Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

14/04/2014

Le Pays d’Auge, de Proust à Duras

La Libre, Momento, Escapade, Normandie, écrivains, Proust, DurasTerre d’écrivains, de peintres, de musiciens, la Normandie a inspiré les plus grands : Flaubert, Proust ou Duras qui vécut aux Roches Noires où nous avons pu entrer de manière inopinée. Souvenirs.
 
Balade culturelle: Laurence Bertels


DE GUSTAVE FLAUBERT (1821-1880) à Eugène Delacroix (1798-1863) en passant par Marguerite Duras (1914-1996) dont on célèbre le centenaire de la naissance, les artistes sont nombreux à s’être inspirés de la Normandie, de sa situation idéale entre terre et mer pour poser leurs regards, plumes et pinceaux sur le monde qui les entourait.
 
Flaubert, par exemple, passait ses vacances d’enfance à Trouville et à Pont-L’Evêque où, écrivait-il, “Quand le temps était clair, on s’en allait de bonne heure à la ferme de Gefosses. La cour est en pente, la maison dans le milieu, et la mer, au loin, apparaît comme une tache grise. Paul montait dans la grange, attrapait des ciseaux, faisait des ricochets sur la mare, ou tapait avec un bâton les grosses futailles qui résonnaient comme des tambours.”
 
De ses nombreux séjours passés dans la région, Flaubert racontait aussi, dans une lettre à sa maîtresse, la poétesse Louise Colet, datée du 2 septembre 1853, jour où il quitta Pont-l’Evêque, qu’il faisait si noir “qu’on ne voyait pas les oreilles du cheval”. Et de se souvenir de cet endroit où, dix ans auparavant, il était tombé en apoplexie au fond du cabriolet. Son frère, alors, le crut mort pendant dix minutes !
 
Edouard Manet (1832-1883), Edgar Degas (1834-1917), Auguste Renoir (1841-1919) et Alexandre Dumas fils (1824-1895) passaient volontiers, quant à eux, par le Château-musée de Saint-Germain de Livet dont l’intérieur est encore aménagé, notamment de meubles ayant appartenu à Eugène Delacroix, le cousin de Léon Riesener (1808-1878), ancien maître des lieux. On y découvre le raffinement de l’art de vivre au XIXe siècle et d’intéressantes traces du passé telles ces partitions dédicacées par Georges Bizet (1838-1875) ou Jules Massenet (1842-1912). Classé monument historique, entouré de douves, le château réunit un manoir à pans de bois et une construction en pierre et brique vernissée du Pré d’Auge de la fin du XVe siècle. À voir.
 
À la même époque, et dans la même région, Charles Gounod (1818-1893) composait les mémorables opéras “Faust” et “Roméo et Juliette” au château de Mesnil-sur-Blangy, demeure privée aujourd’hui mais visible depuis la route pour peu que l’on soit un peu curieux et qu’on laisse son imagination œuvrer au point d’entendre résonner encore les premiers accords de “Roméo”…
 
 
À quelques kilomètres de là, sur la côte, cette fois, Marcel Proust (1871-1922), recherchait le temps perdu au Grand Hôtel de Cabourg où il aimait tant séjourner avant de savourer, qui sait ?, des fruits de mer au bout de la jetée, en cette station balnéaire désuète et divisée. Entre l’élégance de la fin du XIXe siècle et la banalité de la fin du XXe, un gouffre sépare le front de mer de l’artère principale.
 
Trouville-sur-Mer, elle, est à un jet de pierres et reste incontournable. “Trouville, au fond sur la pente du coteau, à chaque pas grandissait, et avec toutes ses maisons inégales semblait s’épanouir dans un désordre gai”, écrivait Flaubert encore au sujet de cette station balnéaire qui a gardé sa superbe si l’on prend la peine de fouler ses planches en azobé en suivant la Promenade Savignac. On y découvrira l’Hôtel des Roches Noires, somptueuse résidence Napoléon III construite par le demi-frère de l’Empereur qui avait deviné que les bains de mer seraient bientôt à la mode.
 
Marcel Proust y résida souvent également, et Marguerite Duras y posséda un appartement de 1963 jusqu’à sa disparition, en 1996. On se plaît à imaginer qu’elle y écrivit “L’Amant” (1984), “Le Ravissement de Lol V. Stein” (1964) ou l’ultime “Écrire” (1993)… Elle put acquérir cet appartement, ainsi qu’une grande demeure à Neauphle-le-Château, grâce à son succès. Ces deux lieux d’écriture nourrirent sont inspiration. Sis dans l’aile droite de l’Hôtel, l’appartement des Roches Noires s’ouvrait sur Le Havre. “C’était sa vue préférée pour écrire”, nous confie une des propriétaires d’un immeuble fermé au public. Elle nous permettra cependant, en raison, dit-elle, “de notre courtoisie”, contrairement aux malotrus qui, régulièrement, escaladent les barrières, de pénétrer dans le hall d’entrée et d’y admirer les meubles de Mallet-Stevens trônant au cœur de cet espace dénudé et presque abandonné où l’on apercevra une photo noir et blanc de l’écrivaine, signe, parmi d’autres, de son passé ici. Ce hall, avec vue imprenable sur la mer, semble, aujourd’hui encore, tout habité par le souvenir de Marguerite Duras, née Donnadieu, auteur, réalisatrice et dramaturge. Son fils occupe désormais l’appartement et notre guide de quelques instants, une dame parisienne qui a hérité de l’appartement de sa grand-mère, nous avoue avoir souvent côtoyé cette dame au sacré caractère durant son enfance puisque sa grand-mère était une amie proche.
 
 
Ph.: Reporters

Les commentaires sont fermés.