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14/06/2014

L’intimité de Marie-Antoinette et sa touche belge

La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Versailles, appartements, privés, Marie-AntoinetteLa prestigieuse résidence des rois de France accueille chaque année plus de 7 millions de visiteurs. Ceux-ci peuvent allègrement – même s’ils doivent parfois jouer des coudes – profiter de trésors qui retracent 350 ans d’histoire.
Mais une partie des lieux est fermée au grand public. Lors d’une visite exceptionnelle, réalisée en compagnie d’une troupe de comédie musicale, nous avons pu découvrir certaines de ces salles très privées, comme les salons de Marie-Antoinette, sa pièce des bains ou encore son théâtre.

Reportage: Jonas Legge


LES RÈGLES SONT STRICTES, l’encadrement presque militaire, en ce lundi où le château est fermé au public. “ Si vous restez avec moi, il n’y aura pas de problème. Par contre, si vous vous égarez, ce ne sera pas la même histoire… Lors d’une telle visite, il existe des contraintes ! ” Les explications de Roland de l’Espée, président des Amis de Versailles, ont le mérite d’être claires, nous ne sommes pas ici pour fanfaronner.
 
 
Dans le corps central du château, le grand appartement de la Reine resplendit lorsqu’il peut être observé sans la horde habituelle de curieux. Mais la principale surprise vient d’une porte discrète qui mène à une série de pièces plus exiguës, sur trois étages, servant à un usage exclusivement privé et où Marie-Antoinette peut se dérober à l’agitation de la cour. Cette intimité, elle la partage avec ses dames de chambre.
 
Parmi ces lieux insolites, l’une des pièces qui a les faveurs de la Reine est sans conteste la Méridienne. C’est dans ce boudoir confiné, de forme octogonale, qu’elle préfère se retirer. Et, surtout, que personne ne vienne la déranger lorsqu’elle se repose sur son sofa ! D’ailleurs, pour assurer davantage sa tranquillité, elle demande à l’architecte Richard Mique d’apporter des modifications en créant des portes en pan coupé qui permettent aux femmes de chambre de passer de la bibliothèque à la chambre sans traverser la pièce.
 
Dans l’attente de la naissance du Dauphin, en 1781, la femme de Louis XVI fait également redécorer les lieux. Les murs et boiseries se voient apposer de nombreuses références à l’amour et au mariage (roses, cœurs percés de flèches) ainsi qu’à la maternité (dauphins). Malheureusement, aujourd’hui, la pièce a perdu de son éclat et passe même pour un simple débarras tristounet vu les travaux qui y sont opérés.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Versailles, appartements, privés, Marie-AntoinetteCette situation fait la joie de Jean-Marc Darde, menuisier et sculpteur chargé de la restauration du parquet et des boiseries de la Méridienne. “Certains panneaux de lambris sont fissurés, il manque des pièces, le parquet de chêne a beaucoup souffert. Mais c’est passionnant car chaque élément, chaque assemblage est étudié dans les manuscrits pour ne rien dénaturer et pour reconstruire selon les méthodes de l’époque. Lorsque nous restaurons des pièces, nous réalisons parfois des découvertes majeures. Par exemple, en grattant des portes, nous sommes tombés sur les monogrammes de Marie-Antoinette et Louis XVI”, se réjouit-il.
 
Dans la pièce attenante, se tient la bibliothèque de la Reine. Ici, l’élément qui marque les esprits est sans nul doute les portes décorées de fausses reliures, qui donnent une impression de cloisonnement total au milieu des étagères de livres. “Ne manquez surtout pas de jeter un coup d’œil aux tablettes à crémaillères qui permettent de déplacer les étagères. Et aux têtes d’aigle bicéphale qui figurent sur les poignées des tiroirs”, signale le trépidant Roland de l’Espée.
 
Quand le faste s’efface
 
Marie-Antoinette se répand beaucoup dans le château, dans un désir notamment de se rapprocher de ses enfants. Mais aussi à la recherche de la lumière, car certains espaces sont trop sombres à son goût. Il n’est donc pas surprenant de découvrir d’autres de ses cabinets intérieurs, au deuxième étage cette fois, dont une salle de billard.
 
Cette pièce montre combien la Reine accorde de l’importance aux artistes contemporains. Elle s’entoure d’ébénistes, de décorateurs et leur demande de marquer les salons de leur empreinte”, souligne Roland de l’Espée. L’un des résultats : les murs sont ornés de somptueuses soieries à fond satin dessinées de fleurs, de rinceaux et de médaillons.
 
Quant au mobilier, le cabinet comprend notamment des fauteuils d’époque, un très raffiné coffret à bijoux réalisé par la manufacture de Sèvres en 1770, ainsi qu’une pendule trônant sur une cheminée. “Tous les dix jours, durant deux journées, des employés font le tour des pièces pour remonter les pendules”, décrit le guide du jour.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Versailles, appartements, privés, Marie-AntoinettePour passer à la salle à manger, dont le principal intérêt est un service en porcelaine de Sèvres précieusement gardé sous vitrines, un couloir se présente. Et là, le faste s’efface, tant la magnificence se perd. Un visiteur égaré en viendrait même à se demander s’il se trouve toujours à Versailles. Et pourtant, il suffit d’entrouvrir une porte et de tomber sur une cheminée au rose et au blanc typiques du marbre de Languedoc pour retrouver ses marques. “Les appartements privés sont de petite taille et comprennent des cheminées de manière à maximiser la chaleur”, en profite pour glisser Roland de l’Espée.
 
Une petite pépite belge
 
La visite des appartements privés de Marie-Antoinette se conclut par un lieu à la touche belge tout à fait particulière : la pièce des bains. “Nous étions les premiers à organiser un événement pour la réparation de cette pièce, qui est l’une des plus belles du château”, fait remarquer fièrement Ghislain d’Ursel, vice-président des Amis européens de Versailles. “Énormément d’artistes, d’artisans, d’ingénieurs belges ont travaillé à la construction du château : la machine de Marly vient de Liège, les plus belles fontaines ont été sculptées par des Belges, des peintres flamands ont travaillé ici, et puis André Grétry a composé pour Marie-Antoinette. Versailles est donc aussi une petite pépite belge.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Versailles, appartements, privés, Marie-AntoinetteVu ces liens, la filiale européenne des Amis de Versailles est créée en 2010, afin de favoriser le mécénat et ainsi de participer au rayonnement et à la conservation du château. Cela a permis de mener à bien le projet de rafraîchissement de la pièce des bains, réalisé de main de maître par Isabelle de Borchgrave. Trouvant sa source d’inspiration dans des documents d’époque, l’artiste bruxelloise a réussi un mélange subtil d’onirisme et de témoignage historique. “Elle est parvenue à recréer, à travers trois personnages, un moment d’intimité entre Marie-Antoinette, une proche et une femme de chambre, comme la Reine a pu le vivre. Le tout, uniquement avec du papier. D’ailleurs, c’est tellement fragile et la pièce est si petite que cette salle est habituellement fermée au public, ajoute M. d’Ursel.
 
L’endroit est d’une finesse et d’une élégance rares. Une sensation que l’on doit au gris-bleu qui recouvre les murs ainsi qu’aux motifs aquatiques blancs qui voient se succéder dauphins, cygnes, branches de corail, coquillages… Dans la pièce figurent notamment un lit de repos, des accessoires de toilette, une baignoire en cuivre ou encore un miroir sans tain qui permet de voir si la Reine n’a pas fait un malaise lors du bain. Aucun document n’atteste de la manière dont la pièce se présentait et du mobilier qui y était placé. Mais l’agencement actuel offre au public une compréhension assez précise de la fonction des espaces.
 
Un accueil particulier
 
Dans le parc du château, se dresse un autre lieu que le public ne peut visiter habituellement : le petit théâtre de Marie-Antoinette. Comme beaucoup de filles de son temps, Marie-Antoinette pratique le théâtre en famille, dans la sphère privée. Mais elle désire davantage : posséder son propre lieu de représentation. Avec l’aval de Louis XVI, qui lui fournit le domaine foncier et des fonds, elle confie à l’architecte Richard Micque le soin de bâtir l’édifice dans le domaine du Petit Trianon, loin des affres de Versailles.
 
Au bout d’un treillage recouvert de plantes, se dresse une façade austère, sans caractère, qui ne laisse en rien présager qu’un tel lieu de création se présente derrière ces murs. Il faut dire, l’architecte a reçu pour mot d’ordre de minimiser les coûts.
 
Cependant, une fois l’entrée franchie, la magie opère. “La manière dont Marie-Antoinette reçoit ses convives est très surprenante”, expose Jean-Paul Gousset, directeur technique de l’Opéra de Versailles. “Elle les fait entrer dans le vestibule puis referme la grande porte et les plonge dans l’obscurité, de sorte que leurs yeux s’habituent à la pénombre. Pendant ce temps, l’orchestre joue déjà l’ouverture. C’est seulement ensuite qu’elle laisse ses hôtes accéder à l’intérieur, leurs pupilles étant suffisamment dilatées pour pouvoir apprécier le lieu. Elle se charge ensuite de les placer et, finalement, elle se rend sur scène pour jouer.” En jonglant de telle façon avec les effets de lumières et de sons, la Reine a compris l’importance de la mise en scène.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Versailles, appartements, privés, Marie-AntoinetteContrairement à l’extérieur, la salle est tape-à-l’œil : soie, velours, dorures, marbre… Le faste de la cour, en somme. Pourtant, il n’en est rien ! Sculptures en carton-pâte et panneaux peints en imitation se succèdent. Le pastiche règne !
 
Le théâtre est achevé en 1779 mais, on ne sait pas pour quelles raisons, il ne sert pas avant le 1er juin 1780. Il est inauguré en présence de Louis XVI, avec la pièce “Le Roi et le Fermier”, de Michel-Jean Sedaine. “Il ne s’agit pas d’un théâtre privé mais d’un théâtre ‘de société’, ce qui signifie que le propriétaire des lieux se produit sur scène, devant ses proches”, précise Jean-Paul Gousset. Ici, Marie-Antoinette ne joue que des pièces de la Comédie-Française qu’elle a vues précédemment. Quant à la troupe, elle se limite à quelques proches de la cour.
 
Le théâtre ne sert finalement que cinq années car, suite à l’“affaire du collier” qui éclabousse l’épouse de Louis XVI, cette dernière quitte le Trianon et retourne vivre à Versailles. Laissé à l’abandon, le théâtre est redécouvert en 1794 par les révolutionnaires, lors des grandes ventes du mobilier royal. Mais ne disposant de quasi aucun bien de valeur, le théâtre est épargné et reste en l’état. Et, malgré des modifications apportées par Napoléon Ier et Louis-Philippe, le lieu retrouve son lustre d’antan grâce aux donations des Rockefeller, à partir de 1924.
 
Vivre le stress
 
Récemment, Jean-Paul Gousset a également entrepris un long travail de remise en état de la machinerie, qu’il n’est pas peu fier de présenter. “Machiniste, tu peux appuyer l’avant-scène”, crie-t-il. Et là, la magie opère. La forêt se transforme en un intérieur rustique du XVIIIe. Et ce, grâce à un système de contrepoids. “Tous ces changements de décors se faisaient à vue, car il était bourgeoisement incorrect de plonger la salle dans le noir, puisqu’on venait au théâtre notamment pour être vu”, relate le directeur technique de l’Opéra. Ce dernier a également recréé l’un des effets spéciaux de l’époque : le bruit du tonnerre, en utilisant un chariot aux roues déformées.
 
Des techniques bien loin de celles qui seront utilisées au château de Westerlo lors de la comédie musicale dédiée à la vie de Marie-Antoinette. “Nous aurons un podium de 600 m² posé sur les douves, sur lequel 200 acteurs, figurants et chanteurs se produiront”, détaille Simon de Merode. En amenant ses comédiens à Versailles, l’initiateur du projet souhaitait qu’ils “ressentent ce qu’a vécu Marie-Antoinette. Je pense notamment au stress qui a pu la gagner quand les révolutionnaires lui couraient après. Pour bien jouer un personnage, il faut le vivre, le ressentir. Et Versailles est un endroit qui parle.
 
Mais pourquoi proposer en Flandre un spectacle sur une reine de France ? Pour Simon de Merode, les raisons sont d’abord personnelles. “Marie-Antoinette a un lien indirect avec ma famille à qui appartient le château de Westerlo, puisque Balthazar de Mérode était le grand chambellan de Marie-Thérèse d’Autriche, la mère de Marie-Antoinette. Et puis, c’est une figure importante qui permet aux gens de s’intéresser à l’histoire, pour qu’ils puissent mieux comprendre le présent, ce qu’ils vivent au quotidien.
 
 
Ph.: Sophie Peirsman et Wikipedia

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