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04/05/2014

Joaillier, métier de l’intime

La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, joaillier, Leysen, atelier, création, bijouxLa devanture du joaillier Leysen ne laisse pas présager de l’activité créatrice qui se développe au cœur du commerce situé sur la place du Sablon. Pourtant, les bijoux y sont imaginés, élaborés, réparés…
Reportage: Jonas Legge
Reportage photo: Alexis Haulot


AUX QUELQUES CLIENTS qui déambulent en ce midi plutôt calme, les vitrines du joaillier Leysen, sis place du Sablon à Bruxelles, renvoient une impression de luxe, calme et volupté. Chaque bijou repose fièrement sur son présentoir, dans l’éclat de différents faisceaux lumineux.
 
Au fond du commerce, un escalier se présente aux clients. C’est là, quelques marches plus haut, après avoir franchi deux solides portes de verre fermées à clé, que l’activité créatrice se développe au quotidien.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, joaillier, Leysen, atelier, création, bijouxRenata a d’ailleurs le nez rivé sur ses dessins. Bercée par une douce musique d’ambiance, la directrice artistique s’affaire sur un projet pour un cadeau de 40 ans de mariage : un collier avec rubis. “Je vais présenter plusieurs esquisses avec différentes pierres au couple : des choses plus allongées, d’autres plus larges. Et le client choisira en apportant éventuellement des ajustements”, précise Renata, qui dessine toujours sur du papier, et non sur ordinateur. “Cette esquisse, les clients y tiennent énormément, plus qu’à une photo même.”
 
Chez Leysen, le travail à la pièce est privilégié à celui à la chaîne. Les acheteurs viennent donc principalement pour des bijoux sur mesure. Soit ils modifient les modèles proposés en vitrines soit ils partent d’une feuille blanche. Il arrive également que certains disposent d’une pierre particulière et qu’il faille créer la bague autour de ce matériau.
 
Selon le budget, le choix des pierres et les critères définis avec les clients, Renata se lance dans des modèles. “Je m’adapte toujours à la main. Par exemple, si les doigts sont longs, je ne vais pas créer une bague toute fine, sinon elle semblera perdue… Il y a beaucoup d’aspects techniques à respecter. Dans les magazines, on voit parfois des modèles avec des grosses pierres qui tiennent sur deux petites pattes. C’est très beau mais dans la vie active, ça ne tient évidemment pas
 
Une fois les esquisses terminées, tous les détails sont envoyés à des artisans, qui vont donner vie aux bijoux. Particularité de la maison : le poinçon “Fleur de lys”, symbole de pureté et de noblesse, est apposé sur toutes les créations.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, joaillier, Leysen, atelier, création, bijouxMais quel budget prévoir pour un bijou proposé dans une haute joaillerie ? “Que quelqu’un vienne avec le plus petit ou le plus gros montant pour une bague de fiançailles, nous aurons toujours quelque chose à lui proposer”, souligne Virginie Moyersoen, la chargée de communication. “La joaillerie doit être accessible. Nous n’avons pas de profil de clients. Certains ont beaucoup d’argent, d’autres mettent leurs économies pour avoir un beau bijou, parce qu’ils aiment ça.
 
Puisqu’ils s’adaptent aux demandes qui leur sont formulées, les employés de l’entreprise familiale, créée en 1855, suivent par la force des choses les tendances imposées par la mode. Comme les couleurs pastel et l’or rose qui font partie des éléments prisés ces dernières années, ou la tendance actuelle qui est aux bagues plus larges et plates sur le doigt, plus faciles à porter. “Alors que quand j’ai commencé dans le métier, on ne vendait que de l’émeraude, aujourd’hui, nous en écoulons deux à trois par an…”, fait remarquer Henri Leysen, propriétaire de la joaillerie.
 
 
Par contre, d’autres produits restent des grands classiques, surtout pour les bagues de fiançailles, les colliers et boucles d’oreille : l’or blanc et les diamants de couleur. L’origine des pierres, elle non plus, n’évolue pas. “C’est toujours l’Afrique du Sud pour les diamants, le Brésil pour les semi-précieuses, la Birmanie pour le saphir et le rubis…”, énumère Henri Leysen.
 
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, joaillier, Leysen, atelier, création, bijouxEn 40 ans de carrière, le responsable des lieux, qui dirige aujourd’hui l’entreprise avec son fils, a évidemment vu défiler des pièces plus belles les unes que les autres. Il se souvient notamment avec fierté d’un collier muni d’une émeraude de 120 carats. “Ce n’était pas une commande mais nous avons eu l’occasion d’acquérir cette pierre et nous en avons fait un bijou que nous avons vendu dans le Golfe arabe.
 
Le joaillier bruxellois se remémore un autre épisode, saugrenu celui-là, survenu à la fin des années 1970. “Nous avions créé, pour le mariage du roi d’Arabie saoudite, un service à café de 250 pièces. J’étais allé livrer moi-même la commande. Le lendemain des festivités, dans la cour du palais, ils ont nettoyé les pièces en vermeil et pierres dures au… karcher. Il y a eu beaucoup de casse malheureusement. Même si c’était payé, je voyais un travail de 6 à 8 mois être détérioré sous mes yeux. C’était un peu triste mais ça ne m’appartenait plus, je n’avais rien à dire…
 
 
Dans l’une des pièces les plus reculées du commerce, installé sur l’avant de son siège, les yeux rivés sur le grossisseur, Dimitri s’occupe des réparations et des petites créations. Le matériel est loin de sembler moderne, les outils de joaillerie ayant peu évolué.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, joaillier, Leysen, atelier, création, bijouxJe fais beaucoup de sertissages, c’est-à-dire que j’encastre des pierres sur des montures. Dans ce cas-ci, je dois remplir la barre en or avec des diamants”, explique ce trentenaire engagé chez le joaillier dès sa majorité atteinte. Dimitri brûle alors une petite pointe d’or au chalumeau. “Les diamants n’aiment pas les chocs thermiques, j’applique donc une couche de borax pour ne pas qu’ils deviennent tout blancs. Puis je mets un peu de soudure, l’odeur de brûlé est donc normale. Ensuite, je place l’objet sous cloche pour qu’il refroidisse lentement”, expose-t-il derrière ses imposantes lunettes, qu’il doit dorénavant porter parce qu’“à cause du boulot, la vue baisse”.
 
Une fois la tâche effectuée, l’employé place la poussière d’or dans un petit bocal. “C’est le métier le plus écologique du monde. Vu le prix du métal, on récupère tout…”, plaisante-t-il.
 
 
Au même moment, un jeune couple vient prendre des renseignements pour l’achat d’une bague de fiançailles. Renata enfile alors son autre casquette, celle de vendeuse. “Nous proposons énormément de bijoux aux clients. Nous les faisons rêver en leur mettant des bagues très chères au doigt pour qu’ils aient eu au moins la magie de tester. Finalement, nous travaillons pour des belles choses : naissances, fiançailles, mariages. C’est un métier où il y a beaucoup d’émotion, d’intimité aussi…
 

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