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16/02/2014

Grafenegg, l’excellence éclectique

La Libre, Momento, Vie de château, Grafenegg, AutricheUn comte autrichien eut de la grandeur en construisant Grafenegg. Toute la région lui rend grâce encore.

Philippe Farcy


À CÔTÉ DE SAINT-POLTEN, petite ville située à moins de septante kilomètres de Vienne, sur le flanc ouest de la capitale autrichienne, et à trente kilomètres de la magnifique abbaye de Melk, trône dans une plaine qui ressemble au Morvan nivernais un magnifique et impressionnant château. Grafenegg, tel est son nom. Il dépend de Krems, à ne pas confondre avec un autre Grafenegg situé près de Liezen.
À défaut de revenir encore sur le cas désespérant d’incurie de Noisy, voici l’exemple contraire, façonné sur le sens de l’intelligence et du réalisme constructif et non pas destructeur comme on l’entend pour le cas du château condruzien. Affaire de culture sans doute, où même les autorités morales du patrimoine belge défendent plus les intérêts des propriétaires que le patrimoine lui-même, passant de la sorte à côté de leur mission même. Affaire de culture encore quand, dans le XIXe siècle flamboyant de génie et de hardiesses, seul le néo-gothique est voué au mépris. Noisy, encore une fois, n’est pas un cas isolé dans notre bonne Europe. En Belgique, il est le plus important château dans son genre. Et dire qu’il y a encore des gens haut placés qui doivent réfléchir des heures pour savoir s’il a un intérêt architectural et esthétique, historique et touristique.
 
 
Grafenegg aurait pu, au sortir de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation russe en cette demeure même jusqu’en 1955, tomber à rien. Mais il fut maintenu plus que sauvé par des gens pour qui l’éclectisme n’est pas une tare, pour qui le néo-gothique est un style en soi, une architecture façonnée sur les techniques les plus modernes de l’époque et offrant aux propriétaires un confort jamais atteint dans les châteaux.
 
Grafenegg a donc été conservé et est devenu un centre culturel comme celui des Vieux-Joncs (Alden Biesen), entre Tongres et Bilsen. Mais il reste un lieu privé. On y joue de la musique à travers des festivals et des concerts (la soprano Diana Damrau s’y est produite le 1er septembre 2013), on y danse, on y expose des œuvres d’art, on y déclame des textes, on y donne des réceptions privées, on s’y marie au château comme dans un pavillon de 1830. Grafenegg vit et enchante ses visiteurs par sa masse, sa beauté intrinsèque, la diversité de ses décors.
 
Voici ce qu’en dit le guide vert du Michelin où le domaine jouit d’une étoile : “Entouré d’un vaste parc, le château de Grafenegg, exemple le plus marquant de l’historicisme romantique jamais produit par l’Autriche, se dresse dans la plaine de Tulln. Avec son donjon pourvu d’une galerie et de tourelles, il semble, vu de loin, surgir d’un songe. C’est le comte August Ferdinand Breunner-Enckevoirt qui lui donna son aspect actuel. Il prit le risque de cette nouvelle création de style historisant entre 1846 et 1853 et réussit son pari grâce au bâtisseur de cathédrales Leopold Ernst”.
 
 
Ernst avait en effet travaillé sur la cathédrale Saint-Etienne de Vienne. Le château commandé par le comte Breunner fut une sorte de reconstruction, comme à Bornem chez les comtes de Marnix. Il y avait ici un plus ancien château qui servit de point de départ à une renaissance. Ludwig Wächtler fut appelé pour diriger la décoration intérieure du château de Grafenegg. Elle n’a d’égal en somptuosité que le château Marienburg, aux ducs de Hanovre à Pattensen, qui surgit des bois comme celui de Noisy; il se trouve à 15 km de Hildesheim. Ou encore celui des Habsbourg à Trieste, le célèbre Miramare, construit à partir de 1856, dont les boiseries et les plafonds sont d’un luxe fou. Ou encore celui des princes de Tour et Taxis à Ratisbonne, et enfin celui des princes de Stolberg à Wernigerode, sur le Harz.
 
Ici, par héritage, nous sommes chez les Hohenlohe-Schillingsfürst, ducs de Ratibor (Slésie) et princes de Corvey (en Westphalie). Ils sont aussi à la tête du château de Rauden (Rudy, en Silésie).
 
À voir sur www.grafenegg.com
 
 
Ph.: Alexander Haiden

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