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15/03/2014

À vous de jouer… avec les mots !

La Libre, Momento, Sorties, langue française en fête, programme, CharleroiDu 15 au 23 mars, la Francophonie fait la fête à la langue française. En Belgique, la Fédération Wallonie-Bruxelles organise une foule d’activités pour redonner vie aux mots.
 
Lauranne Garitte


POURRIEZ-VOUS DÉFINIR LES MOTS hurluberlu, zigzag, charivari, s’enlivrer ou tohu-bohu ? L’injonction n’est pas palpitante… Par contre, pourriez-vous jouer avec ces mots ? Pour sa 19e édition, “La langue française en fête” vous y invite ! Jouer, jongler, inventer, écouter, écrire, danser… Durant une semaine, tout est permis à condition de sortir des sentiers battus.
Car, aujourd’hui, la belle langue de Molière est encore trop souvent perçue comme rigide, voire effrayante du fait de son orthographe et de sa grammaire parfois indigestes. Il est temps de la désacraliser et de pointer du doigt sa capacité à accueillir l’imagination lexicale la plus débridée.
 
Les mots décollent
Cette édition portera sur trois thèmes. Le premier, “Les mots décollent”, incite les écoliers à ne pas garder les pieds sur terre. Le deuxième abordera le sujet de l’appropriation du français par les migrants (voir ci-dessous). Enfin, comme chaque année, 10 mots inattendus ont été choisis au niveau international pour incarner la liberté, la richesse et la modernité de la langue.
 
 
Charleroi, Ville des Mots
Chaque année, la Fédération Wallonie-Bruxelles désigne une “Ville des Mots”. Cette fois, c’est Charleroi qui déploiera ses mots à tous les coins de rue. Elle les affichera sur des banderoles, des oriflammes, des phylactères, ou même sur des parterres de fleurs. Un parcours urbain a été réalisé pour l’occasion par les habitants carolos.
 
Un programme pour tous
Une semaine, c’est court quand on sait le nombre d’activités qui vont avoir lieu. D’abord, de nombreux jeux concours sont organisés pour retrouver le plaisir des mots. Ensuite, dans les villes francophones participantes, des installations artistiques côtoieront des expositions, des spectacles et des lectures de contes ou de théâtre. Quelques ateliers de relecture de texte, d’écriture ou de création sont aussi prévus. Enfin, puisque la langue, ça se chante, le slameur Veence Hanao, le chanteur d’Été 67 Nicolas Michaux et l’artiste wallon Julos Beaucarne donneront des concerts çà et là.
 
D’ici là, laissons la parole à Frédéric Dard qui ne peut mieux résumer l’esprit de l’événement : “Allons, les gars, verbaillons à qui mieux mieux et refoulons les purpuristes sur l’île déserte des langues mortes”.
 
La langue française en fête. Du 15 au 23 mars 2014 un peu partout en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Programme, infos  &  tarifs : www.lalanguefrancaiseenfete.be
 
 
 
Le français souffre de son image de langue sanctuaire
 
L’un des thèmes de “La langue française en fête” est le rapport entre langue, immigration et intégration. Un sujet abordé dans une étude universitaire par Philippe Hambye.
 
QUELS LIENS EXISTENT, à tort ou à raison, entre la maîtrise du français et les possibilités d’intégration des personnes issues de l’immigration ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre le sociolinguiste et chercheur à l’UCL Philippe Hambye.
 
En quoi a consisté votre étude ?
Nous sommes partis de l’idée répandue selon laquelle la maîtrise de la langue représente un enjeu politique majeur. Et nous avons voulu nuancer ce discours.
 
Comment ?
En recensant une cinquantaine d’idées reçues sur la langue provenant des médias et en les confrontant à 800 informateurs.
 
Des idées reçues comme… 
Comme : si les gens ont un problème d’intégration, c’est parce qu’ils ne parlent pas le français. Ou : si certains ne parlent pas le français, c’est parce qu’ils manquent de volonté. Toutes ces idées circulent dans les médias comme si de rien n’était et collent une étiquette tout à fait erronée au français et aux problèmes d’immigration.
 
Pour renverser ces stéréotypes, il faut donc faire la fête à la langue ?
Oui, “La langue française en fête” invite à se détacher de l’image puriste qu’on se fait du français. Il faut s’approprier la langue française et cesser de s’y conformer comme si elle existait depuis toujours.
 
Pourquoi ?
Parce que le français n’est pas statique, ce n’est pas une langue figée comme on tend à le penser. Le français souffre de cette image de langue sanctuaire. Il faut la désacraliser en jouant avec elle.
 
Au risque de lui faire perdre son identité… 
Je n’ai pas dit que tout était possible. On ne peut pas faire n’importe quoi avec la langue, mais on peut attirer l’attention sur ses règles afin de les adapter à nos besoins. On a hérité d’un patrimoine précieux avec le français. Mais l’avenir du français ne revient pas à reconstruire sa propre histoire. Il faut s’en servir plutôt que de la garder intacte.
 
Et les activités proposées vont dans ce sens ?
Oui, cette fête du français va permettre de mettre en jeu la langue dans toutes ses potentialités et dans tous ses enjeux politiques, sociaux et culturels. Grâce à cela, chacun se rappellera combien la langue est un important outil de communication.
 
 
Ph.: Massimo Maieroni

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