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15/03/2014

L’Histoire en face

La Libre, Momento, Derrière l'écran, immigration, documentaire, Red Star Line, AnversLa Red Star Line a transporté des millions d’Européens vers le rêve américain. Deux réalisateurs consacrent un documentaire à ces migrants. Il sera diffusé dans le cadre de la nouvelle émission d’Elodie de Sélys, “Retour aux sources”, une nouvelle case historique à suivre tous les vendredis, à 22 h 40 sur La une.

Aurélie Moreau


POUR CE NOUVEAU RENDEZ-VOUS (après la série “Apocalypse la 1re Guerre mondiale”), l’émission historique d’Elodie de Sélys, “Retour aux sources”, diffusera un documentaire passionnant, consacré à la Red Star Line. De 1873 à 1934, la compagnie maritime belge transporta environ deux millions d’émigrants d’Anvers à New York. Essentiellement des citoyens d’Europe de l’Est, dont beaucoup étaient d’origine juive. Au cours de cet âge d’or des multinationales transatlantiques, les chantiers navals œuvraient à une cadence infernale. Grâce aux migrants, la cité anversoise devint florissante et prospéra au point de devenir l’un des principaux ports de passagers d’Europe.
 
"Red Star Line" *** témoigne du parcours de ces millions de migrants, confrontés aux mauvaises récoltes, aux guerres et aux conflits religieux. Au prix de leur vie, ils ont entrepris des voyages éprouvants, seuls –  et parfois deux années durant  –, dans l’espoir que leur femme et leurs enfants puissent un jour les rejoindre. Des années s’écoulèrent avant que soient réunies les familles, débarquées à Ellis Island où les rêves se sont brutalement confrontés à la réalité.
 
Grâce à l’“Oral History Program” –  qui a recueilli les interviews de 2000 immigrants passés par “L’île des larmes” –, le documentaire livre une mosaïque de récits personnels, aussi interpellants que terrifiants. Ils rappellent la triste réalité européenne de l’époque  : des conditions de vie misérables, la pauvreté endémique, les épidémies, le travail des enfants, les pogroms meurtriers et les traitements dégradants infligés aux communautés juives dans les shtetl et ailleurs, en Europe, dès le XIXe siècle. Il évoque également l’oppression et l’exploitation de la classe ouvrière belge, grâce au précieux témoignage d’un verrier de Charleroi qui vécut les violents troubles sociaux de 1886. Les deux réalisateurs, Daniel Cattier et Fabio Wuytack, ont rencontré leurs descendants qui, pour la première fois, entendent les témoignages de leurs parents ou de leurs grands-parents.
 
Bien plus qu’un simple documentaire, “Red Star Line” souligne le caractère tout à fait ordinaire et immuable des phénomènes migratoires. Il invite à s’interroger sur la contribution des migrants au rayonnement d’une nation ainsi que sur la fermeture des frontières et l’absence de véritables politiques d’immigration (en Belgique notamment, depuis les années 70). Mêlées à des séquences d’animation et aux reconstitutions, les archives sont également exceptionnelles. Grâce aux recherches effectuées par les documentalistes et les réalisateurs (lire ci-dessous), “Red Star Line” parvient à exhumer des images inédites.
 
Ce vendredi, immédiatement après la diffusion du documentaire, Elodie de Sélys recevra les deux réalisateurs au Librarium de la Bibliothèque royale, où l’émission “Retour aux sources” a posé ses valises. À l’origine, le documentaire “Red Star Line” fut conçu en trois épisodes de 52 minutes. L’émission d’Elodie de Sélys propose toutefois une version écourtée de 90 minutes. L’œuvre originale sera diffusée dans son intégralité le 31 mars, dès 21 h 05 sur La trois.
 
 
 
“On a voulu donner un visage aux masses de migrants”
 
Les deux réalisateurs du documentaire “Red Star Line”, Daniel Cattier et Fabio Wuytack, veulent avant tout aborder “les petites histoires qui font la grande”.
 
La Red Star Line était l’une des premières multinationales belges. Pourquoi traiter cette histoire sous l’angle de l’immigration ?
Cette histoire faisait directement écho à la complexité de l’immigration, aujourd’hui. Même si l’histoire se passe il y a 150 ans, le spectateur reste concerné car l’immigration est une thématique hautement d’actualité. Ça nous permettait de déconstruire le passé, pour mieux comprendre le présent. On aurait pu faire un documentaire consacré aux couchettes de luxe et aux VIP mais on a préféré regarder l’immigration en face pour donner un visage aux masses. Car ce sont eux qui ont changé le monde, et la face des États-Unis. Et pas les deux aristocrates dont on aurait pu parler. Ce documentaire est un miroir. Les raisons pour lesquelles les gens décident d’émigrer sont toujours les mêmes. Ce sont les mêmes problèmes aujourd’hui. Que ce soit en Afghanistan ou ailleurs.
 
Vous abordez également le rôle d’Ellis Island, “l’île des larmes”, comme l’équivalent des centres fermés d’aujourd’hui...
Non, je ne crois pas. Parce que, à l’époque, l’immigration est utilisée, instrumentalisée et organisée. À ce moment-là, l’Amérique a besoin de main-d’œuvre. Il y avait une véritable politique d’immigration. L’Europe était ravie de se débarrasser de migrants. Ça arrangeait tout le monde. Et à l’époque, c’était beaucoup plus simple de voyager, il y avait peu de frontières. Il y avait la Prusse et l’empire austro-hongrois. Il n’y avait pas autant de pays qu’après la Première Guerre mondiale. Il ne fallait pas de visas. La mobilité internationale était facile. On n’empêchait rien. C’est quand l’Amérique a commencé à se construire et qu’elle est devenue de plus en plus forte qu’elle a sélectionné les bons des mauvais migrants  : les prostituées, gangsters, voleurs, porteurs de maladies, etc. Il y a des histoires horribles d’enfants handicapés mentaux –  dont on ne parle pas dans le documentaire – et qui sont refoulés à Anvers, en Belgique, sans leur famille et qui finissent seuls dans des hôpitaux psychiatriques dans les campagnes flamandes.
 
Vous parlez aussi largement de l’économie qui se développe grâce à cette immigration. La Red Star Line a prospéré et est devenue une puissante multinationale grâce aux migrants. Sans parler de la ville et du port d’Anvers…
La Red Star Line, c’est l’exemple parfait. Ils se sont fait énormément d’argent et Anvers s’est également indirectement enrichie de ce transit d’immigrants. Les commerces, les hôtels, les restaurants à Anvers ont évidemment profité de ces masses de familles immigrantes. On sent bien – que ce soit pour la Red Star Line ou les autres compagnies maritimes européennes ou américaines – que ce transit a été un business.
 
“Red Star Line” serait-il aussi un plaidoyer pour des politiques d’immigration plus humaines ?
On ne prend pas position là-dessus. C’est vrai que l’Amérique ne serait pas ce qu’elle est sans ces vagues d’immigration, tant sur le plan politique, culturel, social ou même économique. Le pays est le reflet de ce melting-pot, de ces énergies et de ces ambitions diverses. Mais on n’est pas non plus dans des discours militants. On ne prend pas position parce que le monde va continuer à tourner et parce que les populations vont naturellement continuer à migrer. Ça fait partie de l’histoire de l’humanité. On essaye souvent de coincer ce film dans une démarche politique, propagandiste, mais nous avons plutôt envisagé ce documentaire comme un défi : celui de détourner cette propagande au profit de l’humanité. Essayer de rester le plus près possible des histoires des gens, de leurs expériences, de vie. On a voulu aborder les petites histoires qui font la grande.
 
 
Ph.: Jean-Michel Clajot/RTBF

Commentaires

Super,j'aurais voulu savoir si le documentaire était déjà disponible sur CD. Merci

Écrit par : Paul Jacquet de Haveskercke | 18/03/2014

Bonjour Monsieur Paul Jacquet,

Le DVD est disponible en version de 156 minutes, sur la boutique en ligne de la RTBF notamment.

Vous pouvez suivre ce lien :
http://boutique.rtbf.be/product/red-star-line

Belle journée,

Cordialement,
Aurélie Moreau.

Écrit par : Aurélie Moreau | 21/03/2014

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