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22/03/2014

La petite ferme aux portes de la capitale

La Libre, Momento, Coulisses, ferme bio, Bruxelles, la fincaÀ deux pas de Bruxelles, dans la commune de Wezembeek-Oppem, une ferme maraîchère vit au rythme
des saisons. Il y a plus d’un an, un jeune couple y a lancé le projet audacieux de développer et de vivre d’une activité d’agriculture biologique.

Reportage: Lauranne Garitte

BRUXELLES A CECI DE PARTICULIER qu’il vous arrive de monter dans un tram et de débarquer soudainement en pleine campagne. C’est le cas, par exemple, lorsqu’on gravit les marches du tram 39, direction Tervueren, en périphérie bruxelloise. Le brouhaha et les bousculades emblématiques de l’heure de sortie des classes laissent place, sur la fin de la ligne, à un calme approximatif. Les espaces verts apaisent, le tram se fait minuscule à l’horizon et il ne reste que quelques soupçons de bruits de moteurs de voitures. À deux pas de là, une petite enseigne “Welcome” trône au-dessus d’une porte ouverte. Une jeune femme y discute avec sa cliente, dans une petite boutique remplie de cageots de fruits et légumes disposés en vrac, comme au marché. Cette jeune femme, c’est Sarah, l’une des fondatrices de la Finca, un projet de valorisation d’un terrain agricole de 3,5 hectares. Sarah et son mari Jérémy jonglent quotidiennement entre l’entretien du potager bio et la vente des fruits et légumes récoltés.
 
 
Du bio pour revenir à l’état naturel
 
Les journées de ce jeune couple d’agriculteurs se suivent sans vraiment se ressembler. Excepté quelques rituels quotidiens, les saisons, la météo, les livraisons… font varier le rythme de cette petite ferme. Dès 8 heures, Sarah et son employée Aurélie se dirigent vers la chambre froide où sont stockés tous les produits durant la nuit. Pendant que l’une range, nettoie et prépare le magasin, l’autre, en cuisine, concocte les petits plats qui seront au menu de la table d’hôtes du midi. Dans les assiettes, on trouve du bio, et rien que du bio : “Pour nous, c’était une évidence de se lancer dans l’agriculture biologique. Ce sont des valeurs et des réflexions qui nous tiennent à cœur et qu’on a voulu mettre en pratique pour prouver qu’il est important de revenir à l’état naturel”, raconte Sarah. Parmi les légumes proposés, la plupart proviennent du champ situé à 500 mètres du comptoir de vente. D’autres sont importés d’Europe : “Le bio est défini par un règlement européen. On a donc pris le parti de ne vendre que des produits labellisés bio qui viennent d’Europe, ainsi que nos propres produits. Sans cela, on ne pourrait pas satisfaire notre clientèle”. Une clientèle qui, vers 10 heures, commence à arriver périodiquement, au fil des voitures qui stationnent, des clients qui se baladent dans le magasin, qui viennent y manger un bout ou y boire un café et repartent un panier de fruits à la main. “Il faudrait que vous installiez une barre pour attacher les vélos”, suggère une passante. Dans ce magasin, le bio côtoie le local dans tous les sens du terme. Alors que les produits sont cultivés quelques centaines de mètres plus loin, c’est la convivialité et le côté familial de cette démarche citoyenne qui attirent les gens : “Ce qu’on veut vraiment, c’est remettre l’humain et la nature en parfaite harmonie”, soutient Sarah.
 
Pendant ce temps, côté champs…
 
De temps à autre, en matinée, un tracteur s’arrête devant la boutique. C’est Jérémy qui en sort, quelques bacs de légumes de saison dans les bras. Ce matin, il vient déposer des bettes, des choux et du pourpier, cueillis quelques heures plus tôt. Diplômé d’agronomie, Jérémy a pour terrain de prédilection son champ, où il retourne dare-dare pour travailler avec son collaborateur. Nous en profitons alors pour le suivre. La petite ruelle que nous empruntons se mue en chemin de graviers au bout duquel les 2,5 ha de terres cultivées s’étendent à l’horizon. Dans la profondeur, on aperçoit quelques immeubles et grandes maisons qui rappellent que la ville n’est pas si loin. Et au beau milieu de tout cela, des serres. “Avec la météo belge, il est nécessaire d’avoir des serres. Cela nous donne la sécurité d’avoir toujours des légumes”, explique Jérémy. En ce moment, leur production agricole est en phase de conversion. C’est-à-dire que, durant deux ans, leurs terres sont susceptibles d’être contrôlées par un organisme certifié bio. Pendant cette période, aucun faux pas n’est permis et aucun produit chimique ne peut être recensé sur l’espace cultivé. Ce qui n’est pas toujours chose aisée quand le champ d’agriculture biologique borde un champ d’agriculture conventionnelle… En témoignent les petites boules bleues de pesticides du voisin qui atterrissent sur les terres de la Finca. “On doit commencer nos plantations quelques mètres plus loin. On va aussi installer une haie pour éviter ces désagréments. Mais ce n’est pas une bonne chose pour nous : on perd du soleil et de l’espace cultivable…”, étaye Sarah.
 
 
Le mardi, c’est paniers bio !
 
Tout au long de l’après-midi, Jérémy s’attelle à divers travaux en plein air : désherbage, plantations, aménagements de clôtures, etc. Il effectue aussi quelques livraisons, quand il y a des demandes. Le mardi, il vient en renfort dans le comptoir de vente pour préparer les paniers bio. Plus de cent paniers sont composés avec les légumes provenant directement du champ. En fin d’après-midi, alors que le soleil est moins insistant, Jérémy vaque à sa passion pour l’apiculture. Il vérifie aussi que les agneaux élevés dans son champ sont en bonne santé. Vers 19 heures, un arrêt de tram plus loin, le temps d’un brouhaha d’avion qui passe au-dessus de la commune, le magasin ferme ses portes. Les fruits et légumes repartent pour la chambre froide. Et nous, nous remboîtons le pas pour rejoindre le tram, puis la ville, puis les bâtiments, puis le bruit des voitures, puis l’absence de verdure, tout en gardant toutefois en tête qu’à tout moment, il est possible de prendre un bon bol d’air à deux pas de Bruxelles.
 
 
 
La Libre, Momento, Coulisses, ferme bio, Bruxelles, la fincaUn défi à taille humaine
 
Il y a 2 ans, de retour de 5 années passées en Colombie, Sarah Potvin et Jérémy Verhelst, à l’approche de la trentaine, décident de se trouver un emploi qui corresponde à leurs valeurs. Ils montent alors le projet de la Finca, un projet durable financièrement, éthiquement, écologiquement et économiquement.
 
N’était-ce pas un peu fou de se lancer dans un projet d’agriculture ?
Dans un certain sens, oui. Redevenir agriculteur quand on a fait l’université, cela semble complètement dingue. Mais on a misé sur une production à taille humaine pour rester réalistes. Ce n’est donc pas tout à fait insensé comme projet…
 
Et puis, tout cela a été pensé au millimètre près…
Oui, en plus des longues réflexions dans notre hamac en Colombie, il nous a fallu 8 mois de préparation. Il faut faire un business plan, réfléchir à l’aménagement, à la déco, trouver les fournisseurs, s’arranger avec la commune pour l’urbanisme, faire des études de marché et instaurer une bonne stratégie de communication.
 
Et cela a payé !
Disons qu’avec un peu de bon sens et de préparation, on mettait toutes nos chances de notre côté.
 
Mais en temps de crise, c’est un pari financier un peu osé…
Oui et non. Déjà, les terres que nous avons sont des terres familiales. Donc cela nous a beaucoup aidés. Et puis, on est dans l’est de Bruxelles. On ne va pas se mentir, ici, il y a une certaine demande de la part de la population qui est sensible au bio et un peu moins touchée par la crise.
 
Mais pour être rentable, vous devez quand même importer des légumes d’Europe…
C’est vrai, on importe des légumes labellisés bio, mais on se limite à l’Europe. On n’a pas le choix, il faut une certaine diversité. Je pense que c’est illusoire de ne faire que du belge, surtout si on se spécifie dans les fruits et légumes. Il faut trouver un équilibre entre nos valeurs et ce que demande le client. Si on ne vendait que ce qu’on produisait, on fermerait 6 mois par an…
 
Difficile donc de survivre financièrement avec les saisons ?
Vu qu’on importe, il n’y a pas vraiment de trou financier à cause des saisons, sauf en juillet et août. Ce sont les vacances scolaires et on produit beaucoup, mais les gens sont en vacances. Donc on doit trouver des astuces pour vendre nos produits. Par contre, comme on fait du bio, c’est clair qu’on a moins de moyens pour lutter contre les agressions extérieures comme la météo ou les animaux. Mais cela fait partie du défi.
 
Et changer la société fait également partie du défi ?
Ce n’est pas vraiment le but principal. Ce qu’on veut, c’est plutôt inscrire dans la tête des gens nos propres réflexions à propos de notre impact sur l’environnement et sur l’économie. On veut contribuer à notre façon à l’économie locale.
 
Avec l’objectif de revenir à une société uniquement locale ?
Ça, pour moi, c’est impossible. On ne peut pas fonctionner uniquement avec le local. Chacun d’entre nous a pris goût au café ou à la banane…
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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