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14/04/2014

Les vivaces à la fête

La Libre, Momento, Dehors, plantes, vivaces, Philippe BrielLes plantes forment l’architecture du jardin et constituent, au fil des saisons, son agrément principal. Philippe Briel a fait un choix parmi les plantes vivaces et les met en scène dans sa pépinière ardennaise.
 
Visite: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


AUCUN PASSÉ FAMILIAL ne le prédisposait à cette profession. Pourtant, dès l’âge de quatre ans, il sème les graines cachées dans les cônes qu’il ramasse dans les bois. Et cela marche. Les épicéas sont toujours là pour en témoigner. Essentiellement autodidacte, il préfère la pratique à la théorie. Au départ, tous les végétaux l’intéressent. Au cours de promenades, il apprend à connaître et à reconnaître les fleurs sauvages des prairies, des talus et des bois de sa région. Il observe leur comportement, leur façon de survivre. En Ardenne, les hivers sont longs et rigoureux. Les cultures doivent être adaptées à ces conditions difficiles et pouvoir les supporter sans faillir. Les plantes vivaces sont capables d’y résister grâce à leur mode de végétation. Elles disparaissent à la mauvaise saison et repartent ensuite de la souche. Tout naturellement, c’est vers elles qu’il se tourne.
 
En 2004, il crée la pépinière. À l’arrière de la maison, le terrain est parfait pour l’accueillir. Un jardin témoin la complète. Depuis, l’une et l’autre ont grandi et se développent. Les visiteurs saisissent l’esprit du lieu dès qu’ils franchissent l’entrée. Philippe Briel est un artisan et un connaisseur, passionné par les plantes. Il partage volontiers expériences et conseils éclairés. Dans cette pépinière jardin, l’amateur chevronné comme le débutant retrouvent avec plaisir des variétés anciennes un peu oubliées remises ici au goût du jour et se penchent avec curiosité sur les dernières trouvailles de Philippe Briel.
 
 
Avant d’être mises en vente, les plantes sont testées au jardin. Le climat est rude, certes, mais l’inconvénient devient un avantage pour les amateurs venus de lieux aux températures plus clémentes. “Si elles survivent ici, je suis certain que tout ira bien chez moi”, se disent-ils. Les habitants des environs sont, quant à eux, formellement dissuadés de perdre leur temps et leur argent dans des essais de plantes improbables et incompatibles avec leur réalité. Les plantes à feuillage persistant et à longue floraison ne sont pas faites pour eux. Elles ne résistent pas.
 
Ici, comme ailleurs, les miracles sont rares. Beaucoup d’idées reçues sur le jardin “minute” ou “zéro entretien” doivent être rectifiées. Planter des espèces drageonnantes sur un talus pour le retenir, oui, mais le bâcher pour éviter un désherbage fastidieux les premières années, non. Les plantes ne peuvent s’étendre et étouffent. Des bambous qui poussent vite deviennent, ipso facto, envahissants. Les rêveurs doivent s’incliner devant le sens commun. L’essentiel restant de ne pas se lancer dans des projets voués à l’échec.
 
 
Curieux, Philippe Briel fait, à titre personnel, des expériences d’acclimatation. Ainsi plante-t-il un jour des Salvia uliglinosa, pas vraiment réputées pour leur rusticité, ne doutant pas un instant de l’issue fatale. Et pourtant elles reviennent chaque année, apparemment ravies. Le sol est argileux et le sous-sol schisteux, c’est peut-être l’explication. En règle générale, il s’oriente vers des plantes qui fleurissent sans caprice. Le genre “sans souci” qu’on retrouve avec plaisir, année après année, chaque fois plus opulent. Il demeure persuadé qu’acheter des plants cultivés près de chez soi est un gage de réussite. Ils se développent mieux ensuite. Les sujets proposés à la vente proviennent donc de la division de plantes du jardin. Le fait d’avoir vécu en pleine terre au préalable les rend indéniablement plus résistants. La reprise se fait sans problème. Ici, tout est artisanal, avec pour seul fournisseur le jardin. Le nombre de plants est donc limité et l’offre restreinte.
 
Philippe Briel vous dira qu’il apprend beaucoup de ses visiteurs. Passionnés, collectionneurs ou simples flâneurs partagent volontiers leurs expériences ainsi que mille et un potins jardiniers. À chacun son approche du végétal. Pour les uns, l’allure générale et l’effet produit priment, tandis que d’autres s’attachent davantage au feuillage et aux coloris. Tous, en tout cas, ont vite compris les avantages du mode de culture pratiqué ici et reviennent.
 
 
Le jardin témoin
La pépinière est située au centre du village de Saint-Médard, sur le plateau ardennais, entre Bertrix et Florenville, dans la province du Luxembourg. Son jardin témoin est sa réserve de plantes mères. Constitué de sujets glanés lors d’expéditions “découvertes”, il regroupe aussi bien des variétés originales que des variétés plus courantes. Il démontre qu’en Ardenne, il est tout à fait possible d’avoir un jardin fleuri. Qu’un grand nombre de plantes peuvent être utilisées sans crainte pour peu de faire le bon choix. Philippe Briel ne commercialise que les espèces les plus résistantes.
La visite du jardin à la belle saison est un vrai plaisir mais aussi un moment très instructif. Admirer les plantes en situation permet de mieux apprécier leur aspect à l’âge adulte ainsi que l’impression qu’elles suscitent. Le jardin étant essentiellement composé de plantes vivaces, il ne retrouve tout son éclat que vers la fin du mois de mai.
 
 
Ph.: Ph. Briel / Knautia macedonica en mélange

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