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24/05/2014

Les séries ? Du grand art

La Libre, Momento, Derrière l'écran, séries, festival, Bruxelles, Are you seriesDu 29 mai au 1er juin, Bozar ouvre ses écrans aux séries. À grand renfort de rencontres, de conférences, de projections et d’apéros, le festival “Are you series ?”, entièrement gratuit, se plonge dans un secteur de création en pleine ébullition, à la frontière entre littérature et cinéma. Des États-Unis à la Suède en passant par la Russie.

Karin Tshidimba


DAVID FINCHER (“HOUSE OF CARDS”), Gus Van Sant (“Boss”), James Gray (“The Red Road”) et bientôt Guillermo del Toro, Night Shyamalan ou Alfonso Cuaron : les grands noms du grand écran s’inscrivent désormais sans fausse pudeur sur le petit. “Voir la série comme un lieu de création et un art” est d’ailleurs le mot d’ordre d’Are you series ?, festival qui s’installe, pour la deuxième fois, à Bozar du 29 mai au 1er juin.
 
“Ce mot d’ordre se justifie par rapport au lieu du festival (Bozar), mais aussi par rapport à l’équipe qui l’organise qui est celle de Bozar Cinéma, explique Juliette Duret, coordinatrice de l’équipe. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi des séries et des rencontres au cours desquelles le lien va, à chaque fois, être réactivé avec des réalisateurs venus du cinéma”, que le public connaît souvent pour leurs éclats sur grand écran. C’est le cas du Belge Michael Roskam, rendu célèbre par son film “Rundskop”, ou d’Agnieszka Holland qui affiche, aujourd’hui, de nombreuses réalisations dans l’univers des séries.
 
“La réflexion remonte à plusieurs années déjà. Nous voulions offrir une version bruxelloise du Festival Séries mania, projet qui n’a pas abouti mais nous a conduits à développer un important partenariat avec le festival parisien qui est, à la fois, notre grand frère et notre parrain. Nous sommes deux centres culturels semblables, nous parlons le même langage. Celui des ‘séries de qualité proposées en qualité cinéma’.”
 
 
Regard sur un univers à la frontière des disciplines et des genres (littérature et cinéma) qui mêle narration et thèmes classiques à un style résolument cinématographique. Mais aussi découverte de nouveaux territoires et d’autres sources d’inspiration, parfois nettement plus proches de nous (Europe du Nord ou de l’Est) et d’expériences qui font écho à nos propres préoccupations.
 
 
Les festivals sont les lieux où doivent se réveiller la curiosité des spectateurs mais aussi celle des diffuseurs afin de les pousser à explorer d’autres réalités moins formatées. C’est du moins ce qu’espèrent toujours leurs organisateurs. “Outre Frédéric Lavigne, le directeur de Séries mania, nous avons également été bien aidés et guidés par Be TV qui nous a permis d’organiser le marathon de projection de True Detective” (samedi dès 17h), LA série dont tout le monde parle. “Cette année, il y a une moins grande présence flamande, mais c’est avant tout une question de calendrier, poursuit Juliette Duret. La montée en puissance de cette saison 2 (par le nombre de séries proposées) devra de toute façon être confirmée lors des éditions 3 et 4.”
 
“L’année dernière à Séries mania, nous avons présenté une série polonaise ‘The Deep End’ et cette année une série russe Ottepel (“The Thaw”, “Le dégel”, projetée dimanche 1er juin à 13h30), détaille Frédéric Lavigne. On sent vraiment qu’à l’Est quelque chose est en train d’arriver. C’est le cas aussi avec les séries coréennes ou turques, dont certaines sont diffusées dans le monde entier. Tout en restant méconnues chez nous parce que nous devons encore nous approprier leurs codes assez différents des nôtres.”
 
Pourtant, certains pays franchissent déjà le pas en les adaptant (avec acteurs et réalisateurs nationaux) ou en procédant à un remontage de leurs intrigues au format parfois “king size”. Un exemple ? The End, saga turque produite par Eccho rights, déjà vendue dans 35 pays et récemment acquise par Netflix. L’idée peut faire sourire mais elle reflète une réalité ignorée  : avec 36  % de scores à l’export, les séries turques se placent devant les séries américaines en termes de ventes ! Une position de leader qui donne à réfléchir.
 
 
“De plus en plus s’impose l’idée que les États-Unis ne sont pas forcément la nation la plus créative. Israël, les pays nordiques et la Grande-Bretagne sont clairement à la pointe en termes d’innovations.” C’est notamment le cas pour les thématiques abordées par la britannique Black Mirror (31/05 à 11h) ou la suédoise Real Humans (diffusée en ce moment sur Arte) qui explorent notre rapport aux nouvelles technologies. Des séries que les festivals permettent souvent de découvrir en avant-première.
 
Comme toutes les œuvres de fiction, les séries racontent des histoires mais sont aussi le reflet du pays, de la culture et de l’époque où elles sont produites. “Entrevoir l’avenir prometteur de la télévision… en Belgique et dans le monde” est le deuxième mot d’ordre du Festival “Are you series ?” à Bozar.
 
 
Quatre jours de dégustations de fictions sur écran large
 
Après une première édition timide visant à tâter le terrain, la deuxième édition de Are you series ? affirme ses ambitions, du 29 mai au 1er juin à Bozar. Elle sera même précédée d’une journée de lancement organisée à Pointculture et Muntpunt.
 
Conférences, projections sur grand écran et rencontres sont bien sûr au menu de ce rendez-vous de quatre jours avec comme invités annoncés : Agnieszka Holland (“Burning Bush”), le scénariste et réalisateur belge Michael Roskam (“Rundskop”) et Nico Hofmann (“Generation War”), notamment.
Et des séries comme “True Detective”, “The Red Road”, “Rectify”, etc.
 
Pour appréhender le phénomène en profondeur, deux rencontres importantes se profilent.
La première, menée par Vincent Colonna, spécialiste des séries, jeudi 29/05 à 14h sur l’art de la narration en séries.
 
Et la seconde, dimanche à 12h30, avec Frédéric Lavigne, l’un des maîtres d’œuvre du Festival “Séries mania” à Paris, grand frère de la manifestation bruxelloise. Avec “Le Monde comme il va… à travers ses séries”, il livrera son regard sur un genre en pleine révolution thématique et technologique, conférence assortie d’extraits de séries venues du monde entier.
 
 
Parmi les temps forts de cette deuxième édition, notons :
– l’intégrale de la saison 1 de True Detective , samedi dès 17h, en partenariat avec Be TV;
Generation War (Unsere Mütter, Unsere Väter), grande fresque allemande sur la Seconde Guerre mondiale, en présence de son producteur Nico Hofmann, jeudi 29/05 à 19h;
Burning Bush, mini-série qui retrace la lutte pour la liberté menée dans la Tchécoslovaquie communiste, en présence de sa réalisatrice Agnieszka Holland, vendredi à 19h;
– les premiers épisodes de séries de Sundance Channel : Portlandia, Rectify et The Red Road, dimanche 1er juin dès 19h;
Ramses, série venue des Pays-Bas qui raconte l’ascension et la chute du chanteur et acteur Ramses Chaffy, icône du Flower Power amstellodamois des années 50 à 70, jeudi 29/05 à 11h;
Le dégel (Ottepel)  : baptisée “The Russian Mad Men”, cette première série de Valéry Todorovsky dépeint le Moscou des années 60 dans un style qui doit beaucoup à sa rencontre avec Matthew Weiner, dimanche 1er juin à 13h30.
 
 
Soit quatre jours agrémentés de divers apéros pour favoriser les rencontres et glaner des infos sur les récents Screenings qui se sont tenus à Los Angeles. Sans oublier un quiz sur les génériques mythiques, d’ “Amicalement vôtre” à “Mad Men”… Le tout est entièrement gratuit, il suffit de réserver ses places sur le site de Bozar. Voilà qui devrait contenter les fans de la première heure et démontrer que le genre ne brille pas qu’à Paris ou aux États-Unis.
 
 
Ph.: Reporters / Capital Pictures - True Detective

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