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16/06/2014

Spy et son donjon médiéval

La Libre, Momento, Vie de château, donjon, SpyLe village de Spy conserve deux donjons. Jadis, Spy dépendait du comté de Namur mais aussi de la principauté de Liège.

Philippe Farcy


EN CE DÉBUT DE JUIN, DANS LE BEAU village de Spy, il pleuvait des larmes pour le repos de l’âme de Norbert Bastin, le propriétaire du château de Spy. C’est chez cet ancien conservateur du musée de Groesbeeck-de Croix à Namur que se trouve l’une des deux tours médiévales du village. Ce premier donjon a été englobé dans des structures castrales du XVIIe siècle; on ne le devine guère (voir www.chateauxofbelgium.be). Pour aller à l’église Saint-Amand, il fallut monter une pente et suivre des rues étroites jamais gravies par votre serviteur qui tomba en admiration alors sur cette tour-ci, deuxième du genre; elle fait partie de la ferme dite “de la Tour”. Une autre ferme en carré se trouve juste en contrebas de celle-ci.
 
Un mot tout de même pour la belle et grande église de Spy, qui est en bon état de conservation intérieur (sur le parvis, c’est moins sûr). Elle fut construite par l’architecte Adrien Delpy entre 1895 et 1899. Delpy a érigé une foule de maisons à Bruxelles dans divers styles. C’est aussi lui qui semble avoir géré le transfert de la double statue des comtes d’Egmont et de Hornes qui se trouvait sur la Grand-Place de Bruxelles, juste devant la Maison du Roi, devenue le musée de la Ville. Ces statues datées de 1864, illustres s’il en est, animent depuis 1879 le square du Petit-Sablon, juste en-dessous du palais d’Arenberg, dit aussi palais d’Egmont. L’auteur du monument était le sculpteur Charles-Auguste Fraikin (1817-1893). Or on trouve de lui, ici à Spy, deux puissantes statues en marbre figurant saint Pierre et saint Paul, placées sous le jubé de l’orgue (elles ne figurent pas dans la banque de données de l’Irpa). Peut-être est-ce là un signe d’amitié entre les deux artistes.
 
Revenons à notre donjon-porche, qui n’est plus un porche depuis très longtemps mais dont il reste les traces de cet usage. Spy était donc partagée en droits féodaux entre Liège et Namur. Le comte était seigneur hautain. Le prince-évêque détenait les droits tréfonciers, donc du sol. Peut-être ces deux donjons sont-ils les survivants de ces deux pouvoirs ? Le volume 4 des “Donjons médiévaux de Wallonie” précise en sa page 140 que, depuis au moins 1348 et jusqu’au XVIIe siècle, ce partage des droits était établi. “Bien qu’une famille du cru soit mentionnée aux alentours de 1380, on ignore toutefois ‘qui étaient’ les détenteurs du fief avant 1556, lorsque Denys d’Eve, écuyer, relève la tour du Chesnoy.”
 
Pour ce qui concerne la ferme de la Tour, on sait qu’elle fut vendue en 1712 par l’abbaye de Floreffe à Louis Conart, mayeur du village de Spy. Les auteurs du volume 4 précité sont bien obligés de constater que les sources ne sont pas claires et que l’on parle également d’une cense de Spy, dont le seigneur de Brumagne (un Salmier qui cousinait avec les d’Eve) obtint l’autorisation de vente en 1562. Mais s’agit-il de cet endroit précis ? Il est possible que, dès le XIVe siècle, le donjon fut le centre d’une exploitation agricole encore en activité d’ailleurs. Les bâtiments de la ferme ont été transformés, et du bas Moyen Âge il ne reste que le donjon. Les bâtisses jointives sont des XVIIIe et début XIXe siècles.
 
Le donjon protégeait l’entrée vers la cour de la ferme. On y trouvait une cave en hors-sol, donc au rez; elle était assez haute pour y installer une chambre. Le logis se trouvait dès lors au deuxième niveau. À l’origine, la bâtisse ne comptait que trois niveaux. On en fit quatre en relevant la partie toiture, joliment mansardée, et en abaissant le plafond du troisième niveau.
 
Plusieurs baies à croisée ou meneaux sont visibles; d’autres sont bouchées. Un escalier intra-muros existe toujours. L’emprise au sol est de 38 m². La surface habitable par niveau se réduit toutefois à 24 m². Les murs en moellons de calcaire partiellement chaînés montent sur un peu plus de dix mètres. Tout ceci se voit de la chaussée bien sûr.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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