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22/06/2014

Kreftenbroeck, une histoire de famille

la libre,momento,dehors,jardin,kreftenbroeck,rhode-saint-genèseUn jardin est rarement l’œuvre d’une seule personne. Cette vérité, Catherine du Roy de Blicquy l’expérimente chaque jour depuis qu’elle a repris l’extraordinaire jardin conçu par ses parents.
 
Visite: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


TOUT COMMENCE PAR L’ACHAT, en 1981, d’une très vieille ferme en ruine à Rhode-Saint-Genèse, près de Bruxelles. Les bâtiments sont restaurés. La cour intérieure et le terrain alentour sont aménagés et plantés. Au fil du temps, un vaste pré jouxtant le premier jardin vient s’ajouter à l’ensemble. Une petite vallée s’adosse à une colline. Une occasion rêvée pour créer deux espaces clairement différenciés, dont un grand escalier à l’italienne bordé d’une collection de conifères. Le fond de la vallée est marécageux, de là vient le nom de Kreftenbroeck, marais aux écrevisses. De petits étangs s’y succèdent aujourd’hui.
Jacques Wirtz réalise le dernier aménagement lorsqu’un vaste champ vallonné de trois hectares se libère à son tour dans le fond de la propriété. Dans cette dernière phase de travaux, une place plus importante est laissée aux arbres, avec notamment une collection de chênes.
 
Ce lieu aux atmosphères variées s’est donc construit en trois grandes étapes. Chacune apportant sa spécificité selon des thèmes bien distincts. Le visiteur chemine à travers des paysages divers, passant de l’un à l’autre sans que rien ne vienne troubler l’unité de l’ensemble, si ce n’est l’émerveillement devant les vues qui se dévoilent. Comme lorsque, arrivé aux confins du jardin, sous les totems de l’artiste Nicolas Alquin, il se retourne et découvre, charmé, le spectacle qui s’offre à lui. Ce surprenant enchaînement rend ce jardin à la fois magique et atypique. 
 
Transmission
Jardiner, c’est continuer. La réponse du jardinier au promeneur qui lui demande quand il compte en avoir fini avec son jardin l’illustre : “Jamais, j’espère.” Tous nous le savons, les cadeaux dont le jardin couvre celui qui l’entretient et le chérit sont aussi somptueux que les tâches sont rudes. La rumeur dit qu’un jardin survit rarement à son créateur; que, très vite, il reprend son indépendance. Pourtant, au décès de son père Étienne Van Campenhout, Catherine, en accord avec sa famille, décide de perpétuer l’œuvre dans laquelle il s’était investi avec tant de passion et de ténacité. Beaucoup de questions se posent alors. Succéder à pareil “connaisseur éclairé” est un honneur. Y parviendra-t-elle ? Prendre en main le destin de semblable lieu n’est pas un défi ordinaire. Comment ne pas en dénaturer l’esprit ? Quelle part d’elle-même peut-elle y mettre ? Perplexe, elle se laisse le temps de la réflexion, se contentant d’abord de préserver et conserver ce qui existe. Comme si elle attendait la réponse du principal intéressé, le jardin. Rien n’est jamais figé quand on parle de nature et de verdure.
 
Une voie s’impose peu à peu, expérimenter elle-même et choisir ce qu’elle juge le plus approprié. Tout en prenant soin de ne pas en abîmer le genius loci.
 
Catherine du Roy de Blicquy décide de le faire évoluer en introduisant de nouvelles collections (Syringa et fougères), d’appliquer aux arbres et aux grands arbustes la taille de transparence (voir par ailleurs), ainsi que d’y mettre sa touche personnelle dans l’approche chromatique des associations de feuillages et de fleurs. Pour sortir des sentiers battus, à l’instar de ces jardiniers qui manient les tons cuivrés, les feuillages pourpres, les rouges, les orangés avec subtilité et font crépiter leurs parterres à toutes saisons. Les précurseurs du genre sont les Anglais. Le très fameux Christopher Lloyd, dont elle est une admiratrice, en est le maître incontesté.
Les idées fortes initiées par ses parents sont toujours là. Elle y superpose aujourd’hui sa vision et sa personnalité.
 
 
D’un jardin de ville à un espace multiple
 
Un voyage familial en Angleterre met le pied de Catherine du Roy de Blicquy à l’étrier, ou plus vraisemblablement à la bêche, emportée, à son tour, par la ronde des plantes et des fleurs. Un jardin en ville lui permet de faire ses premières expériences. Des rosiers, des plantes vivaces et quelques buissons, de quoi fleurir sa vie citadine. Dans la foulée, elle rejoint un groupe de jardinières passionnées. Et le virus s’ancre.
Vint le jour du déménagement. Étonnant passage d’un lieu blotti au cœur d’un îlot d’immeubles à un vaste espace ouvert sur une grande variété d’environnements. De quoi pratiquer un jardinage à multiples facettes. De nombreux biotopes sont représentés ici : milieu aquatique avec les étangs, talus, prairies sauvages, ruisseau et berges, mixed-border, grand escalier, cour intérieure, bergerie à la toiture végétale, verger et potager. Collections, plantes indigènes, semis naturels, coups de cœur se bousculent dans cet univers en une foule de petits mondes ayant chacun ses exigences.
Très vite, Catherine s’aperçoit que la gestion de la propriété s’apparente à un job à plein temps et cela lui convient tout à fait. Le jardin l’accompagne et peuple ses pensées. Jour après jour, le plaisir se renouvelle et son enthousiasme ne faiblit pas. À peine levée, les rideaux entrouverts, elle contemple ses pensionnaires qui s’éveillent à leur tour…
Quelques mois furent nécessaires avant de trouver une vitesse de croisière raisonnable et dompter le stress devant l’ampleur du travail qui l’attendait. Désormais, chacun attend son tour. Un coin à la fois suffit à la peine. Là où certains simplifieraient le travail en éclaircissant les plantations, elle prend le parti de les densifier afin de diminuer le poids du désherbage et de l’entretien. Avec pour résultat de jolies scènes où les végétaux parviennent à un délicat équilibre.
 
 
la libre,momento,dehors,jardin,kreftenbroeck,rhode-saint-genèseCornus ‘Kreftenbroeck Pink’
 
Dans l’entrée, un magnifique semis naturel de Cornus kousa a reçu le nom de Cornus kousa ‘Kreftenbroeck Pink’. Très florifère, au port plutôt compact, la fleur se teinte de rose en vieillissant. Des exemplaires greffés sont disponibles à la pépinière le Try, à Céroux (www.letry.be).
 
 
Arbres et fougères
Le Maackia amurensis est un arbre qui a toutes les qualités, selon les amateurs. Sa floraison estivale en panicules suivie de fruits en forme de gousses est magnifique. Ses bourgeons argentés le sont tout autant. Il est très apprécié des abeilles lorsqu’il est en fleurs. Son cousin, le Cladrastis lutea à la jolie silhouette tout en rondeur, attire les regards en automne avec son feuillage doré. Le Tetradium daniellii aux immenses feuilles pennées vire au jaune également en fin d’été et se distingue par ses belles grappes de fruits automnales. À noter également un beau Fraxinus ornus ‘Meczek’ et deux remarquables Zelkova, Zelkova serrata et Zelkova carpinifolia. La toute nouvelle collection de fougères permet déjà de découvrir quelques beaux exemplaires de ces plantes trop méconnues dont Osmunda regalis Purpurascens, la fougère royale teintée de pourpre, Dryopteris lepidopoda aux frondes cuivrées, Athyrium nipponicum ‘Metallicum’ aux reflets argentés.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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