincial JLB Van de Wyngaert fils. Jules Tesch avait épousé Suzette dite Daizy Muller; ils n’eurent point d’enfant. En 1924, Madame, qui résidait à Ixelles, vendit le bien au baron de Haebler et à sa seconde épouse née Suttner, venus de Tchécoslovaquie et de Vienne. En 1935, le château brûla en partie. Monsieur tira sa révérence en 1936 et Madame reconstruisit sa maison en 1937. Elle la donna à sa bonne de chambre, Frieda Job, originaire d’Allemagne qui en hérita en 1948. En 1970, Frieda vendit le domaine à la commune de Messancy, pour 2,75 millions de francs. Le nom d’“Hortensia” viendrait d’une fille Haebler décédée jeune. La restauration et l’agrandissement du château ont coûté aux alentours de quatre millions d’euros. Les travaux ont été terminés voici quelques semaines.
 
 
La Libre, Momento, Vie de château, MessancyLe Castel, fief de Victor Tesch
 
 
C’est le plus petit des trois châteaux de Messancy, village qui comporta d’autres maisons de maîtres, grosses villas et jusqu’à l’imposant pensionnat des sœurs dominicaines qui était un château transformé.
Le Castel est situé juste à côté du château “Hortensia” sur la Grand-Rue du village. Il est le plus ancien des deux puisqu’il remonte à 1866, ce qui le rend contemporain de Noisy (Celles-Houyet). Depuis 1973, il est la propriété de l’Etat qui y a installé une école communale pour les classes primaires.
A l’origine, c’était un bâtiment d’un certain prestige. Il est de style “Tudor” et se situe dans la mouvance de l’art de l’architecte Jean-Pierre Cluysenaar (1811-1880). Victor Tesch, avocat au barreau d’Arlon et conseiller communal de la cité, fut le commanditaire.

A la fin 1867, la famille Tesch était installée ici. Victor (1812-1882), fils de Frédéric et de Céline Nothomb, avait épousé sa cousine Caroline-Amélie Nothomb (1816-1869). Il était du coup le cousin germain de Jean-Baptiste Nothomb, un des fondateurs de notre royaume, né à Messancy le 3 juillet 1805. Avec les Metz, les Berger, les Barbanson et les Muller, on se trouvait ici au cœur de personnalités puissantes sur le sud de la Belgique, le Grand-Duché et la Lorraine. Politiciens, hommes de Droit, maîtres de forges, ces messieurs furent à la base de l’ARBED. Il y eut des liens moins étroits avec les Pescatore.

Victor Tesch fut député libéral (treize fois élus depuis 1848), ministre de la Justice de 1850 à 1852 puis de 1857 à 1867 sous les gouvernements Rogier, et administrateur aux chemins de fer du Luxembourg. Ses sociétés métallurgiques se déployaient à Esch, Dudelange et Sarrebruck. En 1877, il devint gouverneur de la Banque nationale à la place du baron Liedts (château à Audenaerde).

En 1892, le château du Castel et son parc de 17 ha furent repris par Henriette Tesch et son mari Hubert Muller (1859-1917), lui aussi grand industriel. Ils possédaient également le château d’Esch.
Leur descendance gardera le Castel jusqu’en 1950, quand il sera vendu aux Schmit qui en feront un hôtel. Cela ne va pas durer. En 1952, Georges Reckinger-Biever, industriel, acheta le bien. La mort de Madame Reckinger va entraîner la vente du bien et placer le Castel sous l’autorité de l’Etat en décembre 1961. Il ne reste rien ou presque du parc de 17 ha.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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