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21/04/2014

Sarajevo et son passé

La Libre, Momento, Escapade, Bosnie-Herzégovine, Sarajevo, voyageAprès les douloureuses années de guerre, Sarajevo a retrouvé toutes les splendeurs qui font son charme. Les touristes se pressent dans ses rues, et la guerre fait désormais figure d’attraction.

Découverte: Grégoire Comhaire


ENTRE MINARETS ET ÉGLISES orthodoxes, la capitale de la Bosnie-Herzégovine est depuis toujours un carrefour entre Orient et Occident, avec le charme et les difficultés que cette situation particulière lui confère. Si les touristes redécouvrent désormais les splendeurs de son centre historique, personne n’a oublié les terribles images de la guerre civile qui a fait rage ici entre 1992 et 1996.
 
De tous les épisodes tragiques de la guerre de Yougoslavie, le siège de Sarajevo a été l’un de ceux qui ont le plus marqués les esprits. Une population prise au piège dans la vallée, et des paramilitaires serbes positionnés tout autour, personne n’a oublié ces images qui s’invitaient tous les soirs sur les écrans du journal télévisé. Elles furent le témoin de l’un des plus importants conflits ethniques qu’a connu le XXe siècle et de l’impuissance des pays européens à y mettre fin.
 
Vingt ans plus tard, les accords de Dayton ont mis fin aux affrontements. La Bosnie a retrouvé un calme d’apparence et le tourisme est de retour à Sarajevo : l’une des plus belles villes à visiter dans les Balkans. Les amateurs d’Histoire ne seront pas déçus du voyage, que l’on soit friand de vestiges de l’époque ottomane ou que l’on préfère le passé plus récent.
 
 
Centre historique
 
Pour un avant-goût de ce que peut être Istanbul, offrez-vous une balade dans le centre historique de la ville. Pour qui arrive de Zagreb ou des plages ensoleillées de la côte croate, les ruelles pavées du centre ottoman offriront un dépaysement garanti, et une impression d’avoir parcouru d’un coup plus d’un millier de kilomètres plus à l’Est. On sera vite enivré par l’atmosphère, si particulière, et les beautés architecturales. On s’attablera pour déguster un bon café bosniaque, une variante du café turc, et l’on visitera en particulier la mosquée de Gazi Husrevbeg, la plus importante mosquée de Bosnie-Herzégovine et l’une des plus belles d’Europe.
 
Pour les sites historiques, on poursuivra la balade le long de la rivière Miljacka qui traverse le centre-ville. C’est en effet près du pont Latin, en plein centre, que fût assassiné en 1914 l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche. Cet attentat, qui fut le point de départ de la Première Guerre mondiale, est un autre épisode tragique de l’Histoire de la ville. Mais pour les événements des années 90, il faut se rendre à quelques kilomètres de là.
 
 
Tunnels
 
Pour ceux qui voudraient se plonger dans les réalités du siège de Sarajevo, une visite au musée des Tunnels fait figure d’incontournable. Les tickets sont en vente à l’Office du Tourisme du vieux centre-ville. Une voiture vient ensuite chercher les touristes pour les emmener à l’aéroport. Le point de départ d’un voyage tout simplement hallucinant dans le quotidien des habitants assiégés. En chemin, la voiture roule le long de l’ancienne “Sniper Alley”, une route terrible où les snipers prenaient pour cible tout qui osait s’y aventurer. Les impacts de balles sont d’ailleurs toujours bien visibles sur les façades. Des stigmates indélébiles, sur les bâtiments et dans les têtes de ceux qui ont vécu cette époque.
 
La Libre, Momento, Escapade, Bosnie-Herzégovine, Sarajevo, voyageLa visite commence près de la piste d’atterrissage. Le guide sort une carte d’état-major, montrant les positions des miliciens serbes en 1992, qui dominaient l’ensemble des montagnes autour de la ville à l’exception d’une seule derrière l’aéroport. Ce dernier était une zone neutre, tenue par les Nations unies. Pour ravitailler la ville en état de siège, les Bosniaques ont donc creusé un tunnel de 800 mètres de long, passant sous l’aéroport et reliant la Bosnie libre à la maison d’une vieille dame.
 
Pendant plusieurs années, on y a passé des vivres, des armes, des munitions. Des habitants ont fui, d’autres s’en sont servi pour combattre et défendre leur ville. Lorsqu’on parcourt le petit tronçon ouvert aux touristes, on se rend compte de l’étroitesse des lieux. Les photos au mur font froid dans le dos. Et après la visite, on comprend quel devait être le sentiment de la population prise au piège durant toutes ces années dans la ville assiégée.
 
Plusieurs agences proposent des tours plus complets, pour comprendre sur le terrain la réalité du siège de la cité. Le douloureux passé est bien mis en valeur par les autorités de la ville et les habitants sont généralement des mines de renseignements pour tâcher de comprendre cette période si complexe.
 
Mais Sarajevo, c’est aussi une vie nocturne trépidante, des petits restos conviviaux, bon marché, et un festival de cinéma qui attire de nombreux cinéphiles chaque été. Alors n’hésitez pas une seconde. Amateurs d’Histoire et d’atmosphère surprenante, courez découvrir les merveilles de la capitale bosniaque. Riche en contraste, il y a peu de chance qu’elle déçoive ses visiteurs.
 
 
Ph.: G.C.

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