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12/05/2014

Offus, une seigneurie oubliée

La Libre, Momento, Vie de château, Offus, La Grande CenseUn donjon accolé à une grosse bâtisse sommeille dans les plaines de la Hesbaye, sur la commune de Ramillies.

Philippe Farcy


LA RICHESSE PATRIMONIALE de cette région à la limite du Namurois, mais toujours sur le Brabant wallon, est renversante. Rien qu’à Ramillies, les grosses fermes rivalisent d’importance, comme celle qui tient vraiment du château et qui domine les plaines où eut lieu la bataille terrible et importantissime du 23 mai 1706 dans le cadre de la Guerre de Succession d’Espagne. Deux fois soixante milles hommes furent engagés. Les troupes françaises du maréchal-duc de Villeroy furent confrontées à une coalition emmenée par le duc de Marlborough. On déplora près de 13000 morts et blessés en un seul jour, plus 7000 prisonniers, rien que du côté des Français. Louis XIV perdit toutes ses places de Flandres, sauf Namur et Mons, dans cette débacle. Et les Pays-Bas du Sud passèrent sous contrôle autrichien. Du point de vue des conséquences politiques, Ramillies vaut bien Waterloo.
 
Un peu plus au Nord-Est, vers Autre-Église, on trouve aussi de très grosses fermes, comme la “Cense Seny” en cours de très belle restauration.
 
 
Offus est un hameau au cœur de ces campagnes généreuses. Au creux d’un vallon, “La Grande Cense” émerge. Ces deux fermes opposées géographiquement signalent la richesse que les terres locales apportaient jadis aux exploitants et aux seigneurs. À Offus, on peut compter également avec “La Vieille Cense” ou encore “La Basse Cense”.
 
“La Grande Cense” d’Offus fut une seigneurie connue sous le nom de Bourdeaux, sans que l’on sache si une famille prit ce nom. Il y avait déjà des seigneurs en ce lieu au XVe siècle, d’après l’Inventaire thématique de la Région Wallonne, paru en l’an 2000. Ce volume, premier d’une suite de cinq, précise qu’un manoir s’y trouvait, mais lors d’une vente effectuée en 1662, cette demeure noble avait cessé d’exister. L’acte de vente signale la ferme avec une seule tour.
 
Pourtant, ce que l’on voit de la bâtisse familiale de nos jours ne manque pas d’ampleur. Le logis actuel est renseigné dans le “Patrimoine monumental” comme datant du XVIe ou XVIIe siècle. On ne va sûrement pas contredire cette hypothèse. Il est possible que ce bien appartint alors à Conrad Everarts et à Marie de Noville qui était son épouse. Leur pierre tombale, datant de 1668, se trouve dans l’église d’Offus (voir sur le site de l’Irpa). Lequel site de l’Irpa place les constructions de “La Grande Cense” entre 1500 et 1800.
 
 
Le propriétaire actuel, exploitant agricole membre de la coopérative Remileg située à Remicourt (agriculture Bio), nous disait que ce lieu appartenait jadis aux marquis du Parc Locqmaria, propriétaires du château voisin de Harlue. Il s’étonnait de la présence de cette tour médiévale, isolée quoiqu’attenante à sa demeure familiale. La littérature indique que la maison fut agrandie en profondeur pour la rendre jointive avec ladite tour. Et notre hôte de préciser : “Il est curieux qu’il n’y ait qu’une tour; il reste quelques murs par ailleurs. Mais, évidemment, il y a eu la bataille de Ramillies, aussi terrible qu’elle est peu célèbre. Elle eut lieu dans notre zone également et sans doute y a-t-il eu des destructions dans les bâtiments comme le nôtre. Le logis est sans doute ancien mais remanié vraisemblablement aux XVIIIe et XIXe siècles”.
 
Quelle fut par ailleurs la fonction ancestrale de ce petit donjon de 36,50 mètres carrés d’emprise au sol qui monte sur quatre niveaux et érigé en partie en moellons de pierre de Gobertange ? Le donjon d’Offus se situe peut-être sur une ligne de défense face à la principauté de Liège. Il compléterait un dispositif qui va de Glymes en passant par Opprebais, Dongelberg et Noduwez.
 
L.-F. Génicot écrivit en l’an 2000 dans les “Donjons médiévaux de Wallonie” que le premier niveau de cave n’était pas accessible de l’extérieur. “Sa porte surbaissée a été ajoutée. On suppose que l’on y accédait par une trappe depuis le niveau supérieur. On entrait primitivement dans le donjon par le deuxième niveau (comme à Spontin), par une porte surélevée à droite dans la façade au Nord-Est. Le troisième niveau était généreusement illuminé par une large baie à croisée. Trois de ses quatre jours sont actuellement murés. La charpente sommant le quatrième niveau ne peut pas être antérieure à la deuxième moitié du XVIe siècle.” Notons que la toiture d’ardoises en bâtière, à croupes et coyaux, a été récemment restaurée.
 
 
Précisons encore que le logis oblong de trois niveaux sous toiture en pavillon est érigé en briques et pierre de Gobertange pour les chaînages. La ferme est disposée en carré. Le centre de la cour est occupé par un magnifique saule pleureur. Tout cela est remarquable et se voit sans peine de la rue; encore faut-il la trouver. On ne visite pas.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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