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27/05/2014

Maigres souvenirs d’une perle condruzienne

La Libre, Momento, Vie de château, BassinesBassines a disparu voici trente ans dans l’indifférence générale. C’était un domaine historique des Booton, puis des Rossius de Liboy et, enfin, des barons van den Steen.

Philippe Farcy


LE SITE DE BASSINES, posé presque sur le sommet d’une pente, est minuscule et il est d’une cohérence stylistique parfaite. C’est un hameau cul-de-sac dont la fin se trouve sur le domaine castral. Nous sommes dans le sud-est du Condroz liégeois, à une encablure d’un terrain de golf très sportif, avec en point de mire Marche-en-Famenne et Durbuy. Tout le village est en pierre calcaire et remonte aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Le site de l’ancien château, dont il ne reste qu’une partie des dépendances, et la ferme qui le précède sont remarquables.
 
Du point de vue historique, on sait que la seigneurie de Bassines appartint à une famille de ce nom au XIVe siècle. Le domaine était alors lié par cousinage avec Warfusée, Jemeppe et Vervoz. En 1381, le fief passa à Gérard de Fanchon ou Fanson, sans doute par vente. Par mariage, Jean le Pottier, mayeur de Huy, releva le fief en 1437. Son fils Jacquemin en hérita en 1478 et, à la mort de ce dernier, la seigneurie fut divisée. Les Poilhon en eurent la moitié et cette part aboutit à Ottard de Brialmont, sire d’Atrin et de Fraiture, en 1560. La famille Collem, à travers Jacques, sire de Betho (Tongres), par son mariage, hérita l’autre part de sa mère, née le Pottier. Les droits juridiques des Pottier passèrent aux le Carpentier, sires de Lisogne et de Loyers. Leur moitié passa ensuite aux Marchin par les femmes et aboutit chez les Botton. Charles-Lambert Botton abandonna Bassines le 22 mars 1689 à l’abbaye de Saint-Hubert, en Ardenne, en échange de biens à Neuville.
 
 
De 1689 à 1736, seule l’abbaye opéra les reliefs de propriété sur Bassines. Le 26 janvier 1736, l’abbé de Saint-Hubert renonça à Bassines en faveur de Charles-François de Rossius de Liboy (1667-1736), tréfoncier de Saint-Lambert à Liège, sire de Jemeppe, Roy, Chavagne, Bouillon (Havelange), Croix puis Tahier et Bossu (les deux derniers par sa mère née Steel). Charles-François de Rossius fut un des bourgmestres de Liège et le dernier de sa richissime branche. Il eut Bassines un mois à peine, de janvier à février. En 1743, son neveu Thomas de Rossius (branche d’Humain) vendit Bassines à son cousin Charles-Ignace Thonnart (1691-1762), prélocuteur de la cathédrale de Liège. Sa fille Marie-Thérèse, dame de Bassines, épousa le chevalier de Grady d’Ordenge. En 1787, Madame donna Bossu, Maffe, Busin et ceci à un neveu de son mari, Albert-Joseph de Grady de Croenendael (1760-1840), tréfoncier de Saint-Lambert à Liège. Sa haute fonction ecclésiale ne l’empêcha pas d’être seigneur de Rosmer, Zutendael et Waldwiller en plus du reste. Croenendael est une perle liégeoise dans le Limbourg, près de Bilzen.
 
Quant à Bassines, il est probable que le bien fut vendu par Albert-Joseph en 1801, en faveur de Hubert de Grumsel d’Emael (1752-1806).
 
Ensuite, par mariage, Bassines aboutit au baron Amand-Charles van den Steen de Jehay (1781-1846) qui avait épousé Charlotte de Grumsel (1788-1855). Leur descendance possédait encore le château il y a quarante ans. On sait que la branche comtale des Steen possédait Jehay et Losange.
 
 
Le château de Bassines a malheureusement disparu en 1984, pour des questions de manque d’entretien et sans doute de moyens financiers. Cette perte est bien regrettable pour le patrimoine du Condroz. D’autant qu’outre le château, on trouva bon de détruire une aile pour les voitures à cheval et en ce compris une haute tour porche dont le deuxième niveau était orné d’une magnifique pierre armoriée.
 
Cet accès permettait d’entrer au château à travers la cour de la ferme, ce qui était une mesure de protection supplémentaire et d’ailleurs courante. L’accès latéral était maintenu toutefois.
 
On se contentera donc des dépendances restantes, qui ne manquent pas de caractère. Il faut d’abord traverser deux piliers baroques en pierre bleue et, de là, on découvre la longue aile composée de nos jours de deux résidences. Le grand porche jadis carrossable est désormais intégré dans la demeure et peut servir de salle à manger. De là, on profite d’une vue intéressante vers le parc bien arboré encore et vers les bois qui regardent vers le Nord-Est. Cette bâtisse est datée de 1776.
 
La ferme du château est elle aussi d’une grande qualité et très harmonieuse, même si les auteurs du patrimoine monumental ne la situent que dans le XIXe siècle pour l’essentiel. Nous ne sommes pas de cet avis et pensons qu’elle est en grande partie de l’Ancien Régime. Le portail est toutefois daté de 1816, alors que le logis est daté de 1913, comme l’est une partie des étables. Ce sont là des transformations ou des restaurations signalées par une date.
 
 
La partie adossée à la ferme était un donjon, c’est toujours comme cela que nous l’avons entendu appellée, le porche étant juste la partie restante de Bassines. La propriété est restée jusqu’en 1996 aux descendants des van den Steen”, selon la propriétaire actuelle. Il convient par ailleurs de lire la page du Web (www.dossier-bassines.nl) pour découvrir que le château servit d’école à partir de 1939 et pendant la Seconde Guerre mondiale, et que là-bas vécut le professeur Eugène Cougnet (1862-1943-44), directeur du site, qui sauva la vie de plusieurs dizaines d’enfants de confession juive, belges, autrichiens et néerlandais. Propriété privée. On ne visite pas.
Des photos du château sont visibles sur le site www.delcampe.net.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

Commentaires

J'ai été abrité au château de Bassines de 1940 à 1943 et lorsque j'ai vu qu'il y avait un wikipedia sur Bassines, je n'ai pu m'empêcher de mettre mon grain de sel et d'y mettre un lien sur votre site que j'ai découvert à cette occasion. Au cas où cela ne vous plait pas, je pourrais le supprimer.
Amicalement
R. Arouete

Écrit par : Arouete Robert | 16/01/2015

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