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07/06/2014

Souvenir d’un mémoire

La Libre, Momento, Autoportrait, football, Coupe du monde, Rodrigo Beenkens, commentateur, téléRodrigo Beenkens est l’un des journalistes sportifs du paysage médiatique belge francophone. À la lueur de son parcours professionnel, ses deux sports de prédilection sont le cyclisme et le football. Et pour preuve, il a couvert sept fois la Coupe du monde de football (cinq commentaires sur place et deux en studio) et a commenté 22 fois le Tour de France. Envoyé spécial au Brésil pour le Mondial 2014, il commentera cette année encore certains matches des Diables.


RODRIGO BEENKENS EN 6 DATES

9 septembre 1963 : ma naissance. Et, incroyable mais vrai, c’est aussi la date de naissance de mon fils, de mon père et de mon grand-père.
 
11 juillet 1959 : le mariage de mes parents. Je suis un bébé de l’exposition universelle de 1958, né d’une mère portugaise et d’un père bruxellois d’origine limbourgeoise.
 
25 avril 1974 : le début de la révolution des Œillets au Portugal (qui a renversé la dictature salazariste). Mais c’est surtout une date symbolique. C’est le jour de la Saint-Marc. Mon père s’appelle Marc et habitait au 25, avenue d’avril, à Woluwe-Saint-Lambert.
 
8 février 1992 : mon mariage. Il était prévu que je me marie en novembre, mais avec le décès inopiné de ma maman, nous avons repoussé la date. Je me souviens qu’il a fait dégueulasse tous les jours du mois de février, sauf ce jour-là, où il y avait un grand soleil. Comme si ma maman était avec moi.
 
31 octobre 1989 : le jour où “j’ai pris perpet’ à la RTBF”. Je venais de finir mon service militaire. Et on a fêté la fin de carrière de Théo Mathy toute la soirée. Le lendemain matin, je signais mon contrat. Et l’année d’après, je présentais ma première Coupe du monde et mon premier Tour de France.
 
13 juillet 2014 : la finale du Mondial 2014. Ce sera la première fois que je commenterai une Coupe du monde du début à la fin avec la présence des Diables.
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
Le mois qui a précédé mon entrée à la RTBF a vraiment été riche en émotions. J’étais étudiant et j’analysais, dans le cadre de mon mémoire de fin d’études, le discours de Luc Varenne. Il était le premier vrai commentateur sportif de l’Histoire. C’est une référence dans le domaine. Je peux vraiment dire qu’il est ce qu’on fait de mieux dans le métier de journaliste sportif. Durant l’année académique 1987-1988, je décortiquais donc toutes les bandes-son des années cinquante. Mais pour ce travail, j’ai surtout eu l’occasion de rencontrer Luc Varenne plusieurs fois. En plus d’une rencontre humaine, cela m’a permis de comprendre l’histoire et le fonctionnement de la radio et de la télévision. Avec cette rencontre, j’ai acquis un bagage extraordinairement intéressant qui m’a servi à mes débuts à la RTBF et qui me sert encore aujourd’hui. En le rencontrant, je rencontrais celui qui faisait ce que je rêvais de faire. Et après cela, mon rêve est devenu réalité !
 
 
UNE PHRASE
 
“Yesterday is history, tomorrow is a mystery, today is a gift of God, which is why we call it the present.”
Deepak Chopra, endocrinologue américain
Cette phrase est pleine de vérité : il faut avancer. Le passé, c’est le passé. Je l’ai lue dans “Le livre des coïncidences” de ce médecin américain d’origine indienne. C’est un livre qui m’a beaucoup troublé.
Le destin nous envoie des signes qu’il faut écouter. Le chiffre 9, par exemple, a beaucoup d’importance pour moi.
 
 
TROIS MATCHES
 
RWDM - Ostende (1975)
À l’époque, je n’avais que 11 ans. Dans mon école, j’étais considéré comme atypique dans mes goûts footballistiques car je supportais le RWDM (Racing White Daring de Molenbeek). Mes amis supportaient soit le Standard, soit Anderlecht. Je suis allé voir les 19 matches à domicile du RWDM avec mon oncle. Jusqu’au jour où ils ont joué contre Ostende et ont gagné le titre. C’était la fête sur le terrain. Ils étaient champions ! Et c’est la première fois que j’ai mis les pieds sur un vrai terrain de football. Après, bizarrement, certains de mes camarades étaient pour le RWDM… Mais ils n’ont plus jamais gagné ! (rires)
 
 
Pays-Bas - Belgique (1986)
Lorsqu’on parle de la Coupe du monde de 1986 au Mexique, on retient que les Diables se sont qualifiés, mais on oublie bien souvent comment. Le match retour contre les Pays-Bas avait lieu à Rotterdam. J’ai été le voir chez un ami. C’était 2-0 à quelques minutes de la fin du match. On n’était donc pas qualifiés. Sauf qu’à six minutes du coup de sifflet, Éric Gerets a fait un centre à Georges Grün qui a marqué de la tête. J’ai sauté de bonheur dans ce salon, à tel point que j’ai bousillé le lustre du père de mon ami. Depuis, la Belgique n’a plus été qualifiée. Et le père de mon ami me charrie souvent en me proposant de venir casser son lustre.
 
 
Belgique - Algérie (2014)
Ce sera, lors du Mondial, un match capital pour les Diables rouges. L’enjeu est énorme. Il va falloir assurer et assumer. Et ce sera aussi mon premier commentaire de match des Diables dans une phase finale de la Coupe du monde. Or, depuis que Marc Wilmots est entraîneur de l’équipe nationale, aucun des matches que j’ai commentés n’a été une défaite, ni même match nul… C’est de bon augure, donc…
 
 
TROIS PAYS GAGNANTS
 
Il est bien plus compliqué qu’on ne le pense de définir un trio gagnant. Tout dépendra des adversaires face auxquels seront les équipes… Malgré tout, si je devais vraiment en citer trois…
 
Le Brésil
Le pays doit exorciser le traumatisme de sa défaite contre l’Uruguay à la Coupe du monde de 1950.
 
 
Une équipe sud-américaine
Pour ne pas trop me mouiller, je dirais que les finalistes perdants seront des Sud-Américains. Une équipe comme l’Argentine, par exemple. Ou comme l’Uruguay ou le Chili qui pourraient créer la surprise.
 
 
Une équipe européenne
Après les quatre favoris (Brésil, Espagne, Argentine et Allemagne), les équipes se tiennent franchement de très près et ont toutes leurs chances. Je citerais donc, pour clore ce trio gagnant, l’Espagne ou l’Allemagne, ou… la Belgique, après tout ! (rires).
 
 
TROIS REFLEXIONS
 
Je réfléchis beaucoup à mon métier, à ce qu’il est, à ce qu’il devient.
 
 
L’équilibre entre l’émotion et la raison
Nous vivons dans une époque matérialiste. Et il y a des réalités qu’on ne peut pas nier, comme la réussite à tout prix (qui engendre parfois la fraude, la triche, etc. Dans le sport ou ailleurs). Dans ce contexte-là, je trouve nécessaire de mener chaque jour une vraie réflexion autour de mon métier. Commenter un match, c’est 90 % d’improvisation. Il y a donc un risque permanent de dérapage. Mais malgré cela, il faut trouver un équilibre pour satisfaire le désir d’émotion du spectateur et son exigence de vérité et de sincérité. J’essaye donc de tendre constamment vers un idéal composé de quatre éléments : le discernement, l’esprit, le cœur et l’humour. Reste à essayer de l’atteindre avec toute la créativité possible.
 
 
L’équilibre entre le corps et l’esprit
Cela peut paraître bateau, mais la santé, c’est essentiel. Nous vivons dans une époque surmédicalisée qui crée le besoin chez chaque individu d’absorber des médicaments. Je suis admiratif envers les gens qui trouvent une solution autrement, comme les ostéopathes ou les acupuncteurs. Le staff médical de l’équipe nationale belge, par exemple, est extrêmement performant. C’est l’un des meilleurs au monde. Or, ce staff parvient à établir le juste équilibre entre le corps et l’esprit. C’est ça, la clé ! Dans mon métier aussi, il faut être performant. Mine de rien, cela va être du sport de suivre les matches au Brésil. Il faut être en forme pour se déplacer d’un stade à l’autre, pour prendre l’avion tous les deux jours, etc.
 
 
Le sens de la formule
Être commentateur sportif, c’est du direct. Quand je commente un match, je n’ai pas vraiment de recul sur ce que je dis. Et pourtant, je suis un amoureux transi de la langue française. Je suis extrêmement admiratif du sens de la formule et de la repartie. Comme on ne peut pas anticiper un match, il est difficile de placer de magnifiques formules dans un commentaire sportif. Mais j’y suis attentif. J’aimerais parvenir à dire des phrases aussi belles que Churchill ou Clemenceau qui a par exemple déclaré : “Il y a des femmes tellement infidèles qu’elles éprouvent de la joie à tromper leurs amants avec leur mari.” Alors, à défaut de déclamer ces paroles en direct, je les écris sur Twitter…
 
 
UNE DATE
 
11 septembre 2001
Cela peut paraître cliché, mais cette date m’a énormément marqué. Quelques années plus tôt, en juin 1994, je commentais le match Italie-Irlande de la Coupe du monde aux États-Unis. J’y avais emmené ma femme qui était enceinte de six mois de mon premier enfant. Nous sommes montés dans les tours jumelles. Le 11 septembre 2001, au-delà du choc visuel et du drame, j’étais terriblement bouleversé d’y avoir été dans ces conditions. Symboliquement, on se rend compte que tout peut s’écrouler en une demi-seconde. Et on se dit : “Sapristi, j’y étais !”
 
 
SES PRONOSTICS POUR LES DIABLES
 
Quelles sont les chances des Diables au Mondial 2014 ? Rodrigo Beenkens répond en rigolant : “On a autant de chances de voir la Belgique en finale que d’avoir la N-VA et le PS au gouvernement.” Et plus franchement : “Les Diables devraient arriver en huitième de finale. Ensuite, tout dépendra contre qui ils joueront. Si c’est contre l’Allemagne, ce sera compliqué. Si c’est contre le Ghana ou le Portugal, on a nos chances.
 
 
Ph.: Philippe Crochet / PhotoNews

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