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05/05/2014

Fontaine, la vieille et discrète

La Libre, Momento, Vie de château, Emptinne, château de fontaine, hamoisSur Emptinne (Hamois), à côté du grand château de Fontaine parfaitement tenu par Guy-Roland de Moor,
se trouvent les restes du vieux château des Merode.
 
Philippe Farcy


LA ROUTE MENANT VERS Havelange, en venant de Ciney, est le meilleur parterre (privé de siège, dommage) pour voir cet ensemble architectural en moellons de pierre bleue, mis en scène avec sobriété et élégance. Sur la gauche, le grand et long vaisseau, loin d’être un fantôme, a les pieds dans l’eau d’un grand étang. Il est daté de 1768 et fut sans doute érigé par les barons de Waha-Baillonville, héritiers des Merode.
 
Nous sommes au bord du Condroz namurois, comme le signale Cécile Douxchamps dans sa troisième plaquette sur les habitants des châteaux de la province de Namur, parue en 2002. Mais avant la Révolution française, cette zone était une ancienne terre liégeoise, érigée en seigneurie hautaine en 1683 en faveur de Ferdinand, comte de Merode.
 
 
Ferdinand, seigneur de Fontaine, était le fils de Jean II et de Maximilianne de Groesbeeck. Ferdinand mourut en 1684. Il était seigneur de Gotzenhofen, Halloy, Strud, Maizerolle, Harduemont, Jehay (juste avant la cession aux comtes van den Steen), Mheer, Aelst (Brusthem), Outgaerde, Masacker, Mureau etc. Il fut grand-mayeur de Liège. Il avait épousé à Montaigu (Diest), le 27 février 1661, Marie-Madeleine de Merode-Westerloo (1637-1717), fille de Florent et d’Anne von Bronchorst-Batenburg-Steyn. Madame se retrouva veuve et elle se remaria avec Théodore-Ferdinand de Waha-Baillonville. Les Merode-Merode eurent trois enfants. Leur fils François-Egon mourut célibataire en 1685 à Paris, à l’âge de 18 ans. Catherine (+ 25.4.1699), épousa Maximilien-François de Merode, seigneur de Nalines. Wilhelmine (1676-1739) épousa d’abord en 1690 Jean-Joseph comte de Groesbeeck, vicomte d’Aublain; mais le jeune homme décéda en 1691. Puis on lui choisit en 1695 Engelbert-Frédéric, comte de Bryas (Morialmé) dont la mère était Argenteau d’Esneux. Il mourut en 1703 à la bataille d’Eeckeren. Et enfin don Tommaso de Gaetano d’Aragon. On ne sait comment la seigneurie changea de mains par la suite au XVIIIe siècle, ni lequel des trois enfants hérita de ceci. Grâce à Guy-Roland de Moor, qui habite dans le grand château de Fontaine, daté de 1768, on sait que “cette date marque la reconstruction d’un château suite à l’incendie du vieux château de Fontaine. La partie que vous évoquez, ce n’était que le porche et l’aile d’entrée, qui imposait de passer par la basse-cour, puis de virer à gauche pour se diriger vers le château. Nous avons encore des caves de ce vieux château et, en été, quand il fait sec, on voit des traces jaunies dans l’herbe. Elles signalent les caves enterrées et sont larges d’à peu près 30 mètres de côté. Ce château était entouré de douves. Ce devait être magnifique. Mais nous ne connaissons rien de cette maison”. Sans doute les Merode possèdent-ils quelque part traces de cette maison disparue.
 
 
Cécile Douxchamps signale que l’ensemble du site passa, au début du XIXe siècle, à Charles-Joseph de Noust. Il sera mayeur d’Emptinne de 1827 à 1842. Sa fille épousera un Pierpont et tout Fontaine passa à cette famille. Les Noust furent sires de Saint-Servais et de Hastimoulin, près de Namur, à la fin du XVIIIe siècle.
 
N’oublions pas que les Merode possédaient à moins de dix kilomètres de Fontaine l’immense château d’Ossogne, au nord d’Havelange. Fontaine n’était dès lors qu’un fief secondaire.
 
De la chaussée, on apprécie l’élégance un peu austère du bâtiment le plus proche. Au début du XIXe siècle, on lui colla tout un bloc qui ressemble à une grange, supprimant de la sorte ce qui devait être une grande cour ouverte.
 
Deux ailes en L constituent la cour de ce qui est la ferme. Le logis de l’exploitant (M. et Mme Dawans) se situe dans le fond. Il y avait sans nul doute du temps des Merode un quadrilatère presque complet, partiellement entouré d’eau.
 
 
Ce Fontaine vieux nous fait penser, par sa relative massivité, à Barse dont les éléments de défense sont proches. On trouve ici une tour circulaire engagée sous toiture en poivrière (conique), tandis que la tour carrée, qui était jadis centrale, est couverte d’une toiture en pavillon piquée, elle aussi, d’une girouette. Notons que les corniches sont très joliment posées sur des frises de briques redentées.
 
Comme le précise le volume 22 du “Patrimoine monumental”, cette tour carrée n’était qu’une tour d’accès, avec pont-levis dont on voit encore les feuillures de rabattement du tablier et les glissières de l’étage. Le passage charretier a donc été rebouché, sans doute au début du XIXe siècle, pour en faire une maison indépendante. La baie à croisée est donc “récente”. Elle est surmontée par deux baies à meneaux et une dalle armoriée datant de 1626. Les blasons ont été martelés, sans doute vers 1792.
 
Entre les deux tours, le logis de deux niveaux possède cinq baies dont deux ont été bouchées. Le long de la chaussée, un étroit fossé pierreux a été creusé. Trois ponts le surmontent pour donner accès aux différentes ailes du domaine. Mais ce n’est pas ici que coule le Wachenne qui alimente l’étang, avant que ses eaux ne rejoignent le Bocq puis la Meuse. La partie du domaine à front de rue appartient à un professeur émérite de l’université de Louvain.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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