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02/06/2014

L’ultra HD : pour qui ?

La Libre, Momento, Derrière l'écran, ultra HD, 4K, télévision, téléviseurEn Belgique, le marché des téléviseurs écrans plats est saturé. Pour lui donner un nouvel élan, les fabricants tentent donc de développer (et d’imposer) de nouvelles technologies. Cette fois, ils lancent la 4K, à l’image de ce qu’ils ont fait en 2010 avec la 3D. En vain…

Aurélie Moreau


ÉCRANS PLATS LCD, HD Ready, Full HD, 3D, voici qu’arrive à présent l’ultra haute définition ! Soit l’UHD – de son petit nom –, ou la 4K (*). Depuis des mois, les constructeurs d’électronique annoncent en effet l’avènement des téléviseurs UHD destinés aux salons des particuliers. Sony, Samsung, LG et les autres multiplient les communiqués de presse et les actions promotionnelles.
 
De nombreuses salles de cinéma sont déjà équipées. Le Japon tourne également en 4K et Sony mettra son matériel à disposition pour capter trois matches de la Coupe du monde de football. Plus récemment, Red (le célèbre fabricant de caméras 4K) a présenté son boîtier de VOD 4K, le Redray. Samsung s’est associé à Paramount pour vendre “Star Trek”, “World War Z” et “Forrest Gump” en 4K. Amazon a conclu des accords avec des majors, dont la Warner et la 20th Century Fox, pour promouvoir la nouvelle technologie via son service Instant Video. Enfin, LG s’est associé à Netflix qui, lors du salon CES 2014 à Los Angeles, a fait sensation en présentant plusieurs séries en ultra HD.
 
 
L’enjeu, pour les fabricants  ? Remplacer l’actuelle haute définition (HD) et relancer un marché, dont la santé se dégrade depuis trois ans. Pari que les constructeurs avaient tenté de relever avec la 3D en 2010, en vain… “Les téléviseurs 3D ont été un véritable feu de paille”, indique Cécile Gonfroid, directrice générale des technologies et exploitation à la RTBF.
 
En Belgique, 92  % des foyers ont en effet remplacé le bon vieux tube cathodique par un écran plat, selon l’institut d’études de marché GFK. Même constat en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas où 90 à 95  % des logis sont à présent équipés.
 
Le marché belge est saturé, indique Jürgen De Mesmaecker, consultant chez GFK. Depuis 2011, les chiffres de ventes ne cessent de diminuer”. 1 100 000 téléviseurs vendus en 2011, 960 000 en 2012, 800 000 en 2013… L’institut prévoit à peine 680 000 ventes pour 2014. “La limite en deçà de laquelle le secteur ne peut pas descendre est de 600 000 à 650 000 téléviseurs par an. Or, si la tendance ne s’inverse pas, c’est exactement ce que nous prévoyons pour 2015”, poursuit le consultant.
 
Que les constructeurs tentent de percer le marché grand public, cette année, n’est pas anodin. Comme en 2010 avec la 3D, il est question de profiter des effets positifs de la Coupe du monde de football. “ Le sport entraîne un fort taux de renouvellement des écrans, indique Kris Hellebuyck, chef du produit TV chez Samsung. Les chiffres l’ont déjà prouvé plusieurs fois. Normalement, en télé, la majorité du chiffre d’affaires se réalise dans la deuxième moitié de l’année. Les mois clés sont janvier, juillet et décembre, mais cette année, on s’attend à une augmentation de 20 % en mai et en juin ”. Objectif pour le constructeur coréen  ? Équiper 70 % des foyers d’un écran 4K d’ici cinq ans.
 
Des prévisions à confirmer. En raison de leur prix – prohibitif –, à peine 1000 téléviseurs UHD ont été vendus l’année dernière en Belgique. Pour l’année 2014, Samsung prévoit toutefois une hausse des ventes, tout comme GFK qui table sur une prévision de 35 000 téléviseurs.
 
Cette prévision a été réalisée au début de l’année”, admet Jürgen De Mesmaecker, consultant chez GFK. “C’est une prévision très optimiste. Si on parvient à vendre 30 000 unités, je crois qu’on peut s’estimer heureux. D’autant que, pour l’instant, seuls 2000 téléviseurs 4K ont été vendus en Belgique en 2014 et que nous n’avons toujours pas observé d’effets particuliers de la Coupe du monde sur les chiffres de vente. Car si le marché a effectivement prévu que le foot permette d’augmenter les ventes de 20 à 25 %, il a également été prévu que ces ventes chutent de 30, voire 40 % les mois suivants.
 
Au premier trimestre 2014, le secteur de l’électronique de consommation (dont fait partie la télévision) n’est toujours pas parvenu à redresser la tendance négative. Son chiffre d’affaires baisse à nouveau de 13,4 % par rapport à 2013. Or le marché des écrans plats, qui connaît un recul de 15 %, représente plus de 50 % des ventes du secteur.
 
(*) Le terme 4K fait référence à la largeur de l’image  : 4 096 pixels dans la norme initiale. L’image est en 16/9 comme pour la Full HD mais double la hauteur et la largeur, ce qui en fait une image quatre fois plus grande (3 840 × 2 160 pixels vs 1 920 × 1 080 en full HD).
 
 
RTBF et RTL : pas prêts avant au moins cinq ans
 
OUTRE LE MANQUE DE CONTENUS et les problèmes de stockage et de distribution, demeure un autre point d’interrogation : la diffusion télévisée. “Autant en 2010, on a senti que la 3D était un feu de paille; autant cette fois, on sent une pression de plus en plus forte exercée par les fabricants”, indique Cécile Gonfroid, directrice générale des technologies et exploitation à la RTBF.
 
À l’heure actuelle, personne n’est capable de diffuser des contenus en 4K, en Belgique. À la RTBF, on a une plateforme de diffusion haute définition (HD) mais une partie de notre production se fait encore en définition standard (SD) que l’on gonfle ensuite en HD. Si tout va bien, en 2015, on pourra laisser tomber la SD et passer en HD complète. Dans le cadre de ce qu’on appelle le ‘projet Reyers 2020’ à la RTBF, on pourrait construire un nouveau bâtiment avec la VRT qui serait pensé pour accueillir la 4K. Mais pas avant.”
 
 
Un intérêt limité. Chez RTL Belgique, le directeur technique et informatique, Thierry Piette, adopte le même discours. À quelques nuances près. “Quand RTL a déménagé en 2007, c’était prévu d’accueillir la full HD, mais si on doit passer à la 4K, on doit passer le bulldozer et tout recommencer, proteste le directeur. Le passage à la 4K ne se justifie pas autant que celui de la SD à la HD”, poursuit-il. “D’autant que, selon plusieurs études, il faudrait des écrans 75 pouces pour percevoir la différence. Ces études sont contestées par le lobby des fabricants mais le fait est que la vision humaine est limitée et ne perçoit pas la différence en deçà d’un écran 75 pouces. Attention, je ne dis pas que la 4K n’est pas utile mais dans notre domaine, celui de l’audiovisuel, elle est beaucoup moins utile que la HD l’a été par le passé. Il y aura probablement un marché un jour, mais pas avant au moins cinq ans.
 
 
Une technologie onéreuse. Le passage de la définition standard (SD) à la haute définition (HD) a coûté des millions d’euros à la RTBF et à RTL. Non seulement, “il n’y a pas les budgets pour passer à la 4K”, indique Cécile Gonfroid, “mais il n’y pas non plus de volonté”. Toutefois, et à juste titre, la directrice générale s’interroge : sera-t-elle contrainte d’adopter la 4K ? “Le problème qui va se poser sera le même qu’avec la HD, il y a dix ans. Pourquoi sommes nous passés à la HD ? Parce que le matériel était prêt. Parce que les caméras pour filmer en HD existaient. Parce que leur prix a été aligné sur les prix des caméras SD. Parce que, petit à petit, les caméras SD ont disparu du marché. Par conséquent, quand nous avons voulu renouveler nos caméras, il n’y avait plus de caméras SD. On a été obligé d’acheter des caméras HD. En plus, tous les contenus qu’on a commencé à recevoir (séries, films, coproductions, etc.) étaient en HD. De plus en plus de problèmes de compatibilité de formats et d’échanges se sont posés. Or je vois qu’avec la 4K, tout le matériel broadcast est prêt… Donc les contenus vont arriver.
 
 
Quid de l’environnement  ? Pour produire en 4K, les décors doivent être adaptés. La netteté de l’image est telle que l’ensemble de l’outil de production doit être modifié. “Plateaux télé, studios, décors des émissions et magazines, etc. On parle de dizaines de millions d’euros”, s’exclame le directeur technique et informatique chez RTL Belgique, Thierry Piette. Les stades de football, par exemple, devront doubler leur éclairage.
 
D’autant que l’expérience immersive que vantent les fabricants de téléviseurs 4K ne se limite pas à la résolution d’une image. Pour avoir l’impression “d’être” dans l’image (dans une scène, dans un décor) ou de participer à l’action, deux sens sont sollicités : la vue et l’ouïe. “Nous, on produit toujours en stéréo”, indique la RTBF. “Or pour faire du full HD ou de l’ultra HD, il faut produire en 5.1 Dolby. C’est donc une prise de son différente. Même si le son coûte moins cher, il y a plus de micros, plus de traitement de pistes sons, etc.”
 
 
Ph.: Rainer Jensen/DPA/Reporters

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