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20/04/2014

Le cerveau à l’entraînement

La Libre, Momento, Bien-être, neurosciences, neurofeedbackDéveloppé dans les années 70, le neurofeedback dynamique est une application neuroscientifique qui se caractérise par son approche douce et non invasive pour réguler l’activité neuronale. Et, in fine, accéder à un mieux-être.

Séance tenue: Laurence Dardenne


L’EXPÉRIENCE N’EST PAS DÉPLAISANTE. Mais pas particulièrement agréable pour autant. De façon très réductrice, on pourrait dire qu’elle se résume à écouter, un casque posé sur les oreilles et cinq électrodes sur le crâne, une musique de relaxation gravée sur un CD rayé. Régulièrement surgissent en effet des micro-interruptions qui vous brouillent la mélodie, ce qui gâche quelque peu ce moment a priori délicieux. Mais ceci se produit pour les besoins de cette expérience, ou disons séance de neurofeedback dynamique, à la pointe des techniques neuroscientifiques.
 
La découverte se déroule dans le cabinet feutré d’une maison bruxelloise, à Etterbeek. Tons chaleureux, décor quelque peu désuet, un tantinet théâtral mais sans excès. On se sent d’emblée à l’aise.
 
La crinière argentée, prévenant et souriant, François de Chevilly, praticien de neurofeedback, nous accueille. Et nous explique dans le détail – comme il le fait systématiquement avec ses patients a priori déjà plus ou moins informés – en quoi consiste le neurofeedback dynamique, une “application neuroscientifique, qui se caractérise par sa capacité à entraîner l’activité cérébrale pour la rendre plus malléable aux nouveaux apprentissages”.
 
Après une vingtaine d’années à travailler dans le marketing, toujours avec au fond de lui le regret de “n’avoir pas saisi l’occasion de faire des études en psychologie” mais en s’étant nourri de lectures dans ce domaine, ceux du bien-être, de la santé, François de Chevilly décide un jour de franchir le cap et de “s’investir à fond dans la recherche d’une technique, d’une approche, d’une méthode qui soit relativement novatrice en Belgique, mais qui soit aussi porteuse et apporte un véritable bénéfice pour le bien-être des gens”.
 
 
C’est alors qu’un peu par hasard, il fait la connaissance du neurofeedback, dont il va suivre, à la frontière des Pays-Bas, une trentaine de séances à titre personnel.
 
Avant de commencer les séances, je m’étais fixé pour objectifs : diminuer mon stress, être moins dispersé et améliorer ma concentration, nous dit-il. À la suite de quelques séances, j’ai vu le stress diminuer, après le passage par une énorme fatigue qui a duré au moins deux semaines. Il y a vraiment eu un travail d’évacuation du stress et, parallèlement, j’ai pu observer que mon attention s’améliorait grandement. Je pouvais rester focalisé plus longtemps sur une tâche avec un meilleur profit. Ma capacité de mémorisation s’est, elle aussi, accrue. Une fois toutes les séances terminées, j’ai pu mesurer les bénéfices et je me suis pris au ‘ jeu’. J’ai alors décidé de me former au neurofeedback dynamique”.
 
Une activité qu’il pratique depuis maintenant six ans avec Catherine Nolf, dans leur cabinet bruxellois mais aussi en Wallonie, “pour libérer nos conditionnements, nous adapter aux nouvelles situations, dépasser nos limites. […] Pour participer en parfaite conscience, à votre cheminement vers le mieux-être, le bien-être, la performance”.
 
 
Comment, pour qui et pour quoi ?
 
Praticien de neurofeedback, François de Chevilly nous explique les mystères de cette application neuroscientifique.
 
Comment peut-on définir le neurofeedback ?
Le neurofeedback est une technique permettant d’entraîner le cerveau à maintenir une régulation neuronale optimale. Elle est composée d’un électroencéphalogramme et d’un logiciel. Le premier sert à capter l’activité électrique du cerveau et à l’organiser en fréquences cérébrales de 1 à 42 hertz. Le logiciel a pour mission d’observer le fonctionnement neuronal du cerveau en pouvant détecter les perturbations sur les fréquences. Une perturbation de l’activité neuronale est la conséquence d’un déséquilibre entre les neurones inhibiteurs et les neurones excitateurs. L’équilibre permet la bonne communication de l’information. Lorsqu’il n’y a pas de bon passage, c’est dû à un déséquilibre. Nous avons 100 milliards de neurones, chacun avec 10 000 connexions synaptiques possibles et donc, forcément, un déséquilibre est vite arrivé. L’idéal est que le cerveau puisse rectifier les déséquilibres de lui-même, sans quoi un inconfort jusqu’à une pathologie peut naître.
 
À quoi sert cette technique ?
Le neurofeedback a pour mission de détecter ces déséquilibres et d’en informer le cerveau pour qu’il puisse s’auto-corriger.
 
Comment cela se passe-t-il en pratique ?
Pendant la séance, le patient, qui est confortablement installé et muni d’un casque auditif, reçoit de la musique de relaxation. Le praticien a posé cinq électrodes sur la tête pour capter l’activité électrique; cette information arrive dans le logiciel qui calcule, 256 fois par seconde, les vitesses neuronales, fréquence par fréquence pour voir si l’équilibre est bon. Si ce n’est pas le cas, le logiciel interrompt la musique une fraction de seconde. Il y a alors un signal très bref, comme une griffe sur un vinyle, que le cortex auditif comprend. C’est là que tout se joue. Lorsque le cerveau entend le stop, il s’agit pour lui d’une nouvelle information qui, en l’occurrence, le dérange. Il avait de la musique à flux continu, puis intervient un stop, il se demande ce qui se passe. La première fois, il ne comprend pas, mais lorsqu’il constate que le stop intervient régulièrement sur la même fréquence, il se dit que, pour éviter ce stop, il devrait se connecter à un autre groupe neuronal. En tentant le coup, le stop n’apparaît plus; la musique reprend et biologiquement, le cerveau se détend.
 
Que se passe-t-il lors du stop ?
Le stop crée dans le cerveau un bref stress qui oblige l’activité neuronale à revenir sur son erreur avant de se connecter à une nouvelle population neuronale. Cela fait, le cerveau se détend et mémorise la correction confortable et régulée.
 
Comment le cerveau se corrige-t-il spontanément ?
Il se passe la même chose dans notre vie de tous les jours, en conscience. Exemple : on marche la nuit dans une forêt, il y a un bruit, alors subitement on se retourne; c’est la même information que l’interruption musicale. On voit que c’est un sanglier et on adapte son comportement face à cette menace. On s’encourt. Et on se détend. On a donc éliminé sa peur sur ce bruit-là. Il se passe la même chose sur le plan biologique non conscient. Il s’agit de la rétro-action biologique. C’est pareil, si ce n’est qu’il y a un mécanisme conscient doublé d’un mécanisme non conscient.
 
Quelles sont les indications ?
Dès que cela touche le système nerveux central, le neurofeedback est parfaitement indiqué. La première indication est l’épilepsie. Personnellement, j’ai constaté de bons résultats chez les personnes souffrant de troubles émotionnels, comportementaux et cognitifs. Qu’il s’agisse de gérer ses colères, ses angoisses, ses tristesses, son anxiété, sa concentration, un TOC… Les enfants qui souffrent d’autisme parviennent parfois à établir un (meilleur) contact. Si certaines personnes consultent parce qu’elles souffrent d’un trouble, voire d’une pathologie dont le système nerveux central est incriminé, d’autres viennent simplement pour faire un b rain fitness, c’est-à-dire entraîner le cerveau à fonctionner avec le moins de déséquilibres possibles et de façon plus performante, plus rapidement en établissant le plus de connexions possibles.
 
À qui le neurofeedback ne s’adresse-t-il pas ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas en attendre ?
Il ne faut rien en attendre sur le plan d’une remédiation loco-motrice. Mais il peut agir sur des co-facteurs d’une invalidité physique. Pour les patients atteints de Parkinson, par exemple, on peut espérer diminuer leur état dépressif. Voire retarder l’évolution de la maladie due à une mauvaise recapture de la dopamine, neurotransmetteur sur lequel travaille directement le neurofeedback.
 
Peut-on évaluer le nombre de séances nécessaires pour voir un résultat ?
Les résultats sont très individuels et subjectifs dans la mesure où ils ne sont pas objectivés par des tests cliniques. Cela dit, si l’on peut prévoir en termes de finances (45 €/séance) et de temps (une heure par séance) une dizaine de séances, il est fréquent qu’endéans ces dix séances, on observe des changements, en l’occurrence des améliorations positives.
 
Quels sont les effets secondaires auxquels on peut éventuellement s’attendre ?
Je parlerais plutôt d’accentuations de symptômes. Cela peut être une grosse fatigue. On peut aussi avoir des céphalées de tension qui apparaissent généralement sur des zones du cerveau qui ne sont pas forcément bien vascularisées, il s’agit alors d’un effet secondaire positif.
 
Existe-t-il des contre-indications ?
Oui, il ne faut pas venir à une séance sous l’effet de l’alcool ou de la drogue. Il faut signaler l’éventuelle migraine.
 
Le neurofeedback n’est pas une solution magique. Que peut-on raisonnablement en attendre ? Quelles sont ses limites ?
Je dirais que la limite est un peu l’objectif que l’on se fixe et l’observation que l’on a de ses progrès. Il faut effectivement prendre le temps et avoir l’aptitude de s’observer. Qu’est-ce qui change chez moi entre deux séances ? Et qu’est-ce qui ne change pas, car c’est aussi une observation. Selon la neuroplasticité du cerveau, les changements sont plus ou moins rapides. Mais aussi selon la capacité de la personne à observer les changements.
 
Arrive-t-il que certaines personnes ne soient absolument pas réceptives ?
Oui, cela peut arriver, même si c’est peu fréquent. Il y a des personnes qui en attendent trop et pour lesquelles les résultats ne viennent pas assez vite; d’autres qui font de la résistance parce que, finalement, ils se complaisent dans leur mal-être…
 
Quelles sont les approches complémentaires que l’on peut conseiller pour optimaliser les résultats ?
Je pense que c’est très riche lorsqu’il peut être adossé à une approche médicale ou psychothérapeutique. Quand on peut travailler en binôme, cela s’avère vraiment performant.
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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