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29/03/2014

Un sacré défi  !

La Libre, Momento, Autoportrait, WAPA, Solveig Vinamont, Véronique Cranenbrouck, enfants soldatsSolveig Vinamont et Véronique Cranenbrouck sont deux jeunes trentenaires à la base de WAPA (War-Affected People’s Association). L’ASBL a pour but de récolter des fonds pour la réinsertion des victimes de guerre dans des pays post-conflit.


SOLVEIG VINAMONT ET VERONIQUE CRANENBROUCK EN 6 DATES

15 septembre 2006 : Solveig défend son mémoire. Le sujet ? Les enfants soldats. Elle est aujourd’hui mariée et maman d’Antoinette. Fin mars, elle introduira son dossier pour l’adoption d’un bébé en Afrique du Sud. L’histoire est née !
 
5 septembre 2008 : Véronique prend un vol pour Manille, la capitale des Philippines, après avoir quitté son CDI confortable. Elle y restera 5 mois pour travailler dans une association qui lutte pour la défense des droits des Tagbanuas, une population indigène au nord-est de l’archipel. Une vocation est née !
 
5 février 2009 : Solveig et Véronique se rencontrent au sein d’une ONG internationale d’aide à l’enfance. Elles deviennent collègues dans le département communication. Une belle amitié est née.
 
7 mars 2013 : bien qu’elles ne soient plus collègues, Solveig et Véronique rêvent toujours de monter un projet ensemble, une association à visage humain. Après un déjeuner express dans l’une des cantines de la place Flagey (qui deviendra le QG des WAPA girls), Solveig, alors sans emploi, soumet à Véronique un projet de réinsertion d’ex-enfants soldats dans des pays post-conflit. L’idée est née !
 
18 juin 2013 : le projet est peaufiné, les WAPA girls s’envolent pour l’Ouganda, un pays ravagé par près de 20 ans de guerre civile. Dix jours de mission exploratoire dans le nord du pays où elles rencontrent des associations potentielles. À la fin de la mission, une convention est signée avec Childcare Uganda. Un partenariat est né.
 
8 août 2013 : les statuts de l’ASBL sont déposés. Le projet se concrétise, les idées fusent… Création du site Internet, soutien de la Fondation Roi Baudouin, événement de lancement. WAPA est née.
 
 
 
UN EVENEMENT DE NOTRE VIE
 
La création de WAPA évidemment ! (Même si nos vies personnelles regorgent d’événements marquants !)
C’est un sacré défi que de se lancer à deux, jeunes trentenaires, dans un projet d’une telle envergure, surtout sans apport financier, sans subsides et sans reconnaissance des pouvoirs publics.
Mais ce qu’on possède, c’est un enthousiasme débordant qui nous permet de mettre notre énergie, notre expérience en communication et en récolte de fonds au service de cette cause, de mobiliser nos réseaux pour soutenir des projets existants de qualité pour lesquels l’argent fait défaut. 
Après avoir peaufiné le projet, il a fallu confronter la théorie à la réalité. Et c’est grâce à la mission exploratoire qu’on a constaté que notre projet de réinsérer des ex-enfants soldats, voire plus largement de “rendre la dignité humaine aux victimes de guerre” avait une véritable légitimité et toujours du sens sur le terrain.
Finalement, WAPA, c’est ça, c’est cette conviction de devoir venir en aide à des populations abandonnées par des grosses ONG après la guerre et en collaborant avec ce qu’on appelle des CBOs (community based organisations), qui travaillent localement et avec peu de moyens et de ressources, comme nous finalement.
Comme elles, on use de trucs et astuces, on met la machine à idées en route et on essaie de sensibiliser un large public grâce à des campagnes de communication un peu détournées, comme l’opération “Ceci est une pipe ougandaise” qui finalement s’est avérée être un beau pied de nez aux politiques anti-homosexuelles en Ouganda.
 
 
UNE PHRASE
 
C’est une phrase d’Oscar Wilde, elle est un peu bateau et utilisée tant et plus, mais elle fait quand même à chaque fois son petit effet :
"Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles."
C’est tellement vrai nous concernant. On ne sait pas quel est l’avenir de WAPA. On espère qu’elle devienne une association incontournable en Belgique, voire internationalement. Nos rêves et notre ambition ne connaissent pas de limite.
Jusqu’à présent, chaque fois qu’on lance une idée (de crowdfunding, d’événement de lancement, d’opération de récolte de fonds...), on se dit : “On ne sait pas exactement ce que ça va donner mais, quoi qu’il arrive, ce sera positif parce qu’on aura appris, parce qu’on aura sensibilisé le public à notre cause”. Et elles sont là, nos étoiles.
 
 
TROIS PAYS
 
La Sierra Leone
Choisissons-nous un livre ou serait-ce l’inverse ? “A Long Way Gone”, l’autobiographie d’Ismael Beah, un enfant soldat, s’est retrouvée entre nos mains et nous a bel et bien décidées à créer WAPA. Révoltées et profondément indignées par cette problématique qui touche encore 300 000 enfants dans le monde, travailler sur leur réinsertion nous semblait incontournable.
 
 
L’Ouganda
C’est le premier pays vers lequel notre association s’est tournée. Son histoire, ses 20 ans de guerre civile, les dizaines de milliers d’enfants soldats enrôlés, les camps de réfugiés internes ne pouvaient pas nous laisser indifférentes. Lors de notre visite, et malgré des recherches intensives sur le pays, nous n’imaginions pas que les stigmates de la guerre soient encore aussi visibles. Nous y avons rencontré des personnes profondément meurtries mais aussi extrêmement décidées à changer leur quotidien. On pense particulièrement aux collaborateurs de l’association partenaire, Childcare, très éloignés des clichés qu’on peut régulièrement entendre sur l’Afrique.
 
 
La Colombie
Elle fait partie des pays avec lesquels nous aimerions travailler à moyen terme. Dans les années 90, Ingrid Betancourt a écrit son autobiographie. Elle y évoquait son engagement politique, sa lutte contre la corruption et, surtout, la situation des FARC. Même si, aujourd’hui, sa vérité est remise en question, il n’en reste pas moins qu’elle avait sensibilisé l’opinion publique européenne à un phénomène mal connu : l’enrôlement des enfants (notamment) dans les milices armées.
 
 
UNE DATE
 
Le 1er décembre 1955
 
Changer le monde, c’est un sacré programme ! Mais Rosa Park y a sans doute contribué à sa manière, le 1er décembre 1955, en refusant de laisser sa place à un blanc dans le bus. Cette jeune couturière noire est alors devenue la figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale.
Il fallait oser à cette époque : elle a été arrêtée par la police, elle a refusé de payer l’amende… C’est insupportable de penser qu’à l’époque une femme noire devait “laisser sa place” à un homme blanc.
Et pourtant, même si les temps ont changé, l’idée de laisser sa place à un blanc est quelque chose qui persiste. On s’en rend compte quand on voyage. On s’en rend compte aussi quand on travaille dans le monde de la coopération au développement. On maintient parfois ce côté un peu paternaliste dans les relations entre le Nord et le Sud. Il est temps de déconstruire les préjugés !
C’est très exactement la raison pour laquelle nos relations avec notre partenaire sont basées sur le principe de subsidiarité : on ne se substitue pas aux compétences des collaborateurs locaux. Qui mieux que les Ougandais peuvent aider les Ougandais ?
On n’intervient que dans les domaines qui font défaut. En l’occurrence, on fait de la récolte de fonds pour que les programmes soient pérennes et que le nombre des bénéficiaires puisse augmenter. Le contenu des programmes est intégralement conçu par les collaborateurs de terrain.
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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