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24/02/2014

La télé fabrique-t-elle des cancres ?

La Libre, Momento, Derrière l'écran, télévision, éducation, médias, jeunes, outil pédagogiquePas si sûr ! Des enseignants savent éduquer aux médias et même se servir de la télévision comme d’un outil pédagogique. Tour d’horizon des pratiques, en France et en Belgique.

Virginie Roussel, correspondante à Paris

LA TÉLÉVISION FAIT BAISSER LES NOTES des ados. La téléréalité en fait des cancres. C’est ce qui ressortait d’une nouvelle enquête réalisée, en France, par des chercheurs. Pourtant, l’Education nationale n’ambitionne pas de dissuader les élèves de regarder la téléréalité. Au contraire ! Depuis 1983, elle abrite en son sein le Clemi. Depuis trente ans, le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information est chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français. Chaque année, au printemps, les enseignants de tous niveaux et de toutes disciplines sont invités à participer à la Semaine de la presse et des médias dans l’école pour aider les élèves, de la maternelle aux classes préparatoires, à comprendre le système des médias, à former leur jugement critique et à forger leur identité de citoyen.
 
 
“Pour les aider à décoder la télévision, pour leur permettre d’avoir une distance critique, nous leur apprenons à comprendre la manière dont est construite une grille de télévision, ce qu’elle signifie par rapport à la ligne éditoriale d’une chaîne. Nous travaillons aussi sur les critiques télévisées dans les journaux afin de saisir la manière dont la télévision est abordée dans la presse” , explique Elsa Santamaria, responsable de la Semaine de la presse dans l’école.
 
 
Des dossiers pédagogiques sont mis à disposition des enseignants afin de décrypter les médias. Tel professeur de mathématiques pourra aborder les sondages et le rôle de l’infographie dans la presse lors d’un cours sur les statistiques. Tel autre saura démonter la mécanique de la téléréalité grâce aux fiches pédagogiques expliquant le sens des discours à travers les montages, montrant le scénario en arrière-plan ou encore le placement des pubs avant et pendant les émissions.
 
“Nous essayons de faire en sorte que l’élève devienne un téléspectateur plus attentif, plus intelligent face à l’émission. Nous le sensibilisons, par exemple, au rôle de l’animateur qui réconforte, accueille, recueille les confidences, fait monter la pression. Nous alertons sur les effets que cela produit. Nous attirons son attention sur la compétition, la mise sous tension, la scénarisation de leur élimination progressive, l’identification à une candidate, le mélange entre immédiateté de l’action et les commentaires des participants avec des vidéos incrustées au moment critique. Nous essayons de les sensibiliser à la représentation des classes sociales, les classes populaires en particulier, et aux techniques utilisées pour les pousser à voter pour leurs candidats favoris, détaille Elsa Santamaria. Quand nous réalisons nos fiches sur la téléréalité de cuisine, nous évoquons les pubs qui donnent envie d’acheter pour réaliser les recettes présentées dans des émissions culinaires du type ‘MasterChef’ ou ‘Top Chef’. Nous décryptons aussi les dynamiques transmédias : les vidéos inédites, les blogs de recettes, les sites officiels, les tweets dans tous les sens…”
 
 
Le Clemi envisage même un projet avec Wikipédia présenté comme un outil pédagogique très formateur pour apprendre aux élèves à maîtriser ce qu’ils écrivent, comment ils l’écrivent, et comment ils le publient. Les enseignants demanderaient aux élèves de rédiger et de signer leurs articles pour les soumettre aux commentaires et aux améliorations d’autres contributeurs.
 
“Notre mission est de former les enseignants et les élèves à l’éducation aux médias. Mais rien n’est acquis ! Il faut y contribuer sans relâche et tout au long de la vie. D’autant que les médias se renouvellent dans leur forme aussi” , conclut Elsa Santamaria.
 
 
 
La RTBF s’engage dans l’éducation aux médias
 
Vendredi dernier, le conseil d'administration de la RTBF a adopté le nouveau Plan stratégique d’éducation aux médias 2014. Celui-ci résulte des recommandations d’un groupe de travail interne, qui a notamment collaboré avec le Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM). Ce plan annuel est l’un des objectifs imposés par le Contrat de gestion 2013-2017 dans son Article 29. Renouvelé chaque année pour s’adapter aux évolutions du paysage médiatique, ce plan décrit ainsi le rôle du service public : “Face aux nouveaux usages de consommation des médias, la RTBF se doit de mettre en avant le décryptage, la compréhension, l’analyse et la prise de distance critique vis-à-vis des contenus et de leurs supports.”
 
Juriste à la Direction juridique de la RTBF, Stéphane Hoebeke est en charge du suivi et de l’évaluation de ce plan. Il y distingue deux axes : “Il s’agit de donner au public la capacité d’accéder à tous les médias, techniquement mais aussi intellectuellement. C’est-à-dire de permettre le décryptage des médias au sens large : audiovisuel, presse, cinéma, réseaux sociaux… Le second axe est le développement de la capacité du public à prendre en mains ces outils de participation, de création. Aujourd’hui, les médias ne sont plus seulement des passeurs d’info et de divertissement, ce sont des outils de communication indispensables pour que le public exerce ses droits fondamentaux. L’objectif général est de former des citoyens actifs, responsables et critiques. Ce sont des principes édictés par l’UER, l’Union européenne et le CSEM…”
 
 
Le plan détaille également les actions concrètes à mener en 2014. “On fait déjà de l’éducation aux médias, parfois sans le savoir, parfois en le faisant mal , explique M. Hoebeke . Dans des magazines comme ‘Medialog’ et ‘Media TIC’ mais aussi dans les JT, les JP, les programmes pour enfants…” Si ce plan n’entre qu’en vigueur maintenant, les réflexions préalables ont déjà débouché sur un premier projet transmédias, “What the Fake”, qui invite les 13-18 ans à utiliser la Toile et les réseaux sociaux pour s’exprimer. Mais ont-ils réellement besoin de la RTBF pour ce faire ? Le succès de l’opération, qui court jusqu’au 20 avril, n’est en tout cas pas au rendez-vous, avec moins de 1 500 “J’aime” sur la page Facebook…
 
Le Plan stratégique souhaite également que la RTBF mette en avant, de façon plus claire, ses choix éditoriaux. “Nous devons d’avantage les expliquer au public, rappeler quelles sont nos valeurs , estime M. Hoebeke . Ce n’est pas évident car il faut éviter de tomber dans la communication ou l’autopromotion. Il faut qu’il s’agisse d’une vraie plus-value pour le public. On doit expliquer, par exemple, pourquoi on montre ou non le clip violent d’Indochine, pourquoi on traite ou non telle information… Cela concerne l’info mais aussi les magazines, les séries, les films…” Cet objectif pourrait prendre la forme d’une rubrique régulière sur la homepage du site de la RTBF, où les chefs de rédaction, éditeurs de magazine, producteurs, acheteurs, chefs d’antenne expliqueraient leurs choix rédactionnels et éditoriaux.
 
Parmi les autres projets pour 2014, on peut citer l’émission “Libre échange” sur La deux (en association avec le monde enseignant), un retour à l’antenne (sous réserve de financement extérieur) de “La boîte à clichés”, la production d’un programme sur les nouvelles technologies dans le cadre de la Semaine numérique fin avril… Sans oublier tout le travail déjà effectué auprès des enfants par les équipes d’Ouftivi et des “Niouzz”. “Une fois par semaine, l’équipe des ‘Niouzz’ travaille dans une classe pour la séquence des ‘Niouzz Reporters’. On montre aux élèves le fonctionnement d’une caméra, comment on travaille sur l’actu avant de passer à la réalisation concrète d’un sujet”, rappelle Stéphane Hoebeke. Tout en précisant que la RTBF continuera son partenariat avec le CSEM, notamment dans le cadre de l’opération “Journalistes en classe”.
 
Enfin, dernière piste envisagée, le développement, dans le cadre des visites guidées des sièges bruxellois et liégeois de la RTBF (soit quelque 8 000 visites annuelles), d’ateliers d’éducation aux médias, où le public serait invité “à décrypter, analyser une séquence et à en produire une”.
Hubert Heyrendt
 
 
Enseigner avec l’aide des médias
 
Utiliser les médias dans le cadre pédagogique est devenu courant. En fonction de leurs cours, les enseignants utilisent des supports pédagogiques adaptés : une vidéo pour l’apprentissage des langues, un article pour l’approfondissement d’une thématique… Quant aux médias, ils favorisent cette relation avec les enseignants et les élèves.
Ainsi, le groupe France Télévisions a-t-il mis à leur disposition une plateforme éducative (http://education.francetv.fr) sur laquelle – avec l’aide des parents aussi – on peut approfondir ses connaissances dès 3 ans ou encore réfléchir à la question de l’orientation scolaire. “France TV Éducation produit et diffuse des contenus multimédias gratuits et innovants sélectionnés pour leur qualité éducative : articles et dossiers, diaporamas et vidéos, infographies et frises chronologiques, quiz, sélection de programmes TV, jeux, serious games ou encore activités interactives”, résume le groupe audiovisuel public.
 
Il y a 10 ans, dans le cadre d’un partenariat avec le Scérén-CNDP placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, France Télévisions a également mis en place Lesite.tv (accessible en Belgique), afin de proposer aux enseignants et aux élèves d’accéder par abonnement à plus de 3 000 vidéos à télécharger à la demande. “Elles sont indexées aux points-clés du programme scolaire, couvrent 26 disciplines de l’enseignement général, professionnel et technologique et s’adressent à trois niveaux de scolarité (école, collège et lycée). Cette ressource éducative numérique est présente dans plus de 6 700 établissements scolaires en France et à l’étranger”, précise France TV.
V. Rou.
 
 
Une application
Le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (Clemi) a lancé la première application d’éducation aux médias pour tablette (iOS et Androïd) en téléchargement gratuit.
Au menu: des ressources pour les enseignants, un accès gratuit aux offres numériques de l’AFP, 7 jeux interactifs pour jouer en classe ou à la maison (s’initier à la notion d’angle avec un sujet de France Info; découvrir les familles de presse en reconstituant un kiosque virtuel…).
 
Un DVD
Distribué par le Clemi aux enseignants inscrits à la 23e Semaine de la presse et des médias dans l’école, ce DVD-Rom permet aux enseignants de faire de l’éducation aux médias en classe en utilisant les émissions de TV5 Monde. Il propose 9 journaux télévisés du 13 mai 2011 de TV5 Monde et de chaînes partenaires, un reportage sur la fabrication du journal, 20 fiches pédagogiques thématiques interactives pour aborder l’actualité télévisée…
Disponible gratuitement pour les enseignants sur demande à semaine.presse@clemi.org.
 
 
Ph.: Jimmy Bolcina/PhotoNews

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