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02/03/2014

"The Broken Circle Breakdown": la trace indélébile d'Emilie La Perla

La Libre, Momento, A l'écran, cinéma, The Broken Circle Breakdown, tatouagesPour favoriser le réalisme du film belge, une tatoueuse bruxelloise a apporté son expertise. Emilie La Perla revient sur la genèse du projet et sur les choix des tatouages.

Rencontre: Jonas Legge


“THE BROKEN CIRCLE Breakdown” multiplie les récompenses et pourrait voir son palmarès s’étoffer encore, puisque le film belge de Felix van Groeningen est nominé pour le prestigieux Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Si le succès est tel, l’équipe le doit en partie à l’actrice Veerle Baetens, qui crève l’écran dans son rôle à la fois de mère d’une enfant atteinte d’un cancer et de tatoueuse à fleur de peau.
 
 
Pour incarner ce personnage, Veerle Baetens a subi une métamorphose physique, couvrant son corps de nombreux tatouages. Un travail minutieusement préparé avec l’aide d’une professionnelle.
 
Félix est venu me rencontrer en février 2011, se rappelle la tatoueuse Emilie Guillaume, surnommée Emilie La Perla. Il cherchait à comprendre la personnalité d’un tatoueur féminin, pour éviter de tomber dans les clichés.” Le réalisateur lui proposa alors de lire le scénario et d’imaginer l’aspect de l’héroïne.
 
Passion amoureuse, sensibilité, glamour devaient transparaître. “Il avait une idée assez concrète de ce qu’il voulait, surtout au niveau de la symbolique. Le corps devait raconter l’histoire d’une vie brute, douloureuse, d’un passé tragique. Les tatouages ne devaient pas juste être des ornements. En fait, nous nous sommes beaucoup inspirés de ceux que je porte, comme le pendentif de clés, la boussole ou le cœur”, explique-t-elle.
 
Cette inspiration, Emilie La Perla l’a peinte sur papier, en multipliant les croquis qu’elle présentait, au fur et à mesure, à Felix van Groeningen et à la maquilleuse principale. Une fois la sélection effectuée, les esquisses furent imprimées sur des supports calques en papier qui furent ensuite appliqués sur la peau de l’actrice, sous la forme de décalcomanies. Ces transpositions tenaient deux à trois jours et devaient être retouchées avant les prises de vue. “À un kilomètre, je reconnais un faux tatou, parce qu’il brille, qu’il n’est pas dans la peau mais, dans ce cas-ci, je dois admettre que le résultat était convaincant”, concède Emilie, qui trouve aujourd’hui ces dessins vieillots. “Mon style a beaucoup changé depuis.
 
 
Le début des essayages la laissa, en revanche, pantoise. “Lorsque je m’y suis rendue, les maquilleuses étaient déjà occupées à s’activer et elles avaient mis des petits tatous partout. J’ai immédiatement affiché mon scepticisme, en expliquant que chaque dessin doit s’adapter au corps, pour donner un aspect beaucoup plus réaliste. Nous avons donc énormément discuté des tailles et des endroits. Par exemple, le paon était initialement destiné à couvrir l’ensemble du dos de Veerle Baetens. Mais il était difficile à placer et nous l’avons alors mis sur son bras droit.
 
Un résultat si réaliste que l’actrice, en dehors des périodes de tournage, a parfois senti le poids des regards se poser sur elle. “Elle m’a expliqué que c’était vraiment curieux de susciter tant de curiosité, lorsqu’elle allait faire ses courses notamment. Moi, je ne le ressens plus, parce que je suis dans le métier depuis 12 ans. Quoi que… Maintenant, j’habite Lasne et les premières fois que je suis entrée dans des grandes surfaces, les gens étaient ébahis. Mais je vis dans un microcosme parallèle, je ne me mélange pas, je fais peu de choses en société. Je me considère comme une artiste donc c’est normal que je sois marginale”, explique cette trentenaire, dont 70 % du corps est couvert d’encre.
 
 
Pour pousser encore davantage le réalisme, Felix van Groeningen a demandé à Emilie La Perla d’investir certaines scènes du film de ses dessins. “La peinture dans la chambre d’enfant et celle sur le capot de la voiture sont de moi. Felix a voulu conserver l’identité du personnage. Il a aussi réquisitionné la table, les dessertes et la décoration de mon salon pendant trois jours. Et il m’a même donné un petit rôle dans le film”, détaille tout sourire Emilie, pour qui “tout passe tellement vite que tout est du vent. Sauf le tatouage, qui reste…”.
 

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Ph.: Jean-Luc Flémal & Olly Brey

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