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31/03/2014

14-18 : un week-end chez nos voisins français

La Libre, Momento, Escapade, France, première guerre mondiale, 14-18, centenaire, commémorationsLe centenaire de la Grande Guerre mobilise les offices du tourisme.

Balades: Christophe Lamfalussy


POURQUOI NE PAS PROFITER d’un week-end pour aller visiter l’un des innombrables sites liés à la guerre 14-18 ? Plusieurs départements français proches de la Belgique l’ont compris et proposent en ordre dispersé leurs promenades, monuments et guides spécialisés sur la Grande Guerre.
Le choix est vaste. Plus d’un millier de projets en France et en Europe ont reçu le label de la Commission française du Centenaire. Il y a à boire et à manger. Parfois, il s’agit d’une simple tombe située à l’écart d’une route, dans d’autres cas, d’un vrai musée.
Chaque région ou département gère ses propres sites Internet, a publié des brochures, imaginé des itinéraires à pied, à vélo et en voiture.
Avec les jours de beau temps qui reviennent, voici quelques idées.
 
 
Dans les Ardennes
Seul département français à avoir été entièrement occupé par les Allemands durant la Grande Guerre, les Ardennes hébergent de très nombreux souvenirs de la guerre.
Juste après la frontière belge, le village de Haybes , sur la rive droite de la Meuse, a ceci de particulier qu’il fut entièrement détruit au début de l’offensive allemande en trois jours d’août 1914 et qu’une partie de sa population fut massacrée. Le village a été reconstruit dans les années 20, ce qui lui donne une rare unicité architecturale. Le monument aux morts comporte un arc de triomphe en pierre blanche de France. Une commémoration spéciale aura lieu le 24 août et, durant l’été, l’office du tourisme propose des visites guidées.
Passé Charleville-Mézières, le cimetière de Vrigne-Meuse héberge la tombe du dernier soldat français tué dans la Grande Guerre. Augustin-Joseph Trébuchon est mort dix-sept minutes avant le cessez-le-feu, le 11 novembre 1918. L’estafette de la 9e compagnie a été tué d’une balle dans la tête vers 10 h 50 alors qu’il apportait un dernier message à son capitaine. La mort de ce soldat fut longtemps enregistrée au 10 novembre, sans doute pour faire l’impasse sur cette dernière offensive française, largement improvisée et voulue par le Maréchal Foch pour faire une ultime pression sur les Allemands. Les autorités militaires ne reconnurent l’existence de cette offensive que vingt ans plus tard. Une centaine de poilus furent tués, selon le général Fauveau qui a étudié cet épisode.
Plus au Sud, dans le carré militaire du cimetière de Vouziers, se trouve la tombe du lieutenant-aviateur Roland Garros, tombé non loin de là à Saint-Morel, le 5 octobre 1918, au cours d’un combat aérien. Une stèle honore le lieu. L’occasion d’éclaircir un point : non, Roland Garros n’était pas un joueur de tennis accompli, il faisait plutôt du cyclisme, et surtout ce Réunionnais était aviateur. On lui doit notamment la première traversée de la Méditerranée. Il est mort la veille de ses trente ans.
 
 
En Picardie
La signature de l’Armistice a eu lieu en Picardie, dans la forêt de Compiègne, le 11 novembre 1918. Le wagon se visite, mais c’est une copie car le vrai wagon a été emporté par Hitler au début de la Seconde Guerre mondiale. Le Führer avait tenu à faire signer la reddition des troupes françaises, le 22 juin 1940, dans le wagon même où les Allemands avaient entériné la leur à la fin de la Première Guerre mondiale.
L’autre site mythique de la Picardie est le chemin des Dames (photo), où ont été enterrés de nombreux soldats belges se battant aux côtés de l’armée française. Le site est le lieu d’une offensive insensée du général Nivelle, en 1917, qui espérait prendre les Allemands par surprise sur le plateau de la Californie. Ce fut le contraire qui se produisit : les Allemands eurent vent de l’offensive, se terrèrent dans leurs tranchées et abattirent des milliers de soldats français. Les combats firent 120 000 morts en un mois. Le général fut relevé de ses fonctions et remplacé par Pétain. À cause de ces combats, le village de Craonne (1 800 habitants) fut rayé de la carte. Le nouveau fut reconstruit à quelques centaines de mètres de là, mais subsiste la chanson de Craonne, dont le refrain débutait par ces mots : “Adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes les femmes. C’est bien fini, c’est pour toujours, de cette guerre infâme…”. La chanson, très antimilitariste, fut interdite d’antenne jusqu’en 1974. Sur le même champ de bataille, il faut aller voir le musée la Caverne du dragon. Il s’agit d’une ancienne carrière reliée par un système de grottes où cohabitèrent soldats français et allemands pendant des mois, séparés par une simple cloison de béton.
À voir également l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, ville à 90 % détruite pendant les hostilités, avant d’aller visiter les innombrables nécropoles de la Somme. La bataille de 1916 fut terriblement meurtrière : 498 000 Britanniques, 440 000 Français et au moins 437 000 Allemands y perdirent la vie. À noter aussi que le Guide du Routard a publié, en collaboration avec les départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme, un livret spécial sur la Picardie 14-18 avec de très nombreux renseignements, très utiles pour des visites d’une ou de plusieurs journées.
www.picardietourisme.com
 
 
En Marne et Seine-et-Marne
Pourquoi ne pas profiter d’un week-end à Reims dans la capitale du champagne pour aller visiter les champs de bataille de la Marne ? Les villages détruits de Suippes, en zone militaire, ne se visitent pas malheureusement, mais on peut faire un arrêt au Centre d’interprétation 14-18 de Suippes qui présente de la guerre une vision humaniste et la possibilité de s’installer dans une tranchée grandeur nature, “aux cris des soldats partant au combat et aux balles de mitrailleuses qui frôlent vos tympans”.
Un incontournable est le Musée de la Grande Guerre à Meaux en Seine-et-Marne auquel il faut consacrer près de quatre heures de visite. Le musée dispose de près de 50 000 objets et documents récoltés par l’historien Jean-Pierre Verney, qui a collaboré avec Jacques Tardi pour “Putain de guerre”. Cette collection exceptionnelle est disposée de façon à plonger le visiteur dans l’époque, notamment à partir de 1870, où sont apparues les premières tensions. Plusieurs expositions thématiques s’ajoutent, qui soulignent, par exemple, le rôle des femmes, l’implication des empires coloniaux ou l’importance du corps expéditionnaire américain dans la victoire finale. Du 29 juillet au 30 décembre 2014, l’expo “Join Now !” expliquera comment l’empire britannique est entré en guerre.
www.lamarne14-18.com
 
 
Dans le Nord-Pas-de-Calais
Le Nord-Pas-de-Calais est à la pointe des commémorations. Le 11 novembre 2014 sera inauguré sur le site de Notre-Dame-de-Lorette un mémorial international sur lequel seront inscrits les noms des quelque 600 000 soldats de toutes nationalités tombés en Flandre française et en Artois. Dans l’intervalle, le département du Nord propose plusieurs sentiers et routes thématiques. L’un de ceux-ci est le sentier de Fromelles, de 8,5 km. La localité fut le lieu de la page la plus sanglante de l’histoire militaire de l’Australie. “C’est le Verdun des Australiens”, explique Jeroen Stam, de Nord Tourisme. “En 24 heures de temps, il y a eu 8 500 morts, Australiens, Britanniques et Allemands. En 2007, on a encore trouvé une fosse commune avec 250 corps. Avec l’aide de l’université d’Oxford, on a utilisé l’ADN pour identifier les victimes.” Fromelles abrite un musée, des cimetières et mémoriaux.
À Ors, à l’est de Cambrai, se trouve la tombe du soldat britannique Wilfred Owen, considéré comme le plus grand poète de la Première Guerre mondiale. C’est parce que de nombreux visiteurs britanniques demandaient où ce poète était tombé et où se trouvait la Maison Forestière où il avait écrit sa dernière lettre à sa mère que la municipalité a créé, en 2011, un lieu de mémoire à la Maison forestière. Owen écrivit en 1917 l’un de ses plus beaux textes. Il s’intitulait “Hymne à la jeunesse condamnée” et commençait par ces mots : “Quel glas sonne pour ceux qui meurent comme du bétail ?”.
www.tourisme-nord.fr
 
 
Ph.: CRT Picardie/Vincent Colin

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