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16/03/2014

Le charme sauvage de l’île d’Oléron

La Libre, Momento, Escapade, voyage, île d'Oléron, véloMoins huppée que le Cap Ferret et moins parisienne que Ré, elle prône l’authenticité et vit de la mer. De la pêche à pied à la cyberpoissonnerie, visite à bicyclette.

Au grand air: Laurence Bertels


DES ÎLES, L’ON DIT PARFOIS qu’il n’y a rien à y faire sinon y entrer ou en sortir. Un des paradoxes, sans doute, de leur caractère insulaire, tant recherché et redouté en même temps. Être coupé du monde, un rêve caressé chaque été, et sans cesse renouvelé, par de nombreux estivaliers. D’aucuns, à terme, souffrent d’enfermement, d’autres ne désirent plus partir car l’île jamais ne laisse indifférent. Reliée au continent depuis 1966 par un pont, un viaduc en réalité, de 2862 mètres, juste en face de Rochefort, de Marennes et à deux pas de La Rochelle, Oléron ne vous isole que si vous le souhaitez et on connaît des Oléronais qui ne la quitteraient pour rien au monde. Dotée, il est vrai, d’un réel capital lumière, nature et architecture, l’île regorge de charme et a de quoi séduire un large panel de vacanciers : du contemplatif, dans la peau duquel nous nous glissons volontiers, au sportif qui hésitera entre surf, catamaran ou paddle. Sans oublier le plagiste heureux comme un dauphin dans l’eau sur les plages sablonneuses, les plus grandes d’Europe tout de même, le cycliste qui parcourra les cent trente kilomètres de pistes en tous sens, ou encore le féru de patrimoine naturel qui, jumelles à la main, traversera les marais pour y observer les différentes espèces d’oiseaux migrateurs, oies, bernaches ou petits échassiers. Même les fanas de thalasso trouvent leur bonheur à Oléron grâce au somptueux centre de thalassothérapie qui se trouve à Saint-Trojan, au bout du bout de l’île, là où, sous le soleil d’été, la plage désertée ressemblerait presque à celle de Bora-Bora. Presque… Pinèdes, marais, bord de mer, côte atlantique ou continentale, l’île se singularise aussi par sa grande diversité et mérite surtout d’être arpentée à vélo. Rien de tel en effet que d’enfourcher seule sa bicyclette pour visiter Saint-Pierre, la capitale, charmante et très animée les jours de marché, traverser les marais, déguster une crêpe salée ou un plateau d’huîtres à Boyardville qui offre, comme on l’imagine, une vue imprenable sur le Fort légendaire, avant de traverser la Forêt domaniale des Saumonards et ses pins parasols au nom évocateur et au parfum enivrant, vraie madeleine de Proust pour ceux qui ont passé plusieurs vacances d’enfance dans les Landes.
 
 
Moins huppée que la Cap Ferret, moins coquette – et surtout moins parisenne – que l’île de Ré, Oléron attire par son approche sauvage et par ses dimensions. Pour peu que l’on décide de déguster quelques huîtres – un must évidemment – à La Baudissière, village de pêcheurs typique entre tous, avant de visiter, entre autres, Boyardville, on peut pédaler sept heures durant. Sans compter quelques inévitables détours car les pistes, bien que nombreuses et loin des voitures, ne sont pas toujours très bien balisées. À vélo également, il faudra découvrir La Menounière, la Biroire ou la Chefmalière, trois adorables hameaux où l’on peut apprécier à sa juste valeur l’architecture de l’île, ses maisons cours de vignerons typiques, assez basses pour se protéger du vent, en pierre du pays avec leurs murs blanchis, leurs puits, leurs roses trémières et leur pudeur. La plupart de ces maisons sont des résidences secondaires de bienheureux propriétaires qui ne regretteront sans doute pas leur investissement. C’est que l’immobilier vaut son pesant d’huîtres à Oléron. Il faut compter environ huit cent mille euros pour une petite maison en bord de mer. Et c’est bien sûr à La Cotinière que les pierres y sont les plus chères en raison de son port de pêche et de son activité tout au long de l’année.
 
La pêche, voici encore un aspect qu’il est impossible de passer sous silence en cette île qui en vit et qui surtout la respecte, de sa forme la plus artisanale, grâce à la pêche à pied, à la plus virtuelle, en expansion sur mon poisson.fr. Jeu d’enfant, mais aussi de grand, la pêche à pied se pratique à marée basse et permet à l’initié d’y goûter l’oursin à peine sorti de son jus. À moins de lui préférer les crevettes, huîtres creuses, praires, étrilles, araignées et autres tourteaux qui se glissent sous les roches ou les algues et n’attendent, en quelque sorte, qu’à être cueillis. À condition d’avoir déjà atteint leur taille minimale réglementaire : 3 cm pour la crevette, 4 cm pour l’oursin sans les piquants, ou 12 cm pour l’araignée.
 
L’estran, qui sur quelques mètres carrés à peine réunit pas moins de quatre cents espèces, doit en effet être préservé. Depuis 2004, l’association IODDE (Île d’Oléron Développement Durable) veille à la préservation du littoral et des milieux naturels tels les dunes, marais et estrans. L’on retrouve donc à nouveau des crabes du rocher qui se cachent dans les infractuosités, “signe que la nature reprend le dessus”, nous dit Jean-Baptiste Bonnin de l’association IODDE. Liée aux vacances de bord de mer, la pêche à pied offre en outre un sentiment de bien-être et d’autonomie toujours rassurant. Pour les enfants, trouver un crabe ou une crevette reste une source de grande réjouissance.
 
Côté pêche toujours, mais en mer cette fois, la Cotinière est le centre nerveux de l’île. À peine rentrés, les bateaux déchargent leur cargaison riche de mulet, de maigre ou de cabillaud qui passeront ensuite à la criée, le Sothebys du poisson. En une demi-heure à peine tout est joué. C’est alors au tour de Delphine Dupuy d’entrer en scène. Poissonnière aux Pêcheries de la Cotinière, elle peut se targuer d’avoir créé la première cyberpoissonnerie, www.monpoisson.fr, en 2004. Elle livre le poisson à domicile après commande passée sur Internet.
 
Enfin, l’on ne pouvait s’en aller sans prendre le temps de goûter les Fines de Claire de l’ostréicultrice Cyrille Marceau, une des rares femmes de l’île à exercer ce dur métier. Cheveux bouclés au vent, visage buriné, contrairement à certains de ses confrères mus par l’appât du gain, avec les dégâts que l’on voit dans le bassin d’Arcachon, par exemple, où les huîtres sont menacées de disparition, elle continue à travailler de manière traditionnelle et ressent clairement les effets de la crise mais elle garde le sourire. La mer lui en a déjà fait voir bien d’autres et elle n’est pas oléronaise pour rien.
 
 
Ph.: L.B.

Commentaires

"et surtout moins parisienne – que l’île de Ré" Il est vrai que l'île de Ré n'a pas le même visage en été que l'île d'oléron. Cependant Oléron perd de plus en plus son côté sauvage autrefois très apprécié.

Pour ma part il est difficile de comparer les 2. Chacun aura ses atouts comme ses défauts. Le mieux étant de visiter les 2 pour se forger sa propre idée.

Écrit par : Odile@ile-de-reve.fr | 19/03/2014

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