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02/06/2014

L’Ardoisière où tout est vin

La Libre, Momento, Vie de château, ardoisière, Jodoigne“Vin et jamais vain”, telle pourrait être la devise des propriétaires de cet endroit très sympathique au nord de Jodoigne.

Philippe Farcy


DEPUIS SEPTEMBRE 2009, la région de Jodoigne profite d’un lieu de prestige de plus dans le seul univers castral. Le sommet est bien sûr celui de Souveraine, puis il y a ceux du centre-ville dont la maison communale. L’Ardoisière est un peu à l’écart, sur la route de Tirlemont, mais toujours dans la zone citadine, un peu comme si on était à Uccle.
 
 
Si tout est bleu par ici, et encore plus depuis dimanche passé, on voudrait que l’eau du ruisseau de la Gèthe soit plus abondante et transparente. Le château, de blanc vêtu, est en effet posté sur la rive gauche d’un courant d’eau qui jadis actionna les roues d’un moulin à farine (superbe bâtiment des années 1872-1873, exploité par les meuniers Petit et Louis; il sera détruit dans l’entre-deux-guerres).
 
Un moulin était parfaitement viable car le domaine est placé au creux d’une vallée assez profonde.
Le peu de rouge qui s’illustre dans la zone dort dans les flacons des maîtres de maison, les Vossen, exploitants vinicoles dans le Bordelais où ils possèdent un autre château de fort belle allure et plus ancien qu’ici. Baudouin Havaux en a fait mention très récemment dans les pages de “La Libre”. Les Vossen sont originaires du Limbourg et travaillent en famille sur les deux pays de France et de Belgique.
 
 
L’Ardoisière, on l’aura compris est un nom qui tient à une certaine industrie. Le château date de 1835 et est donc apparu lors de l’explosion industrielle née déjà sous le régime hollandais. Tout a été dit sur le domaine qui nous occupe par les Verdickt et Van den Driessche, en 1994, dans un volume qui est le troisième d’une suite reprise sous le vocable de “Jodoigne-Passé-Présent”.
 
Les carrières locales permirent il y a de nombreux siècles d’exploiter le quartzite et le phyllade. Les restes du château fort de Jodoigne posent encore sur ces bancs.
 
En 1619, un octroi fut délivré pour exploiter le schiste. À partir de 1715, le sieur Vleminckx utilisa une douzaine d’ouvriers et un maître ardoisier pour entamer des recherches d’un filon. Cela ne dura point. En 1755, un autre personnage, Jean-François Lamquet, vint de Louvain, pour les mêmes raisons. On travailla sur le site jusque 1780. Les Crèvecoeurs, originaires d’Andenne, arrivèrent ensuite du fait de l’extension de leurs activités. Ils achetaient tout ce qui tournait à l’eau dans la région. La famille Goes (qui donna des notaires et un mayeur à Jodoigne) vint s’installer dans la suite grâce à des liens familiaux étroits avec certains Crèvecoeur, et dans le prolongement de difficiles tractations d’héritage qui débutèrent en 1795. Jusqu’en 1871, cette famille y entretint le moulin. En 1871, le domaine prit son nom actuel de manière plus officielle, sur un acte notarié. Ce fut lors de l’achat de ce lieu par le notaire Zénon-Lambert Charlot (1824-1884), neveu de Ph.-G. Goes. Les Charlot, qui donneront eux aussi un bourg-maître à Jodoigne, gardèrent le site jusque dans les années 1950, quand il est vendu aux Declef.
 
Depuis 1895 toutefois, il fut loué, d’abord à des Wouters de Bouchout puis à des cousins des Charlot, les Vanden Dooren, carriers à Arquennes. Vinrent ensuite le sulfureux docteur Limet, dont l’épouse d’origine allemande était proche des barons von Richtaufen et des princes de Bade. Les Limet firent de la prison après 1918 pour avoir été trop proches de l’occupant. Puis ce fut le tour du docteur Dutilleux. À partir de 1922, le château fut loué à l’“Œuvre de Secours des Enfants russes en Belgique”. Au milieu des années 1960 (1953 sauf erreur), une nouvelle vente se fit et cette fois en faveur de la Province de Brabant qui va annexer ceci à l’établissement scolaire du CEPES. Le château est accompagné de dépendances jointives. La maison est limitée à sept travées et monte sur deux niveaux sous une toiture mansardée. Une tour à cinq pans vient donner un air de château à cette belle demeure de plaisance bourgeoise que les Vossen ont très récemment restaurée et magnifiée.
 
Le château comme les dépendances sont à louer pour des réunions ou des fêtes. Visites souhaitées évidemment.
 
Château de l’Ardoisière, 89 chaussée de Tirlemont, Jodoigne. Infos : 0475. 763. 682. www.chateaudelardoisiere.com.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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