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25/02/2014

Une guerre en peinture murale

La Libre, Momento, Escapade, Belfast, Irlande du Nord, fresques, mursVisiter la capitale de l’Irlande du Nord en taxi noir, un must pour les férus d’Histoire et d’actualité.

Reportage: Grégoire Comhaire


BELFAST. SEPT LETTRES qui, durant trois décennies, ont été synonymes de terreur et de violence. Voilà un endroit où personne n’aurait songé à faire un city-trip il y a trente ans, à moins d’être journaliste, passionné, ou sympathisant acharné de la cause catholique ou protestante.
 
Trente ans. La période qu’auront duré les “Troubles”, avec ces images d’attentats, de cocktails molotov et de barrages militaires, omniprésentes aux infos. Tout qui était né à cette époque se souvient de ces images : la terrible répression du “Bloody Sunday” en 1972, les obsèques de Bobby Sands en 1981 ou les attentats de l’IRA, l’armée de libération nord-irlandaise, et des milices loyalistes face à eux.
 
Les images du dernier conflit civil d’Europe font partie de la mémoire collective, au même titre que celles de Sarajevo, autre lieu où le “Plus jamais ça” de l’après-45 n’aura pas pu empêcher l’innommable ! Mais tout cela appartient heureusement au passé. Car, si le conflit n’est pas tout à fait réglé dans les esprits, les groupes armés des deux camps ont définitivement déposé les armes. À Belfast, la tranquillité a repris ses droits dans les rues du centre-ville et les habitants sont parvenus à ériger le passé douloureux en attraction touristique. Des milliers de touristes viennent désormais ici chaque année pour arpenter les rues de cette petite ville chargée d’histoire. Ils viennent découvrir son identité plurielle, et surtout les centaines de fresques murales, vestiges indélébiles des affrontements qui s’y sont déroulés.
 
 
Que l’on arrive en avion, en bus depuis Dublin, ou en bateau depuis l’Écosse, la première vision de Belfast n’évoque en rien la guerre civile et les affrontements inter-communautaires. Propre et remis à neuf, le centre commerçant ne désemplit pas et l’on trouvera dans le piétonnier toutes les enseignes des grandes villes modernes, y compris l’incontournable Marks & Spencer, propre à toute métropole britannique qui se respecte.
 
Est-ce là le signe que nous sommes bel et bien au Royaume-Uni ? Peut-être… Les plaques d’immatriculation sont jaunes comme à Londres. Les cabines téléphoniques sont rouges, et les magasins n’acceptent que la livre sterling. Mais l’architecture des maisons ressemble à s’y méprendre à celle que l’on trouve à Dublin ou dans d’autres villes de l’île. Dans les pubs, on trouvera de la Guiness partout, et l’on reconnaîtra l’accent irlandais, inimitable, chez tous les clients attablés. Sont-ils catholiques ou protestants ? Impossible à dire ici. Comme se plaisent à l’expliquer les habitants, le centre de Belfast est une zone neutre, où l’on se croise et se côtoie sans s’interroger sur ses origines ou son appartenance communautaire. Pour découvrir les traces du conflit, il faut entrer dans une cabine téléphonique, et composer le numéro de téléphone d’un des nombreux taxis noirs (black cab’) qui vous emmènera dans les profondeurs des quartiers périphériques. Une expérience à ne manquer sous aucun prétexte !
 
 
Après avoir raccroché, votre black cab’ ne tardera pas à venir vous cueillir là où vous l’attendez. Direction Shankill Road, à l’ouest de la ville, l’une des artères principales des quartiers loyalistes. Premier arrêt, aux abords d’un lotissement. Ca ne respire pas la richesse aux alentours. Après avoir été invité à vous promener dans les allées bordées de petites maisons ouvrières, vous ne tarderez pas à découvrir les premières fresques murales du quartier.
 
Partout dans la ville, ces peintures murales évoquent le passé sanglant de la ville, lorsque les habitants du quartier affrontaient ceux des quartiers catholiques, à quelques centaines de mètres de là. Un mur – baptisé “peace line” – sépare désormais les zones catholiques des zones protestantes. Un mur que l’on peut franchir à deux ou trois endroits en journée, mais dont les grilles se ferment le soir, pour préserver la tranquillité et la paix inter-communautaire.
 
La plupart des chauffeurs de black cab’ sont d’anciens militants indépendantistes. Découvrir Belfast avec eux, c’est retourner des années en arrière à la découverte de tous les épisodes marquants de l’histoire de l’Irlande du Nord, de la partition de l’île en 1921 jusqu’aux accords du Vendredi saint de 1998. Et lorsqu’après une heure et demie de balade, on achève la visite devant le portrait de Bobby Sands, ce député nord-irlandais mort de faim dans la prison de Long Kesh, on se dit que 30 pounds, ce n’est vraiment pas cher pour un circuit si intéressant.
 
 
Ph.: G. Comhaire

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