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21/04/2014

2013, un millésime mitigé

La Libre, Momento, Papilles, vins, millésime, 2013, dégustation, BordeauxLes mauvaises conditions météorologiques de l’année dernière se sont fait sentir lors de la dégustation des primeurs de Bordeaux 2013. Les vins blancs s’en sortent mieux que les rouges.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


UNE PREMIÈRE CONSTATATION qui ne trompe pas  : on ne se bousculait pas aux traditionnelles dégustations des primeurs organisées au début du mois d’avril à Bordeaux. Nombreux sont les acheteurs et journalistes qui ne se sont pas donné la peine de venir goûter le millésime 2013. Outre l’essoufflement des marchés asiatiques, la raison évidente est la faiblesse du millésime. La nature a dicté ses lois et a infligé aux vignerons de sévères conditions climatiques. Lors du printemps humide, le cycle végétatif a connu un retard de plus de deux semaines, et les pluies survenues au moment de la floraison ont provoqué millerandage et coulure. L’été fut plus clément avec des mois de juillet et d’août ensoleillés, mais perturbés par de violents orages de grêle qui ont détruit dans certains cas 80 % de la récolte. Les pluies de septembre et octobre ont provoqué des attaques fulgurantes de pourriture, contraignant les producteurs à réaliser un tri sévère de leur récolte. Confrontée il y a 20 ou 30 ans à de telles conditions météorologiques, la vendange aurait été catastrophique, mais grâce aux progrès technologiques et aux équipements dont se sont pourvus surtout les grands châteaux, le Bordelais a pu s’en tirer. D’un producteur à l’autre, les résultats sont hétérogènes. Les vins rouges sont souvent légers et manquent de puissance. C’est une année placée sous le signe de la finesse et de la légèreté, qui manque de structure et de concentration. Ceux qui ont voulu compenser le manque de matière par une plus forte extraction pour renforcer la concentration des vins se sont trompés.
 
C’est le merlot qui a le plus souffert, d’abord de la coulure et puis d’une certaine dilution, sauf sur les sols argileux et les calcaires réputés de Pomerol et de Saint-Émilion. Les cabernets sauvignons, chers à la rive gauche, sont plutôt maigres. Celui qui s’en tire le mieux, c’est le cabernet franc. Du jamais vu auparavant, certains crus ont réalisé des assemblages avec 60 % de cabernet franc.
 
 
Par contre, en 2013, il faut souligner la réussite des vins blancs secs à Bordeaux où le sauvignon s’est particulièrement bien démarqué. On a pu s’en rendre compte lors du dernier Concours Mondial du Sauvignon qui s’est tenu à Bordeaux ces 11 et 12 avril. L’occasion de découvrir des vins charnus, expressifs, d’une complexité rarement rencontrée sur un cépage souvent très linéaire. Globalement, l’ensemble des appellations blanches de l’Entre-Deux-Mers à Pessac-Léognan en passant par les Bordeaux génériques ou les Graves sont remarquables. Les liquoreux ont profité au maximum de l’humidité automnale, conditions idéales pour un développement pléthorique de la pourriture noble, propice à la réalisation des grands millésimes à Sauternes.
 
Les conditions climatiques extrêmes ont également montré les limites de la culture biologique. De nombreuses exploitations reconverties ou en cours de conversion ont payé un lourd tribut pour leur engagement respectueux de l’environnement et des consommateurs. Même le professeur Denis Dubourdieu, en reconversion bio pour certaines parcelles, n’a pas eu d’autres choix que de revenir à des traitements traditionnels pour sauver sa vendange.
 
La question qui est sur toutes les lèvres est évidemment de savoir s’il faut acheter du 2013, et à quel prix ces vins se vendront. Pour le moment, les propriétés commencent à annoncer leurs prix de départ, qui enregistrent des baisses situées entre 0 et 40  %. Des exceptions évidemment, comme le château Pontet-Canet à Pauillac qui est sorti au même prix que l’année dernière. Par contre, quelques rares producteurs ont pris la décision, aux conséquences financières lourdes, de ne pas sortir de vin en 2013, comme l’a annoncé Stephane Derenencourt consultant pour le château Malescasse, un Cru Bourgeois du Haut Médoc, qui a estimé que ce millésime ne permettait pas d’atteindre les objectifs qualitatifs qu’ils s’étaient imposés avec son propriétaire Philippe Austruy.
 
Pour comprendre la fixation des prix des 2013, Olivier Bernard, propriétaire du Domaine de Chevalier à Pessac-Léognan et Président de l’Union des Grands Crus Classés de Bordeaux, invoque la situation économique assez préoccupante de nombreux producteurs. En plus d’une baisse de rendement qui peut atteindre 50 %, une diminution des prix de vente significative, qui est légitimement attendue par le marché, signifie que le vigneron ne réalisera qu’un tiers de son chiffre d’affaires par rapport à l’année dernière, avec des coûts de production plus élevés dus aux nombreux traitements nécessaires en cette année difficile. Dans ces conditions économiques tendues, on s’attend à des négociations difficiles, et nombreux sont les négociants belges qui comptent bien faire l’impasse sur l’achat en primeur du millésime 2013.
 
 
Nul doute que 2013 ne restera pas gravé dans nos mémoires comme un millésime d’anthologie, mais rappelons-nous que les 1987, 1992, 2002 et 2007 ont été eux aussi dénigrés à leur sortie et sont devenus rapidement des vins de plaisir élégants et fruités, très recherchés dans la restauration et par l’amateur belge en général. Ce 2013 sera un millésime facile, sur le fruit, avec une bonne fraîcheur, et surtout un vin que l’on pourra boire rapidement, au contraire de certains grands millésimes, comme 2005 extrêmement bien coté, mais qui ne sont toujours pas à leur moment optimum de consommation.

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