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12/05/2014

Mais qu’est-ce qui se passe dans leur caboche entre 6 et 11 ans ?

La Libre, Momento, Bien-être, psycho, enfants, 6-11 ans, éducationAdorables par moments, exaspérants aussi souvent. Comprendre ce qui se passe dans le cerveau des enfants de cet âge peut aider à adopter des comportements plus appropriés pour les petites difficultés relationnelles du quotidien en famille. Éclairage de la psychothérapeute Isabelle Filliozat, dans son ouvrage “Il me cherche”.

Entretien: Laurence Dardenne


ELLE FAIT SA CRISE. IL EST AGRESSIF. Il se met en rage à la moindre frustration. Elle veut toujours quelque chose de plus. Les uns ne racontent jamais rien; les autres réclament qu’on leur téléphone pendant la colo. Ses copains ne veulent pas de lui dans leur équipe; elle veut toujours gagner. Il abandonne chaque activité choisie au bout de quelques semaines. Elle ne marche qu’à la carotte.
Mais que peut-il bien se passer dans leur caboche entre 6 et 11 ans ? Puis, surtout, comment les comprendre et réagir, nous, parents ? C’est ce qu’a tenté d’expliquer la Française Isabelle Filliozat, psychothérapeute, directrice de l’école des Intelligences relationnelle et émotionnelle, au fil des pages de “Il me cherche” (Éd. J.C. Lattès, 18 €).
 
Dans cet ouvrage très concret, illustré de situations familières, de la vie quotidienne, l’auteure décrit, caricature la réaction parentale, donne des “clés de compréhension” et, pour agir de manière efficace et pertinente, propose des “options de parentalité positive”, des “outils concrets”, solutions à ce qu’elle appelle “les petites difficultés relationnelles du quotidien dans la famille”. Histoire de “poursuivre notre tentative de compréhension de ce qui se passe dans la tête de nos enfants dans cette étape de leur développement trop souvent marquée par les conflits de pouvoir”.
 
Comme l’explique Isabelle Filliozat, ce livre est donc bien “centré sur la compréhension de ce qui se déroule dans la tête de nos enfants et sur les réponses que nous pouvons donner à leurs comportements et surtout à leurs besoins”.
 
 
Pourquoi avoir choisi cette tranche d’âge ? “Les 6-11 ans sont une période dont personne ne parle, comme s’il ne se passait rien pendant ces années, nous dit-elle. Or c’est précisément la période où l’enfant se prépare à l’adolescence. Les parents sont généralement plus interpellés par la période des 2-3 ans, et ensuite par les 13-14-15. Mais peut-être que, pour avoir moins de problèmes à l’adolescence, est-il justement intéressant de s’occuper de la période des 6 à 11 ans, qui construit finalement les bases de la sécurité intérieure et d’une série de compétences. C’est donc véritablement important dans la relation. C’est aussi une période hautement socialisante; ce qui ne veut pas dire pour autant que les parents sont moins importants. Ils ont aussi un grand rôle à jouer pour accompagner ce processus de socialisation. C’est également une période où l’enfant va faire des apprentissages scolaires essentiels; et pour favoriser une bonne scolarité, il est important de favoriser une relation harmonieuse. C’est une période d’autonomie aussi où l’enfant construit son sentiment d’identité. C’est, en résumé, une période cruciale de construction du cerveau, de l’affectivité et des compétences sociales”.
 
 
Pas d’ordres, pas de punitions, dites-vous. Pourquoi ? “Parce que c’est inefficace. Le gros problème des ordres est qu’ils inhibent le cerveau pré-frontal, qui nous permet de nous sentir responsable, qui nous aide à prendre la responsabilité de nos actes, en nous faisant anticiper, réfléchir et décider de nos actions. C’est notre libre arbitre, en quelque sorte. À chaque fois que nous donnons un ordre, il est entendu par la zone verbale du cerveau, ce qui inhibe la zone pré-frontale. Les ordres empêchent donc la prise de responsabilités.
 
Quant à la punition, il y a de multiples raisons pour dire qu’elle est mauvaise. La plupart des gens découvrent rapidement qu’elle est inefficace mais ils continuent parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre. La punition est inefficace parce qu’elle s’accroche sur le comportement. Et fait l’hypothèse que l’enfant pourrait apprendre de son erreur, ce qui n’est pas le cas avant l’âge de 11 ans comme l’ont montré les neuroscientifiques. La punition s’attache au-dessus du comportement. Quand du lait bout dans la casserole et déborde, la punition, c’est comme vouloir mettre un couvercle pour arrêter le débordement. On réussira juste à faire brûler le fond de la casserole. En tant que parents, nous devons éteindre le feu sous la casserole. C’est-à-dire découvrir l’origine du comportement de l’enfant.
Notre travail de parent consiste à accompagner nos enfants, les aider à grandir, leur enseigner les comportements positifs et non les réprimer, ou chercher à les culpabiliser. Il est important de voir ce qui va être le plus productif pour enseigner à mon enfant les comportements appropriés dans toutes sortes de situations”.
 
 
Alors, faut-il pour autant croire tout ce qui est écrit dans cet ouvrage ? “Ne nous croyez surtout pas !, avertit la psychothérapeute. Ce livre ne vous présente pas de vérité. À chacun d’observer, de sentir, d’expérimenter. Certaines attitudes proposées vous paraissent simplistes, idéalistes. Nous sommes si accoutumés aux conflits familiaux qu’ils nous paraissent naturels, si habitués à ce que nos enfants ne coopèrent pas que nous hésitons à croire que ce puisse être possible et, de plus, si aisément. Quand on s’est arc-boutés pour pousser une porte, il peut être déconcertant de découvrir qu’il suffisait de la tirer pour qu’elle s’ouvre. Là est un peu le sens de cet ouvrage, analyser le sens d’ouverture plutôt qu’y aller en force. Certes, les résultats ne seront pas toujours immédiats, surtout si le changement de style éducatif est important, l’enfant restant un temps sur ses gardes”.
 
Et puis, n’oublions pas qu’il n’y a pas de recette universelle : aucun enfant n’est identique à un autre; et aucun parent non plus ne ressemble à un autre. Toutes les relations sont différentes et s’inscrivent dans autant d’histoires de vie.
 
 
Ne dites pas : “va te laver !”. Mais bien, d’un ton neutre : “douche”
 
Une situation familière parmi d’autres : il fait comme s’il n’entendait pas. Explication et proposition de réaction.
 
Exemple: il fait comme s'il n’entendait pas.
Éclairage de la situation sous l’angle des découvertes des neurosciences et de la psychologie expérimentale : “Nous, les parents, aimons parler. Si les petites filles arrivent à peu près à écouter nos discours, les petits garçons, eux, ont plus de mal. Non qu’ils soient moins intelligents, mais la zone verbale de leur cerveau se développe plus tard que celle des filles. Eux sont occupés à mettre en place d’autres réseaux de neurones dans leur système nerveux central, dédiés au mouvement, à la maîtrise de leur corps. La connexion entre la réception verbale et les aires associatives n’est pas encore au point. Habitué à nos diatribes, dès le deuxième mot, le garçon n’écoute plus ! Sans compter que 3 à 10 % des enfants ont des troubles auditifs. Si nous crions un peu plus, il fait le gros dos ou les plumes de canard, il se construit une protection contre l’extérieur… et nous le percevons comme imperméable.
Toucher un garçon permet d’obtenir son attention. Et puis, les parents ont parfois l’impression d’être tout le temps à donner des ordres et à faire activer les choses. Avez-vous compté le nombre d’ordres qu’un enfant entend tout au long d’une journée ?
 
Illustration signée Anouk Dubois, psychomotricienne, formatrice pour la petite enfance. La maman : “Mets ton pyjama ! Dépêche-toi ! Éteins la lumière. Mange. Va te laver les dents ! C’est l’heure ! Déshabille-toi ! Allez au lit ! Habille-toi !”. L’enfant : “J’en ai assez que tu me dises toujours ce que je dois faire. Tu me traites comme si j’étais un bébé”.
 
Explication : “En donnant un ordre, l’intention des parents est en général positive. ‘Il faut bien que je leur dise ce qu’ils doivent faire.’ Mais les enfants entendent alors entre les lignes qu’ils ne sont pas capables de savoir par eux-mêmes… et c’est dévalorisant, déresponsabilisant, démotivant”.
Et en cas d’urgence ? “Dans ce cas, certes la soumission aux ordres est importante. Mais, en dehors de ces situations extrêmes, les ordres sont contre-productifs.
 
Souvenons-nous qu’entre 7 et 10 ans, les enfants aiment les règles et bien faire ! Pourquoi mobiliser leur rébellion ? Pour faire bon poids, les parents ont parfois tendance à faire de longs discours. Nous voulons que les enfants ‘comprennent’. Mais tout ce verbe noie les enfants qui cessent de prêter attention. Le parent cherche alors à culpabiliser l’enfant, pour ‘qu’il se rende compte’. Las, au mieux, l’enfant se sentira honteux, et la honte est rarement une bonne motivation. L’objectif n’est pas que l’enfant se sente en faute mais qu’il apprenne.”
 
Proposition de solution : “En dirigeant simplement son attention vers l’objet, sans ordre ni contrainte, ni surtout faire de phrase, nous l’incitons à mobiliser son cerveau frontal. Son cerveau sécrète de la dopamine, l’hormone de la motivation, de l’action volontaire. Comme l’ocytocine, cette hormone diminue le stress et inhibe les systèmes de la peur et de la colère. Il faudra certainement plus d’un rappel pour qu’il range spontanément ses tennis ou pense à prendre ses affaires de sport, mais… observons !”.
 
Concrètement : “Pour gagner en efficacité comme en sérénité, je fais bref ! Le plus souvent possible, je me contente d’un seul mot, prononcé sur un ton neutre, juste pour diriger son attention vers l’objet. ‘Douche’, ‘lumière’… et lui permettre de mobiliser son cerveau frontal”.
 
C’est une drôle façon de s’adresser à son enfant, non ? “Absolument, nous concède Isabelle Filliozat, mais on le fait de manière tendre. Il faut y mettre le ton. Il s’agit que ce soit juste un rappel, car il sait très bien qu’il est temps de prendre sa douche mais il n’y pense pas forcément tout seul parce qu’il est encore un enfant. C’est juste un mot rappel. Cela permet de comprendre que nos enfants ne font pas les choses contre nous. S’ils ne les font pas, c’est parce qu’ils n’y pensent pas. Et s’ils ne les font pas parce qu’on le leur a demandé, c’est justement parce que on le leur a demandé”.
 
 
Ph.: Reporters/BSIP/Godong

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