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07/04/2014

La passion sur le ring

La Libre, Momento, Coulisses, école de catch, Belgian Wrestling School, Salvatore BellomoLe fondateur de la Belgian Wrestling School, Salvatore Bellomo, forme et entraîne depuis plus de dix ans les aspirants catcheurs de Belgique.
 
Reportage: Cédric Huntzinger


NEW YORK, EN PLEIN MILIEU des eighties triomphantes, deux colosses se font face dans un Madison Square Garden plein à craquer. Engoncé dans une combinaison noire moulante joliment agrémentée de strass, le Californien Bobby The Brain Heenan toise le Belge d’origine italienne Salvatore Bellomo, vêtu d’une combinaison violette satinée du plus bel effet. Sous les encouragements enthousiastes d’un public ivre de bonheur, Salvatore Bellomo entame le combat tambour battant. À New York, un combattant d’origine italienne part forcément avec les faveurs du public. Si The Brain semble dans un premier temps sur la défensive, il use ensuite de tous les subterfuges pour changer la dynamique du combat. The Brain, connu pour sa perfidie, ne recule devant aucune bassesse pour tenter de prendre l’avantage, profitant des largesses d’un corps arbitral totalement acquis à sa cause. Salvatore Bellomo a laissé passer sa chance et il finit, au terme d’un combat épique, par s’incliner face au Californien. Il quitte néanmoins le Madison Square Garden sous les encouragements chaleureux du public totalement acquis à sa cause.
 
30 ans plus tard, c’est chaque semaine que se donnent rendez-vous une trentaine d’aspirants catcheurs dans une petite salle du sous-sol du centre sportif de Charleroi. Sans être lugubre, l’ambiance de la salle tient plus de l’austérité postsoviétique d’un gymnase roumain que de l’atmosphère surchauffée des shows de la World Wrestling Entertainment (la plus importante fédération de catch au monde). Au milieu de la salle, faiblement éclairé par la lumière crue de quelques néons, un ring de boxe dont on imagine sans peine qu’il a déjà dû en voir. Dans un coin, les premiers élèves discutent et se changent.
 
C’est à ce moment que Guy et Big Joe, deux des assistants de Salvatore Bellomo, font leur entrée. Guy, alias Eddie Dark, n’est pas n’importe qui à la Belgian Wrestling School. Il est le premier élève de Salvatore Bellomo. C’est après avoir rencontré ce jeune passionné de catch que Salvatore Bellomo a finalement décidé de transmettre et partager sa passion. Jamais avare d’un bon mot, Guy a la fougue et l’enthousiasme communicatif. Après avoir salué les quelques élèves déjà présents, il prend les choses en main et vérifie s’ils sont tous en ordre d’assurance. Pendant ce temps, la salle se remplit petit à petit. Le profil des élèves est très varié. Garçons ou filles, adolescents ou adultes, petits ou grands, minces ou gros… qu’importe, ils sont tous réunis pour partager leur passion du catch.
  
L’heure du début du cours approchant, Big Joe envoie quelques élèves chercher des tapis dans une salle attenante. Il suffit de quelques minutes pour que tout soit en place. C’est à 3 minutes du début du cours que Salvatore Bellomo pénètre dans la salle. Si le poids des années a fait son œuvre, il n’en demeure pas moins que l’ancienne star de catch reste particulièrement imposante. Dorénavant les cheveux longs et pourvu d’une barbe spectaculaire, Salvatore Bellomo, alias The Wildman, dégage un charisme indéniable. Paternel, il s’empresse de s’enquérir de la situation des uns et des autres. Mais l’heure est venue, le maître de cérémonie ayant fait son entrée, il est désormais temps de passer aux choses sérieuses.
 
Comme dans tout sport, il est essentiel de passer par une phase d’échauffement relativement intense. “Je dis toujours que le catch est un spectacle, mais un spectacle qui peut être dangereux si on n’est pas parfaitement en condition”, explique The Wildman. En bon chef d’orchestre, Salvatore est à la baguette, abdominaux, exercices d’assouplissement et squats s’enchaînent rapidement. Tout en s’entraînant, Guy et Big Joe passent régulièrement entre les élèves pour rectifier leurs mouvements en cas d’erreur.
 
Salvatore regrette que la salle manque de place, certains élèves se touchant presque. “C’est mon grand problème. Je manque d’une salle suffisamment spacieuse avec un matériel adéquat. Le ring, par exemple, est un ring de boxe. Ça ne va pas sans poser quelques problèmes. Le plancher du ring de boxe est beaucoup plus rigide que celui d’un ring de catch. Lors des chutes, les risques de se blesser sont donc plus importants. Je rêve d’une salle dédiée au catch. Mais pour cela, il faut des fonds et les sponsors ne semblent pas vraiment s’intéresser au catch.”
 
L’exercice suivant est une invention de Salvatore. Deux protagonistes se font face en se tenant par les épaules. Ils doivent tenter de pousser leur vis-à-vis hors du tapis. Simple en apparence mais épuisant puisque l’exercice est pratiqué sur un tapis de 60 cm d’épaisseur. Ce sont Guy et Benjamin, un élève particulièrement athlétique, qui s’affrontent.
 
Benjamin, alias Zitch, aujourd’hui étudiant en études sportives, a découvert le catch à 14 ans alors qu’il n’était encore qu’un adolescent fluet de 65 kilos. Très vite, il a ressenti l’envie de pratiquer. C’est par hasard qu’il est tombé sur le site de la Belgian Wrestling School. 4 ans et 20 kg plus tard, il est aujourd’hui prêt à catcher dans les shows, annonce Salvatore. Prêt ou pas, c’est malgré tout Guy qui l’emporte pour cette fois-ci.
 
Les apprentis catcheurs passent sur le ring et s’affrontent successivement. L’un d’eux, Marc Marcada, The Fox, arbore un masque orange. Il est essentiel de s’habituer à mettre son masque à l’entraînement si l’on compte en porter un durant les shows. “Sans cet entraînement, l’athlète aurait l’impression d’étouffer une fois en match”, précise Salvatore.
 
La cadence est élevée et les combats s’enchaînent à un rythme rapide. Au bout de 15 minutes, Big Joe hurle un tonitruant “il fait chaud ici dedans !”, et c’est vrai que la température est montée de quelques degrés depuis le début du cours. Les duels continuent, rythmés par le claquement sec des coups factices. Comme aime à le répéter Salvatore, “le catch est un spectacle”. Les athlètes ne se combattent pas vraiment. Jusqu’à quel point ces combats sont-ils chorégraphiés ? Chaque coup est-il prévu à l’avance où reste-t-il une place pour l’improvisation ? “C’est très simple”, explique Salvatore, “lorsque vous invitez une fille à danser un slow, est-ce que vous lui expliquez à l’avance quel pas de danse vous allez effectuer ? Le catch, c’est exactement cela, sauf que notre musique, ce sont les cris du public.
 
Envolée la salle lugubre, envolées la gêne et la timidité, envolés les soucis du quotidien, près de deux heures après le début du cours, les élèves semblent métamorphosés. “Le catch a changé ma vie et m’a tout donné, je souhaite juste essayer de rendre à mon tour un peu de ce que j’ai reçu. Voir ses jeunes s’épanouir grâce au catch est la plus belle de mes récompenses”, conclut Salvatore Bellomo.

 
 
La Libre, Momento, Coulisses, école de catch, Belgian Wrestling School, Salvatore Bellomo“J’étais censé partir 7 jours, je suis revenu 37 ans plus tard”
 
Salvatore Bellomo est le fondateur de la Belgian Wrestling School, la première école de catch de Belgique. Il a derrière lui une brillante carrière de catcheur qui l’a amené à se produire au Madison Square Garden de New York.
 
Salvatore Bellomo a entre sept et huit ans lorsqu’il assiste à la retransmission d’un match de catch sur RTL. C’est la genèse d’une passion qui ne va dorénavant plus le quitter. À 16 ans, il monte pour la première fois sur le ring. Dans les années soixante, le catch était une animation très répandue sur les foires et Salvatore Bellomo y trouve un terrain propice à la pratique de son art. “Je me produisais un peu partout et, en 1973, j’ai reçu un contrat de 29 jours pour me produire en Angleterre. Le 1er janvier, j’ai effectué un combat au Royal Albert Hall devant près de 8000 personnes. C’était juste incroyable.
 
Même si les occasions de se produire sont nombreuses, les cachets ne sont pas très élevés et les fins de mois parfois difficiles. Salvatore Bellomo pense donc arrêter et se met en quête d’un emploi plus traditionnel et surtout mieux rémunéré. “Ça faisait quelque temps que je cherchais du travail et j’étais sur le point de m’engager à Cockerill. Avant de débuter cette nouvelle carrière, j’ai décidé de me faire un dernier petit plaisir. Je suis donc parti en Allemagne pendant une semaine pour y participer à un dernier tournoi. Sur place, les organisateurs m’annoncent que je serai payé 50 marks. Ça n’avait de toute façon plus beaucoup d’importance puisque j’étais avant tout là pour lutter une dernière fois.” Les choses ne vont cependant pas tout à fait se passer comme il l’avait imaginé. “À la fin du tournoi, l’organisateur vient et me donne 100 marks par jour, et m’annonce qu’il me veut absolument avec un contrat de sept mois à la clef.
 
Dans ces conditions, plus question de revenir travailler à Cockerill. “J’ai appelé ma famille qui m’a dit de foncer et de poursuivre mon rêve. J’étais parti pour 7 jours, et je suis revenu 37 ans plus tard.” D’Hawaï au Canada en passant par l’Australie, Salvatore Bellomo se produit en effet dans plus de 21 pays. “Je suis finalement arrivé aux États-Unis. J’avais déjà une trentaine d’années et je ne gagnais pas énormément d’argent. Je me suis dit qu’il était peut-être temps de retourner en Belgique.”
 
Il lui restait cependant encore un rêve à accomplir : “Se produire au moins une fois au Madison Square Garden, mon rêve absolu. J’ai donc décidé d’envoyer mes photos et les organisateurs m’ont recontacté rapidement”. Résultat des courses, ce n’est pas une fois mais 26 fois que Salvatore Bellomo va se produire au Madison Square Garden. “Je me suis donc installé en Pennsylvanie ou j’ai fondé une famille.”
 
À la fin de sa carrière, après 20 ans aux États-Unis, Salvatore Bellomo décide de rentrer en Belgique. “J’ai ressenti le besoin de revenir car je me suis toujours senti profondément Belge dans mon cœur. J’ai trouvé un travail dans la sécurité en laissant le catch derrière moi.”
 
Deux ans plus tard, le catch refait pourtant irruption dans sa vie. “Le petit Guy de Groot m’a contacté pour que je le forme. J’ai immédiatement été touché par sa volonté et sa passion. J’ai donc décidé d’essayer de rendre au catch un peu de ce qu’il m’a apporté. C’est comme ça qu’est née la Belgian Wrestling School.”
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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