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30/03/2014

Cent ans et toutes ses ondes

La Libre, Momento, Derrière l'écran, radio, 100 ansLa radio s'est réveillée centenaire vendredi matin. Pour l'occasion, nous avons interrogé un pilier de la radio d’hier (qui fut d’abord française), Pierre Bellemare, et un “chercheur” de celle de demain Nicolas Bertrand, par ailleurs coauteur du livre et de l’exposition consacrés au centenaire de la radio belge et européenne


Le 28 mars 1914, très précisément, un concert de musique classique, donné dans une annexe du château de Laeken, était diffusé en ondes moyennes. C’était la toute première émission radio d’Europe ! Un véritable événement qui ne fut capté que par une centaine de postes radiophoniques en Belgique. Depuis, le nombre et les types de récepteurs se sont démultipliés à foison à mesure que les rendez-vous se diversifiaient sur les ondes (information, sport, musique, feuilletons, interviews, concours, rencontres).
Après la journée spéciale de jeudi dernier sur La trois, et le très beau documentaire “Silence radio”, après le numéro spécial de “C’est du Belge” de vendredi, la RTBF propose une semaine spéciale dans le cadre de son émission Cinquante degrés Nord. Une kyrielle d’invités s’y succéderont, de lundi à vendredi à 20h05 sur Arte Belgique, qu’ils soient piliers de la radio publique ou chantres de la radio privée. Ils évoqueront en compagnie d’Eric Russon et son équipe les grandes heures de la radio d’hier et les nombreux défis de celle de demain. L’occasion d’évoquer la radio numérique, les podcast et le DAB – pour les plus branchés d’entre nous – mais aussi de bons souvenirs comme “Les feux de la rampe”, “Boulevard du temps”, “le Jeu des dictionnaires”, etc.

 
 
Bellemare, ce conteur
 
Pierre Bellemare a débuté sur Radio Luxembourg en 1952. Aujourd’hui, il officie sur Europe 1 aux côtés de Cyril Hanouna, de 10h30 à 12h30, dans les “Pieds dans le plat”. À 85 ans, il conserve un attachement indéfectible à ce média qui a si bien fait fructifier son talent de conteur. Rencontre.
 
Qu’est-ce qui vous frappe dans l’évolution de la radio depuis 62 ans ?
C’est le rapprochement avec ses auditeurs. À la création d’Europe 1, j’animais “Vous êtes formidable”. C’était la première grande émission de l’antenne, en 1955. Europe 1 est la première radio en France, et même en Europe je pense, qui a eu l’idée de s’adresser à ses auditeurs au téléphone. Aujourd’hui, si vous ouvrez une radio, vous commencez par installer un standard. Le but, c’est d’être de plus en plus près de ses auditeurs avec ce besoin incessant de travailler avec eux.
 
Dans cette course à la proximité, Internet n’est-il pas devenu votre principal concurrent  ?
Nous jouons avec Internet. Cyril Hanouna invite les auditeurs à aller sur Twitter pour consulter un document amusant que l’on présente à la radio. Nous intégrons les facilités d’illustrations de propos grâce au Net. Internet permet d’être encore plus près de l’auditeur.
 
Le grain de voix joue-il encore un rôle déterminant  ?
À l’époque où j’ai débuté, la radio était faite par des speakers. Un peu comme les hôtesses, à la télévision, ils étaient chargés d’annoncer les émissions. Ils étaient presque uniquement choisis pour leurs voix très graves, des voix splendides, de véritables violoncelles. Ces voix-là ont disparu. Aujourd’hui, ceux qui arrivent à passer le mur de la radio ont une personnalité. La personnalité est dans la voix. On peut ne pas avoir une belle voix, mais être doté d’une forte personnalité qui passe à travers elle. L’un de mes amis, Ruquier, n’est pas réputé pour avoir une belle voix, mais il est doté d’une intelligence, d’une personnalité intéressante. Ça s’entend.
 
La radio n’annonce-t-elle pas son propre déclin à force de vouloir ressembler à la télévision ?
L’image sans le son et le son sans l’image ont du mal à vivre. Trois caméras tournent pendant que l’on parle sur Europe 1 et les images sont diffusées sur le site. C’est le mariage définitif de l’image et du son. Les gens qui font de la radio sont aussi ceux qui font de la télé. Mais je ne crois pas que cela puisse signer la fin de la radio. Quand vous êtes dans des lieux de repos, ceux des grands malades, rien ne vous empêche d’entendre la radio dans votre chambre d’hôpital puisque le casque est un outil d’écoute de grande qualité. Dans votre voiture, vous pouvez suivre une émission sans risquer l’accident. On aura toujours besoin de la radio.
 
L’omniprésence des animateurs tant à la radio qu’à la télé finit aussi par lasser les auditeurs.
C’est mon cas. Comme tout le monde, j’ai connu ce phénomène d’usure. En 1986, j’ai disparu, je suis parti en retraite. Un jour, on a pensé que je n’étais pas si mal. Et l’on m’a rappelé. J’ai réapparu en télé avec “Les enquêtes impossibles” sur NT1. Aujourd’hui, je suis sur Europe 1 et sur D8 avec Hanouna.
Virginie Roussel
 
 
À quoi ressembleront les 100 prochaines années  ?
 
Nicolas Gaspard est journaliste pour une radio qui, selon les deux dernières vagues Cim, séduit des auditeurs sans cesse plus nombreux : Nostalgie. Nicolas Gaspard a seulement trente ans mais maîtrise parfaitement l’histoire de la radio belge. En véritable passionné bercé par RTL France et Radiolène, il a participé à la rédaction des “100 ans de la radio en Belgique” (lire ci-contre). Un livre résolument tourné vers le passé, dont cinq pages seulement évoquent le rôle que jouera probablement la radio, demain. Ses lendemains seraient-ils à ce point incertains, compromis ?
 
Pas du tout”, considère le journaliste. “Si nous parlons du passé de la radio, c’est avant tout un choix éditorial, poursuit-il. Dans les prochains jours, les groupes médias vont aborder le player commun qui va permettre aux trois grands groupes (RTL, RTBF, NRJ/Nostalgie) d’avoir des radios en qualité numérique. On est donc certain que la radio a encore de beaux jours devant elle. Au niveau des chiffres également, la radio demeure le média le plus utilisé par la population belge. C’est même un record en Europe. Par rapport à la presse écrite et à la télévision, pratiquement tout le monde écoute la radio, quelle que soit la génération, au moins une fois par jour. C’est donc plutôt encourageant. Enfin, le fait que l’on passe au numérique et que l’on puisse avoir une qualité optimale va permettre à la radio de se développer encore davantage. On pourra ‘mettre sur pause’, rechercher et écouter des émissions même si on est en voiture et que cette émission s’est terminée, il y a une heure. On pourra aussi aller voir les écrans vidéo de l’interview que l’on est en train d’écouter. C’est ce que l’on appelle la réalité augmentée de la radio. On aurait évidemment pu faire un livre là-dessus, mais nous n’avons actuellement aucun recul. Et il faut garder de la matière pour le livre sur les 150 ans de la radio” (Rire)
 
Depuis le début du XXIe siècle, la radiodiffusion a en effet connu de multiples avancées. Les podcasts, la radiovision et enfin, la multiplication des webradios ont contraint les différentes chaînes à s’adapter à cette ère nouvelle, technologique, mouvante, fermement connectée. Dans un avenir proche, les grands groupes médiatiques seront d’ailleurs confrontés à un autre bouleversement, d’ordre majeur : le passage de l’analogique au numérique. Techniquement parlant, le numérique exigera une logistique et des réflexes différents dans la manière d’aborder la radio.
 
Cela demande d’abord des investissements colossaux, reconnaît Nicolas Gaspard. Depuis le dernier plan de fréquence, les radios ont également dû investir dans différents pylônes pour émettre en FM. Avec l’arrivée du DAB, il va encore falloir investir dans de nouveaux émetteurs et surtout, dans de nouveaux métiers. J’en suis la preuve vivante puisque cela fait maintenant deux mois que je suis devenu responsable vidéo pour permettre d’amener du contenu vidéo pour ‘la réalité augmentée de demain’. Pour l’instant ces vidéos sont destinées au site Internet. Mais demain, ces contenus seront destinés à ces nouveaux récepteurs comme des radios Internet. Même si elles ne sont pas encore très populaires pour l’instant. Il y en a un exemple à la fin du bouquin.
 
Cela aura inévitablement un impact sur les types de contenus mais le journaliste reste confiant : “la réalité augmentée va permettre à chaque chaîne d’apporter peut-être un contenu différent mais La Première restera une chaîne d’info et NRJ restera une chaîne musicale pour jeunes. Il n’y aura pas de chamboulement dans un premier temps au niveau de la Belgique. Les radios d’aujourd’hui continueront demain avec une meilleure qualité et un meilleur confort d’écoute et avec des bonus sur les programmes diffusés. C’est tout.
Au. M.

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