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22/04/2014

Maillard, une bonté sur l’Helpe-Majeure

La Libre, Momento, Vie de château, Eppe-Sauvage, château Maillard, RanceÀ Eppe-Sauvage, on trouve trois résidences castrales. Celle-ci est le château Maillard.
Là serait né Eugène Flagey, le mayeur d’Ixelles entre 1935 et 1953.

Philippe Farcy


SI VOUS AVEZ LA BONNE IDÉE de vous rendre ce samedi 26 avril à un intéressant concert de musique de chambre dans le formidable théâtre du château de Chimay, peut-être pourriez-vous passer la journée dans les environs et vous perdre dans des campagnes accueillantes. France et Belgique se mêlent sans peine, oubliant les frontières.
 
Le château de Trélon n’est pas loin, et Trélon, qui abrite un musée du verre, est le chef-lieu du canton. L’ancienne abbaye de Liessies n’est pas loin non plus (église riche de sculptures anciennes). Puis il y a la vallée du Valjoly avec son lac immense qui fait 180 hectares et dont les infrastructures hôtelières, de restaurants et de campings ravissent les touristes d’un week-end et plus en haute saison. C’est le concurrent direct des lacs de l’Eau d’Heure, et le département du Nord, où nous sommes, a misé sur pas mal de projets touristiques pour redynamiser une région excentrée. Lille est à 120 km, c’est dire si la zone est une oubliée par rapport aux sièges des autorités départementales. Mais outre Lille, qui est si loin, c’est sur Beaumont, Avesne et Chimay que les gens d’ici comptent. Cela nous replace de facto dans la grande histoire de la région, quand Eppe-Sauvage faisait partie du Comté de Hainaut et des possessions des princes de Chimay, sous les Croÿ.
 
 
Eppe-Sauvage frôle la frontière belge, tout près de Rance, et entre les deux se trouve le petit château de Montbliard. Sur la route de Touvent, la bien nommée (c’est aussi un lieu-dit de notre royaume), à l’écart du village et en allant vers le lac du Valjoly (à 2 km), on trouve le château Maillard dont l’histoire débute au milieu du XVIIIe siècle. Dans le village, on a retrouvé des traces de présence humaine au néolithique. Puis il y avait ici une villa gallo-romaine. Le site “Actuacity”, qui reprend la base “Mérimée” du ministère de la Culture française, signale que c’est au Moyen Âge qu’une population s’établit ici de façon permanente, mais qu’il faut attendre le XVIe siècle pour y constater un développement industriel.
 
Si le village ne compte aujourd’hui que 250 âmes, il en compta plus de 900 au début du XIXe siècle.
 
L’histoire est toute simple et elle est belge. On vous citait la semaine passée, à propos de Falaën, le rôle joué par la famille des maîtres de forges Pochet ou Polchet dont les porteurs du nom actuels (pas très nombreux) sont sans doute des descendants. Les Polchet construisirent Falaën après 1650. Ils construisirent également Eppe, vers 1770 dit la source du ministère. Mais avant cela, les Polchet avaient joué un rôle dans la région dès le milieu du XVIe siècle.
 
Ainsi nous lisons qu’en 1515, “par lettre patente du seigneur des lieux, le prince Charles de Croÿ, on confirma le développement de l’activité des forges. Eppe-Sauvage en possédait alors quatre : le Voyaux dont les Polchet seront seigneurs, le Marteau, le Grignaux et Willies. Des maîtres de forges comme les Polchet suscitèrent la construction de riches habitations, comme en témoigne encore aujourd’hui le château Voyaux sur la route de Moustier”. On y reviendra, sur le Voyaux.
Depuis l’avènement du roi d’Espagne Philippe II en 1556 jusqu’au traité d’Utrecht en avril et juillet 1713, le Hainaut fut souvent ravagé par les guerres. Ainsi le village d’Eppe-Sauvage fut-il incendié en 1651 par les troupes françaises, mais cela n’affecta pas la très belle église Saint-Ursmer où se trouvent plusieurs tombes des Pochet.
 
À la suite du traité de Nimègue en 1678, le village appartenant aux Pays-Bas du Sud fut rattaché au royaume de France. Au XVIIIe siècle, les comtes de Merode (marquis de Trélon depuis 1625) y établirent des hauts fourneaux, modernisèrent les anciennes forges et attirèrent un grand nombre de familles. Le marquisat comprenait Eppe, Moustier, Wallers, Ohain (sur la route de Momignies) et Villies-Baives, juste à côté de Macon.
 
Ainsi, le village d’Eppe se développa-t-il, jusqu’à compter, au milieu du XIXe siècle, plus de 900 habitants. Cependant, l’établissement de la nouvelle frontière coupa Eppe-Sauvage d’autres centres sidérurgiques comme Montbliart et Rance; en ce dernier village on travaillait le marbre bien sûr, illustre au point d’avoir orné les murs du château de Versailles et une foule de commodes de grande qualité.
 
L’organisation administrative et économique du village fut alors modifiée. L’activité douanière devint centrale dans la vie du village. La sidérurgie déclina dans la deuxième moitié du XIXe siècle au profit des hauts fourneaux de l’actuelle Wallonie dans le sillon Sambre-et-Meuse. Le métal fut remplacé par l’élevage et l’industrie laitière, tandis que Joseph Chardon, marbrier à Rance, vint installer une succursale à Eppe pour éviter les droits de douanes.
 
 
Le château Maillard aurait vu naître Eugène Flagey dont le premier souffle est revendiqué par Chimay également; c’était le 26 décembre 1877. Quoi qu’il en soit, la résidence est de qualité, et assez pour recevoir des touristes dans les plus belles chambres d’hôtes des environs.
 
Infos : www.chateaumailard.com
Pour le concert au château de Chimay : www.chateaudechimay.com ou 060.21.45.31.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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