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26/05/2014

Au royaume de Cavalia, les chevaux sont rois

La Libre, Momento, Coulisses, Cavalia, spectacle, Bruxelles, chevauxLe spectacle équestre “Cavalia” en fait rêver plus d’un avec ses numéros de voltige, ses acrobaties
et ses démonstrations surprenantes de dressage. Derrière tout cela, c’est une ambiance conviviale qui transparaît entre les artistes. Mais c’est surtout une relation tout à fait unique qui interpelle entre le cavalier et son cheval.
 
Dans les écuries: Lauranne Garitte


SOUS L’ÉNORME CHAPITEAU qui surplombe le Heysel, dans les gradins, le public est plongé dans la pénombre. Pourtant, depuis bientôt deux heures, des étoiles d’émerveillement brillent dans leurs yeux face aux prouesses équestres qui s’enchaînent devant eux. Par moments, les visages s’éclairent d’une lumière intense, signe du bouquet final rempli de couleurs, d’effets spéciaux et d’acrobaties, qui annonce la fin d’un spectacle époustouflant qui n’est autre que… “Cavalia”. Il est 16 h 30 et le vacarme des applaudissements laisse soudainement place à un brouhaha généralisé. La foule se disperse dans l’immensité du parking C.
 
 
Derrière le spectacle se cache une vie
 
Pendant que tout se termine, tout commence en coulisses. Keith Dupont est le jeune cavalier belge de l’équipe (22 ans). Le sourire aux lèvres, il avance dans l’écurie, accompagné de son cheval Shake. “Il était super, ton numéro de liberté, Keith ! On a vraiment senti que les chevaux s’amusaient”, l’interpelle Normand Latourelle, créateur et directeur de “Cavalia”. “Excepté un de mes chevaux qui s’est mis à se gratter en public”, rigole-t-il, “je suis aussi satisfait du numéro. Et après tout, le meilleur spectacle est celui qui ne se passe pas comme il devait se passer”. Quelques tapes dans le dos plus tard, les cavaliers et artistes se retrouvent, se félicitent et se complimentent. On en oublierait presque le strass et les paillettes qui s’emparaient quelques minutes plus tôt de la scène. Il faut dire que derrière les quelques heures passées à fouler le sable devant le public, il y a une vraie vie qui se cache.
Dans ces écuries (de 1530 mètres carrés), une vingtaine de personnes vaquent à leurs occupations. Les chevaux arrivent au compte-gouttes et sont immédiatement emmenés au coin douches. Nul doute, dans ces coulisses, les chevaux sont rois. Pour preuve, dès leur sortie de scène, chaque cheval est pris en charge par un employé qui le rince, lui fait un hydromassage et défait ses tresses. “Il faut l’avouer, dans cette tournée, les chevaux sont considérés comme des hommes. C’est après tout eux qui guident le spectacle. Toute notre attention doit être tournée vers eux”, confie Normand Latourelle.
 
 
Des chevaux, mais pas seulement
 
Quelques tentes plus loin, ce sont cette fois les artistes qui prennent soin de leur corps. Sous la grande toile de l’un des chapiteaux annexes, les acrobates s’étirent sur les tapis prévus à cet effet. Là aussi, l’ambiance est à la détente. Entourés de quelques engins d’exercice physique, ils discutent entre eux en passant de l’anglais au français, et inversement. L’occasion d’ailleurs pour Keith de se détendre en se rappelant une drôle d’anecdote : “Je me souviens : avant, je faisais le numéro de liberté avec des chevaux espagnols. Un jour, en pleine scène, l’un d’eux est parti vers le public et s’est mis à se balader dans les gradins. Il ne faisait rien de mal, mais ça en a surpris plus d’un. J’ai vite compris qu’il s’ennuyait et qu’il fallait que je fasse plus de choses amusantes avec lui”, raconte-t-il. C’est dans cette même pièce que se trouvent les quelque 200 costumes qui se sont succédé dans le spectacle. Les costumières à l’accent canadien rigolent franchement entre elles, à côté d’un ventilateur qui sèche depuis notre arrivée les costumes qui ont pris l’eau.
 
 
Au moment de monter sur scène
 
Plus tôt dans la journée, en suivant le véritable labyrinthe de tentes, nous arrivons enfin dans une autre tente blanche. De la lumière passe à travers la toile. “C’est la warm-up”, indique Normand Latourelle. C’est précisément là, il y a quelques heures, que chaque cavalier est venu échauffer ses chevaux avant de monter sur scène. À cet instant-là, chaque cheval était fin prêt. Après deux heures de préparation esthétique, leurs tresses refaites, la douche prise et leur queue brossée, ils n’attendaient finalement qu’une chose : monter sur scène et faire rêver le public.
13h55, même dimanche. Dans les coulisses, l’envie de fouler le sable de la scène se fait ressentir de façon pressante. Aucune forme de stress à l’horizon, mais une sorte d’énergie sereine qui se lit entre autres sur le visage de Keith. Son cheval n’est qu’à quelques centimètres de sa tête. Il lui murmure quelques mots calmes avec discipline et douceur. Dans plus de deux heures, lui et ses chevaux reviendront dans ces mêmes coulisses. Il sera satisfait du travail accompli et impatient de voir ses chevaux s’amuser à nouveau en cavalant d’un bout à l’autre de la scène.
 
 
La Libre, Momento, Coulisses, Cavalia, spectacle, Bruxelles, chevaux“Je voulais un spectacle itinérant de même qualité qu’un spectacle permanent”
 
Un accent québécois bien prononcé, un enthousiasme quels que soient les sujets de discussion et une bienveillance notable envers tous les artistes. Nul doute, Normand Latourelle, directeur artistique et créateur de “Cavalia”, a du fil à retordre en termes de création de spectacles. Après avoir créé et développé le Cirque du Soleil, il a dû avoir (et a encore) de la suite dans les idées pour lancer le projet fou d’une tournée mondiale de spectacle équestre.
 
Le plus grand chapiteau itinérant du monde, la plus grande tournée du monde et d’autres chiffres qui font tourner la tête. Monter le spectacle “Cavalia”, n’était-ce pas un challenge d’envergure démesurée ?
Démesurée, non, car tout est calculé. Mais c’est effectivement un projet un peu fou d’un point de vue de la logistique. Sans compter le transport des chevaux, on déplace 100 conteneurs de matériel dès qu’on va dans une nouvelle ville.
 
Comment vous est venue l’idée de ce spectacle  ?
Il m’a fallu dix ans pour concrétiser cette idée d’un spectacle itinérant avec des chevaux. Avant, je travaillais pour le Cirque du Soleil et je n’y connaissais rien aux chevaux. Un jour, je me suis dit que ce serait un beau challenge et je me suis lancé dans la création de ce spectacle.
 
Un spectacle qui se veut de qualité.
Exactement, je voulais créer un spectacle itinérant qui soit de la même qualité qu’un spectacle permanent.
 
Cela demande donc une certaine réflexion logistique…
Oh que oui ! D’abord, la majorité du matériel est fait sur mesure. Les boxes des chevaux, par exemple, ont été conçus spécialement pour Cavalia au Canada. Ils sont composés de téflon et d’aluminium. Du téflon car cela ne casse pas, et de l’aluminium parce que c’est un matériau léger à transporter.
 
Et vous transportez tout cela en avion  ?
Cela dépend. En fonction de la distance, on fait des trajets en camion, en bateau ou en avion. D’ailleurs, au final, le plus compliqué n’est pas le transport en tant que tel, mais le rapatriement des conteneurs en un seul et même endroit.
 
Le chapiteau illustre également la magnificence du projet.
C’est en effet le plus grand chapiteau de spectacle itinérant du monde. Il a été conçu en Italie spécialement pour Cavalia. Et pour le monter, nous devons mobiliser 150 personnes pendant 12 jours. Le démontage ne dure, quant à lui, que quatre jours.
 
Tout ce matériel est-il conçu en fonction des besoins des chevaux  ?
Oui. Par exemple, un cheval a besoin à la fois de contact social et d’intimité. Les boxes sont donc aménagés afin que le cheval ait toujours un coin où il peut être seul. On ajoute à cela une fenêtre pour qu’il puisse communiquer avec ses voisins quand il le veut.
 
Et que deviennent les chevaux après la tournée  ?
Ils partent à la retraite. Comme nous (rires). Généralement, les chevaux font une tournée pendant cinq ou six ans. On les met ensuite à la retraite quand ils sont encore en forme, pour bien respecter leur santé. Soit ils retournent dans notre ferme au Canada, soit on les revend pendant la tournée.
 
À ce stade, êtes-vous satisfait de ce qu’est devenu “Cavalia” aujourd’hui ?
Au final, tout ce que je veux vraiment, c’est entendre à la fin du spectacle des réactions d’émerveillement et de stupéfaction de la part du public. Tout le reste n’est que prétexte à la création.
 
 
Ph.: Cavalia

Commentaires

J'ai vu ce spectacle, il est absolument fascinant. Le public était surchauffé, c'était une soirée parfaite ! Félicitations aux artistes.

Écrit par : Jules | 29/05/2014

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