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16/02/2014

Graines de “paradis”

La Libre, Momento, Dehors, plantes, grainesAu cœur de l’hiver, nature et jardinier se reposent. Au-dessus du sol, les plantes bravent le froid. En dessous, la terre abrite des milliers de graines en attente de la belle saison.

En mode sous-terrain: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur

Pour la beauté du geste
Mettre en terre une graine de fleur, de légume ou d’arbre est probablement le plus beau geste du jardinier, toujours renouvelé, toujours magique. Même si le résultat reste aléatoire. Est-ce semé à la bonne profondeur ? La terre est-elle suffisamment réchauffée ? N’aurait-il pas mieux valu attendre ? Aujourd’hui, souvent, les semences pour professionnels sont calibrées, “pelliculées”, c’est-à-dire traitées avec des fongicides et insecticides, “enrobées” dans une substance qui les transforment en billes. L’amateur a lui encore l’occasion de trouver de quoi satisfaire sa passion de manière plus naturelle.
 
Survivre
Les graines sont en quelque sorte l’assurance-vie des plantes. C’est ce que la nature a inventé pour assurer leur pérennité. Quel fascinant mystère que ces semences parfois minuscules chargées de multiplier l’espèce et, en attendant la germination, de la protéger des aléas de la météo. De surcroît, elles développent d’étonnants stratagèmes allant du parachute à la catapulte pour se disséminer et croître loin de leur parentèle. Une horloge interne semble leur permettre de lever la dormance (voir “Plus”) au moment opportun. Chaque espèce a ses propres critères de levée de dormance. Ce qui nécessite une recherche préalable sur la graine que l’on souhaite faire germer. Certaines ont besoin du feu pour s’éveiller à leur tour. Le choc thermique déclenche l’ouverture des coques les plus dures, libérant les graines qui auront toute la place de s’établir sur un terrain nettoyé par un incendie. Pour d’autres, le passage par le froid est obligatoire, c’est la stratification. C’est le cas de nombreux fruitiers. La longueur des jours a également son mot à dire.
Après les pires catastrophes, c’est grâce aux graines tapies dans le sol que les plantes reprennent possession des terrains dévastés ou dénudés.
 
Voyageuses
Nager, voler, sauter, s’accrocher sont les modes de dissémination les plus courants des graines. Passagers clandestins tapis dans la fourrure ou les poils des animaux voire transportés par les êtres humains, équipés de crochets ou même de glue, les graines s’accrochent aux toisons comme aux vêtements. Lors de balades, vous les délogez de vos chaussettes et de vos pantalons. Boules de bardane, de benoîte (Geum urbanum), semences de bidens. Et il n’y a pas que les crochets, les graminées sont fréquemment bardées de poils ou de barbes. Souvenez-vous de ce jeu de gamin qui consistait à enfiler dans une manche, subrepticement ou pas, un épi d’orge sauvage, Hordeum murinum, et à suivre sa remontée plus ou moins rapide selon les mouvements. D’autres encore après avoir été ingérées par un animal et résisté au broyage suivi de l’aventureuse traversée du tube digestif en sortent enrobées d’un compost tout frais…
 
Nourriture pour les oiseaux
La plupart des oiseaux granivores se délectent des graines des plantes du jardin. Les asters, centaurées, cosmos, helianthus, monnaies du pape, chénopodes, carottes sauvages, pissenlits, chardons sont d’excellents garde-manger. Au potager, laissez fleurir et grainer quelques laitues, un ou deux plants de persil, de livèche ou d’aneth. Leurs graines sont un régal pour eux.
 
Question de profondeur
La profondeur d’enfouissement de la graine est un facteur qui influe sur la disponibilité en oxygène. Si une graine est enterrée à une profondeur telle que la concentration en oxygène est faible, elle ne germera pas. Si elle reste viable, elle fera partie de la réserve en graines du sol. Elle germera le jour où un événement – le fouissage d’un sanglier, le travail d’une taupe ou d’un jardinier – la ramènera près de la surface en présence d’oxygène. Les graines de plantes sauvages attendent parfois de longues années les conditions propices à leur épanouissement.
 
L’appauvrissement végétal organisé
À l’occasion de la soixantième session des journées des plantes de Courson ce printemps, près de Paris, le thème de la protection de la diversité végétale s’impose plus que jamais. Depuis mai 2013, une proposition de directive de la Commission européenne vise à imposer, dès 2016, un règlement unique de commercialisation “relatif à la production et à la mise à disposition sur le marché des végétaux”. Après les semences, les plantes ornementales sont désormais visées par ce projet. En confinant le champ de la création aux seuls laboratoires, ce règlement organise l’uniformisation du marché et pénalise les obtenteurs indépendants dans l’incapacité financière de faire valoir la protection de leurs créations. Cet enregistrement des variétés cultivées et des nouveaux hybrides présentera un coût budgétaire que la majorité des pépinières ne pourra honorer. C’est déjà le cas avec les semences. Lire à ce sujet sur le site : www.rtbf.be/info/dossier/reglementer commerce semences et plantes.
 
Les croqueurs de carottes
Quelques passionnés se battent pour la conservation d’anciennes variétés menacées par la législation inadaptée de la Commission européenne. L’association regroupe des entreprises artisanales de production de semences potagères et florales. Une société semencière belge “Semailles”, fondée en 2000 à Faulx-les-Tombes près de Namur, est parmi les membres fondateurs. Le travail de conservation et la multiplication de variétés régionales est leur objectif prioritaire. Variétés savoureuses très rustiques adaptées à notre terroir tels le haricot Roi des Belges, le poireau Gros Vert de Huy, la mâche de Comines…
 
 
Ph.: MNC & MPV

14:00 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, plantes, graines | |

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