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08/06/2014

Les diables du jardin

La Libre, Momento, Dehors, jardin, plantes, noir, jaune, rougeLe foot est partout. Jusque dans notre petit Éden jardinier. Ce n’est pas un hasard. C’est le fil rouge de ce numéro. Aux diables, la parole.
 
Aux couleurs nationales: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


Un curieux cocktail
 
Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des codes et des tabous. Elles sont affaire de goût, paraît-il. Quand il fut question de ces pages, que faire : rire jaune ou voir rouge ? L’idée d’imaginer un jour juxtaposer les couleurs du drapeau belge et des Diables de notre équipe nationale dans nos carrés de verdure pouvait sembler audacieuse voire improbable. L’effet choc garanti. Heureusement, les couleurs sont fantasques, particulièrement au jardin, et ne se laissent pas facilement enfermer dans des catégories. Ce serait oublier que la nature a plus d’un tour dans son sac et que les nuances dont elle dispose sont infinies.
Dans la pensée collective, le noir est triste mais élégant. Il a l’avantage d’aller avec tout. Le jaune est éclatant; c’est l’or, le soleil et la lumière. Le rouge, quant à lui, flamboie, brûle, étincelle. Il nous ramène au diable, objet de nos préoccupations. En effet, diable, feux, flammes et parfois dragons peuplent insidieusement notre monde jardinier, havre de paix et de sérénité par ailleurs. Tapi le plus souvent derrière des appellations pour le moins imaginatives, cet univers fuligineux et rougeoyant se retrouve aussi dans les teintes que prennent les écorces, les fleurs et les feuillages.
 
Noir, ce n’est pas noir
 
Tant pis pour la chanson. Vu les circonstances, mieux vaut espérer chanter avec Queen “We are the Champions”. C’est vrai, elle n’est pas aussi noire qu’on veut bien le dire, cette couleur. Surtout dans nos parterres. Elle habille “les branchés”. Quoi de plus naturel alors que de l’utiliser au jardin ? À l’arbitre de trancher.
Les fleurs et les feuillages de ce ton sont appréciés pour leur aspect inhabituel. Ils sont chaque année plus nombreux dans l’offre faite aux jardiniers. Constitué de rouges et de bleus fortement concentrés, le noir a pour caractéristique d’absorber la lumière. Il faut donc l’utiliser avec parcimonie pour ne pas ternir le jardin. Il a aussi la particularité de capter la chaleur plutôt que de la réfléchir comme le blanc. Les fleurs qui le portent peuvent avoir tendance à brûler au soleil. Invisibles de loin, elles ne se dévoilent au regard que lorsque l’on s’en approche. Ce qui implique de les positionner avec subtilité. Les feuillages l’arborant sont, eux, plus simples d’emploi. Ils conservent suffisamment de chlorophylle pour pouvoir prospérer au soleil sans craindre les brûlures. Lumineux dans la lumière printanière, ils deviennent plus mats en cours de végétation. À associer avec de l’argent, du rose ou du cuivre qui réveillent l’ensemble. Par petites touches, ils donnent une indéniable élégance aux compositions.
 
Diable, diable…
 
Le Malus ‘Diable rouge’ est un hybride de Malus transitoria aux feuilles découpées de forme similaire, mais le feuillage est vert nuancé de pourpre en début de printemps. Fleurs rose-rouge en boutons, rose frais une fois épanouies. La floraison est suivie d’une multitude de petits fruits rouges en automne. Il convient à tous les types de sol et demande une exposition lumineuse. C’est un petit arbre au port étalé. Une très belle création de Jean-Pierre Hennebelle, fondateur de la pépinière “La ferme fleurie” à Boubers-sur-Canche en France (www.hennebelle.com).
Le Physocarpus opulifolius ‘Diable d’or’ est un cultivar récent qui se distingue par un magnifique feuillage cuivré au débourrage puis pourpre très sombre. La floraison estivale est blanche. Il est conseillé de tailler sévèrement cet arbuste en fin d’été pour que les jeunes pousses gardent leurs teintes cuivrées. Ils se plaisent dans la majorité des sols et sont très rustiques. Leurs fleurs sont suivies d’une fructification. Il existe une variété à feuillage doré, ‘Dart’s Gold’, et une autre nouveauté encore créée à l’occasion du jubilé de la Reine Elisabeth, Physocarpus ‘Amber Jubilee’, qui est une vraie splendeur.
La laitue rouge ‘Oreilles du diable’ est une romaine d’été et d’automne en forme d’oreilles pointues que l’on coupe au fur et à mesure des besoins. Le semis se fait en place de mars à août pour une récolte 4 à 5 semaines plus tard.
Le rosier ‘Robert le Diable’ est un rosier gallique non remontant. Ses fleurs sont doubles et odorantes. La couleur varie du pourpre au rouge, en passant par le lie de vin. Placé à l’ombre légère, les fleurs sont encore plus belles.
Pour en finir avec ces diableries, il vous reste à adopter le dahlia boule ‘Diable rouge’, le Croscosmia ‘Orange Devil’ ou le Crocosmia ‘Lucifer’. À vos fourches.
 
Le jour et la nuit
 
Faire ressortir le noir en le mariant à du jaune produit un contraste éclatant. C’est le cas des oppositions très accusées. Le jaune doux est la couleur qui met le mieux en valeur les fleurs de ce coloris foncé. Sa clarté intensifie les teintes sombres. L’un fait ressortir l’autre. Ensemble, ils tonifient un coin de terrasse ou de jardin. À condition d’en user modérément. En abuser rendrait l’ensemble illisible comme une vitrine trop chargée.
Un sedum à feuilles panachées vertes et jaunes (Sedum spectabile ‘Variegatum’) ou une camomille dorée (Chrysanthemum parthenium ‘Aureum’) avec des tulipes noires (Tulipa ‘Queen of the night’ indétrônable dans le genre) ou des pensées ‘Molly Sanderson’ ou encore des ancolies ‘Black Barlow’ font une scène merveilleuse pour peu que vous les disposiez près d’une allée ou d’un passage. Dans le lointain, elles ne se remarquent pas et se perçoivent comme un “trou noir”. Les dahlias noirs prennent le relais en été avec ‘Arabian Night’, ‘Aramis’, ‘Black Diamond’. Ils sont aussi beaux au jardin qu’en bouquet.
Ce noir subtil et versatile se colore souvent de pourpre. Très à la mode chez les Anglo-Saxons qui l’utilisent en masse et en compagnie de rouges soutenus. Il est considéré comme un faire-valoir, particulièrement quand on le marie à du cuivre, de l’or et de l’orange. Dans les catalogues, il arrive qu’il soit repris sous l’appellation de bronze.
 
Nappes de feux
 
Quand les rouges et les jaunes côtoient l’orange et se mélangent, la lumière jaillit avec force. Ces compositions donnent au jardin le plus mélancolique, un coup de chaud. Une multitude de fleurs et de feuillages sont à la disposition des jardiniers pour mettre le feu. Le Weigelia ‘Nain rouge’ est adapté à tous les jardins avec sa taille réduite et sa floraison étincelante. Beaucoup de feuillaisons sont, elles aussi, remarquables et prennent les tons qui nous occupent aujourd’hui. Certains buissons, arbres et arbustes déploient de jeunes feuilles vivement colorées de jaune ou de rouge. Ils restent attrayants longtemps, leurs teintes vives s’effacent un peu durant l’été puis reviennent en automne.
Les érables japonais sont d’ordinaire réputés pour leur feuillage automnal, mais plusieurs variétés sont tout aussi spectaculaires au printemps. Leur coloration varie aussi en fonction de la force et de l’incidence de la lumière qui les éclaire. Pour profiter pleinement de leur beauté, il faut les placer avec attention. Évitez-leur le soleil de midi et privilégiez les lumières latérales du matin, ou encore mieux de la fin de journée. Obliques, les rayons du soleil les rendent transparents comme les vitraux d’une église. Le spectacle peut être magique.
Les feuillages dorés se retrouvent chez de nombreux arbustes mais aussi parmi les arbres. Catalpa doré, Gleditsia triacanthos ‘Sunburst’, spirées, certains sureaux, Physocarpus et Cotinus pour ne citer que les plus célèbres. Le Sambucus racemosa ‘Plumosa Aurea’ (sureau plumeux) est attrayant dès l’apparition des bourgeons orangés, suivis du feuillage d’un beau jaune vert très lumineux. Détail important, les feuillages très jaunes au printemps deviennent verts dès la mi-juin et craignent moins alors les fortes insolations. Le Cotinus coggygria ‘Golden Spirit’ est un résumé à lui seul de toutes les variations possibles de ces tons avec ses feuilles dorées devenant rouge orangé et ses panicules pourpres. Il convient aux emplacements ensoleillés, même en sol calcaire. Les Anglais l’appellent “smoke tree”, tout à fait à sa place dans ces pages infernales.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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