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23/02/2014

Beychevelle, en toute plénitude

La Libre, Momento, Vie de château, BeychevelleSur la rive gauche de la Garonne, Beychevelle est un joyau parmi d’autres sans doute. Le château est à première vue modeste. Son vin est un sommet.

Philippe Farcy


NICOLAS FAITH ET Michel Guillard ont publié chez Olivier Orban, voici vingt ans, un livre remarquable sur l’un des plus prestigieux domaines du Médoc, et précisément sur Saint-Julien. Néanmoins, à côté de ce grand cru classé depuis 1855, c’est l’image et l’histoire de la bâtisse qui vont ici retenir notre attention, comme celle des auteurs précités qui sortirent ensuite d’autres livres, notamment sur Margaux et les vins de Cognac.

L’art de vivre en Guyenne, cela se partage. Beychevelle se donne ici sans fard, en toute simplicité, et sa large cour d’honneur est comme une paire de grands bras qui vous accueille pour mieux vous faire aimer les délices de ce domaine où le décor végétal vaut celui de la pierre.

Beychevelle est une demeure de style Louis XV, classique, élégante, simple dans ses dimensions et dans sa structure. Ce n’est pas un château imposant, c’est une sorte de villa à l’italienne comme on en voit en Vénétie. Les décors intérieurs, façonnés au gré des changements de propriétaires et des goûts, gardent cette sorte de grandeur mêlée de sobriété. Il n’y a que le grand salon pour faire preuve de pompe, avec son immense tapis, ses meubles Louis XV et ses boiseries délicates en bois foncé comme on les aime dans le Bordelais, y compris pour les meubles.

Beychevelle est le premier domaine que l’on longe quand on entre à Saint-Julien. Il est à l’écart du village même, dans une position dominante, ce qui lui donne des vues magistrales. Ce fut sans doute la première raison d’un établissement seigneurial par ici. Puis il y avait un port, très modeste de nos jours, et le nom du site viendrait d’une déformation de “Baisse Voile”.

L’histoire du village remonte en tout cas au XVe siècle, quand Senansan était le point le plus puissant de la région. Les Anglais dominèrent le Médoc jusqu’à leur départ, en 1453. La seigneurie de Beychevelle est prouvée à partir de 1544. L’exploitation du vin commença au XVIIe siècle, dans le sillage de Haut-Brion (où régnaient les Pontac), sur des terres drainées par les Hollandais, spécialistes comme on le sait de la transformation des polders. Le château actuel recueille de la sorte une galerie de portraits importante et illustre, car de nombreuses personnalités sont passées et vécurent dans ces murs. On y trouva des présidents de la République, des amiraux, des ministres, des ducs et des barons, des marins de premier ordre et des dames de qualité. Les sires de Foix Candale achetèrent des terres par ici déjà en 1446. Ils étaient cousins des comtes de Foix Béarn dont est issu Henri IV de France. Un premier château fut construit par eux, vers 1569. Par alliance, le bien arriva au premier duc d’Epernon, Jean-Louis de Nogaret de La Valette. Le deuxième duc agrandit le château. Le dernier mâle de cette famille mourut en 1714. Il avait déjà vendu la forteresse de Lamarque (à 5 km de Beychevelle) en 1692, puis Beychevelle en 1701 à Jean-Pierre d’Abadie, premier président du Parlement de Bordeaux.

Avec d’Abadie émergeait la bourgeoisie d’affaires qui règne encore sur Bordeaux. Une caste souvent bien alliée, comme il le fut lui-même avec une fille Suduiraut, au village de Preignac, célèbre cru lui aussi. Mort en 1717, d’Abadie laissa le bien à son neveu Etienne-François de Brassier. La deuxième génération des Brassier transforma le château actuel lors d’un lourd chantier finalisé en 1757. Dans son genre, Beychevelle est le premier château vinicole affichant des lignes sobres, élégantes, construit pour la détente et le plaisir, sur un parti-pris bas et allongé, orné de terrasses et de balustrades ajourées. Après la révolution, et la vente forcée du bien qui profita au sieur Conte, les Guestier s’implantèrent en ces murs au début du XIXe siècle. Ils gardèrent le bien jusqu’en 1875, le vendant au banquier Armand Heine, cousin du poète Heinrich Heine. Par succession, le château et ses 250 ha, dont 40 de vignes, arrivèrent chez d’autres banquiers, les Acchille-Fould, lesquels gardèrent Beychevelle jusqu’en 1986. À cette date, le domaine fut acheté par le groupe Castel, troisième plus importante firme vinicole et aqueuse de France.

Visites possibles sur rendez-vous. Tél +33 (0) 5 56 73 20 70. www.beychevelle.com


Ph.: Michel Guillard

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