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23/02/2014

La bible des vins de Bordeaux

La Libre, Momento, Papilles, Féret, vins de Bordeaux, livre Féret, l’éditeur de référence du monde vinicole, fête son 200e anniversaire. À cette occasion, Antoine Lebègue a publié un livre consacré à l’histoire de cette maison d’édition spécialisée.

Petit bout d’histoire: Baudouin Havaux

C’EST PLACE DE LA BOURSE, À BORDEAUX, que Jean-Baptiste Féret fonde sa boutique en 1812 et obtient, le 1er janvier 1813, le précieux brevet qui lui permet d’exercer la profession de libraire. En effet, à l’époque, une librairie est plus qu’un commerce ordinaire. C’est un lieu de convivialité que fréquente le grand public cultivé et où l’on échange des idées. Jean-Baptiste a opté pour le double métier de libraire-éditeur.
 
Au XVIIIe siècle, il n’existe que peu de livres entièrement consacrés au vin. Dans la première moitié du siècle, on ne compte en France que trois titres. En 1718, “Manière de cultiver la vigne et de faire le vin en Champagne”; en 1723, “Manière de bien cultiver la vigne, de faire la vendange et le vin dans le vignoble d’Orléans”; et en 1752, le “Traité sur la nature et sur la culture de la vigne, sur le vin, sa façon de le faire et la manière de le bien gouverner, à l’usage des différents vignobles du royaume de France”, par Bidet. Il faut attendre le XIXe siècle pour assister à la véritable naissance de la littérature vitivinicole, pour ne pas dire œnologique, avec, en 1801, le traité de Chaptal (l’instigateur de la chaptalisation) sur la culture de la vigne et l’art de faire le vin.
 
 
Au début de leur histoire, la vocation des éditions Féret n’était pas d’éditer des ouvrages vinicoles. Ce n’est qu’à la suite de la rencontre marquante de Charles Cocks avec Michel-Édouard Féret que la destinée de l’éditeur s’est précisée. Cocks, professeur d’anglais vivant à Bordeaux, écrit en 1844 un livre en anglais : “Bordeaux : Its Wines, and the Claret Country”, un guide touristique du Bordelais destiné aux Britanniques. Une petite partie est consacrée à l’étude des vins, en fait ceux du Médoc et du Sauternais pour l’essentiel. L’édition française sort en 1850 sous le titre “Bordeaux et ses vins” (officiellement “Bordeaux, ses environs et ses vins classés par ordre de mérite”, et actuellement communément appelé “Le Féret”) et comporte 316 pages. La partie sur les vins est substantiellement étoffée. De nouveaux vignobles sont étudiés, comme Saint-Émilion, Pomerol ou les Premières Côtes (actuelle appellation : Cadillac Côtes de Bordeaux). Mais il ne s’agit pas encore d’une étude exhaustive. C’est ainsi qu’on ne trouve rien, ou presque, sur l’Entre-deux-Mers. En revanche, il donne le futur classement de 1855 à deux nuances près. Régulièrement réédité, publié en anglais et en allemand, “Bordeaux et ses vins” devient une référence dans le monde entier, au point d’être appelé la “bible des vins de Bordeaux”. Il constitue un outil de travail exceptionnel pour l’historien, le géographe ou l’œnologue. Les introductions apportent des informations sur les prix, les surfaces, l’évolution des productions et les méthodes de travail.
 
En réorientant l’ouvrage de Cocks vers les vins, Michel-Édouard Féret saisit l’opportunité de ce marché du livre sur le vin, probablement parce que le vignoble constitue un élément essentiel de l’identité bordelaise. La maison d’édition Féret n’arrêtera pas de tirer pleinement profit de ce marché, et ce jusqu’à ce jour. À ses débuts, avec l’essor de l’économie vitivinicole à l’intérieur comme à l’extérieur, après la crise de l’oïdium (1851- 1854) et la conclusion des accords douaniers libre-échangistes par le Second Empire (1860 avec le Royaume Uni). En plus des ouvrages descriptifs du vignoble, il entreprend l’édition d’ouvrages techniques. Pour la seule année 1860, il publie dix livres parmi lesquels : “Falsification et maladies du vin de Brun”, “La vigne de Carrière”, le “Manuel du vigneron de Fleury- Lacoste”, “Culture de la vigne et vinification” du Dr Jules Guyot. En 1898, en pleine crise du phylloxéra, Féret édite l’édition la plus complète de “Bordeaux et ses vins”. À cette époque, le vignoble bordelais atteignait près de 200 000 ha et s’étendait jusque dans les sables du Cap Ferret pour échapper au fléau transmis par cet insecte apparenté aux pucerons qui n’arrivait pas à creuser ses galeries dans le sable. Durant la première moitié du vingtième siècle, marqué par la crise liée aux fraudes et aux deux guerres mondiales, Féret n’a jamais changé de cap et, contre vents et marées, a poursuivi son rôle de diffuseur d’ouvrages consacrés au vin. Confronté à la pénurie de papier, à l’issue de la dernière guerre, il doit attendre 1949 pour éditer la 11e édition du Féret pourtant déjà prête à passer sous presse en 1940. À partir de 1950, l’activité éditorialiste est orientée à 100 % sur le secteur du vin avec l’édition de livres techniques, d’ouvrages de luxe ou de guides pratiques.
 
 
À Bordeaux, la librairie Mollat a pris avec brio la place occupée par Féret jusqu’en 1983 comme librairie. Les éditions Féret ont retrouvé une fonction de libraire sur le Web en se spécialisant dans le domaine vitivinicole. Aujourd’hui, la librairie électronique Féret est le troisième point de vente des ouvrages de l’éditeur, après Mollat et Amazon.
 
Le “Féret” accompagne toujours la distribution des vins de Bordeaux et la suit sur les nouveaux marchés. Sa 18e édition actualisée paraîtra prochainement en mandarin. La 19e édition, en cours de préparation, sera publiée en français, en anglais, en mandarin et en version numérique.
 
Infos : www. feret.com

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