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02/03/2014

"Treme": Nola, la fureur de revivre

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Treme, saison 3, interview, Wendell Pierce, Antoine BatisteWendell Pierce est originaire de la Nouvelle-Orléans. Le comédien prête ses traits à Antoine Batiste, le truculent tromboniste de la bande de “Treme”, la série de David Simon, dont Be TV entame la troisième saison ce vendredi à 20 h 45 sur Be séries. Fan de musique et grand gourmet, il nous parle de sa ville et de son âme musicale invaincue.

Entretien: Karin Tshidimba, à New York


AFFABLE, BLAGUEUR, le sourire en coin, Wendell Pierce est le sosie d’Antoine Batiste dans la série “Treme” : un condensé de roublardise et de bonne humeur. Les deux hommes partagent de nombreux points communs, dont celui d’être né à la Nouvelle-Orléans.
 
“Cela m’a donné une grosse responsabilité au début, j’étais très nerveux à cause de cela, mais après quelques mois de tournage, tout le monde s’était fondu dans la ville et dans sa culture et avait compris à quel point la culture est importante pour nous et quel rôle central elle joue dans notre vie quotidienne. La musique rythme chaque moment de notre vie. C’est un lien tangible, de solidarité et de partage quand les gens sont en deuil ou en difficulté, cela dépasse largement la notion éphémère d’amusement ou de fête. Le mardi gras fonde les liens sociaux dans la communauté car les différents groupes organisaient des caisses sociales pour soutenir leurs membres et les différents chefs des tribus sont de vrais leaders sociaux.”
 
Aujourd’hui, la ville a beaucoup changé. “Oui, certains jeunes, qui étaient venus pour restaurer la ville, sont restés. Ils sont tombés amoureux de Nola. Cela nous touche énormément, car beaucoup d’habitants, laissés sans maison et sans emploi, n’ont pas eu l’opportunité de revenir. Avec ces nombreux départs et ces nouvelles arrivées, la physionomie de la ville a changé. Et puis, certaines parties de la ville s’en sortent mieux que d’autres en terme de réhabilitation; c’est souvent le résultat du jeu des politiciens sur place. Mais il est temps que tout le monde comprenne que le succès, pour être durable, doit être global et non exclusif.’
 
“C’est important pour un artiste de s’inscrire concrètement dans le monde où il vit; particulièrement lorsqu’il s’agit de la ville où il est né. Pour moi, l’important était que le portrait de ma ville soit juste”, poursuit Wendell Pierce.
 
“Nola s’est relevée de la catastrophe subie mais pas encore de ses conséquences (violences, malversations, expropriations), tous les problèmes habituels de la ville ont été exacerbés par l’ouragan Katrina. Cette 3e saison parle de la corruption de la police, une des expériences les plus traumatiques que les survivants ont dû affronter.”
 
 
“Treme” a servi d’exutoire à toute une partie de la population. “Le dimanche soir à la Nouvelle-Orléans, c’était comme une thérapie de groupe : tout le monde regarde la série. Souvent, ils le font en groupe dans des clubs, précise Wendell Pierce. Cela leur rappelle d’où ils viennent et ce qu’ils ont traversé. Je me souviens de cet habitant qui est venu me parler à l’issue d’une projection  : “Je n’avais pas réalisé l’ampleur de ma douleur d’avoir perdu ma maison jusqu’à ce que j’entende le bruit des pas du chef Lambreaux dans la boue séchée qui avait submergé sa maison. Lorsque j’ai reconnu ce son caractéristique, j’ai tressailli et je me suis mis à pleurer. Les larmes coulaient en silence sur mon visage, impossible de les arrêter.” Ces épisodes montrent ce que nous avons tous vécu ici.”
 
Est-il facile dans ces conditions de garder espoir  ? “Cette catastrophe a rendu notre amour de la ville encore plus fort. Rien ne pourra nous arrêter.” Car Wendell Pierce n’en est pas resté au stade des bonnes intentions  : il a cocréé “Sterling Farm”, une chaîne d’épiceries pour permettre aux gens, notamment dans son quartier, d’avoir à nouveau accès à des denrées fraîches, abordables et de qualité. “Notre action contre les déserts alimentaires a été inspirée par celle de Michelle Obama en faveur des quartiers pauvres. Je n’avais pas d’autre choix que de m’impliquer concrètement car si ce n’était pas maintenant, quelle meilleure opportunité aurais-je eu de le faire ? Et si ce n’était moi, qui d’autre aurait dû le faire ? L’heure n’était plus aux questions mais à l’action.”
 
 
Le premier impact de “Treme” a bien sûr été sur l’image de la ville et de ses musiciens.
 
“Il y a environ 300 musiciens présents dans la série. Cela a été l’occasion pour eux de montrer la vraie âme de la cité, l’essence profonde de Nola. Plus vous êtes spécifique au sujet de la culture et de la musique, plus vous devenez universel. Et cela, c’est grâce à “Treme”. Cela montre l’humanité que nous partageons tous  : la façon dont nous célébrons la vie et dont nous affrontons nos peurs ou la mort."
 
Son personnage d’Antoine a été conçu comme un amalgame de plusieurs musiciens fameux de la Nouvelle-Orléans, dont le célèbre Uncle Lionel Batiste, décédé en juillet 2012.
“Je ne joue pas encore aussi bien du trombone qu’Antoine,
avoue-t-il en riant. Lorsque vous voyez Antoine jouer dans la rue, c’est vraiment moi que vous entendez. Durant tout le tournage, j’ai pris des leçons de trombone avec le professeur de musique que l’on voit dans la série. Mais toutes les prestations sur scène sont réenregistrées avant la diffusion et sont l’œuvre du génial Stafford Agee, un musicien que j’adore.”
 
 

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