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28/06/2014

Les insulaires au service des continentaux

la libre,momento,autoportrait,philippe vallette,océanographe,nausicaa,îlesOcéanographe de formation, Philippe Vallette est le Directeur Général de Nausicaá. Il a rencontré à de multiples reprises les représentants des États insulaires aux Nations unies et se montre très préoccupé par la situation de ces États. Philippe Vallette est également coprésident du Réseau Océan Mondial.


PHILIPPE VALLETTE EN 7 DATES

1960 : je suis en fait né quand j’ai mis pour la première fois un masque et des palmes, en mer Égée. J’avais 6 ans. Mon père construisait des barrages en Grèce, donc on y habitait. Un jour, j’ai mis son masque trop grand et ses palmes trop grandes, et je suis allé voir ce qui se passait en dessous de la surface de l’eau. Ce fut une révélation.
 
1972 : ma première plongée bouteille, au Maroc, dans la Méditerranée. J’en garde ce souvenir de ne plus avoir à remonter à la surface pour respirer. Ce n’était pas tout à fait raisonnable ce que j’ai fait, car j’ai plongé dans une madrague à thons alors que je n’avais pas le niveau qu’il fallait pour affronter cela. Mais j’en garde un souvenir très fort.
 
1981 : ma première campagne océanographique, au large de Terre-Neuve, à bord de la Thalassa de l’époque. Il s’agissait d’une campagne internationale pour rechercher des solutions pour la grande pêche française. Les morues avaient commencé à largement décroître, donc on pêchait un encornet, ce qui n’était finalement pas une bonne option.
 
1982 : mes débuts à Nausicaá, et le commencement de toute l’aventure puisque j’étais directeur du projet.
 
1991 : l’ouverture au public de Nausicaá.
 
2002 : participation au Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg. Et, à l’issue de ce sommet, la création du Réseau Océan Mondial que nous avons mis sur pied avec différents partenaires du monde entier, notamment pour célébrer la Journée mondiale de l’océan et pour créer le passeport de citoyen de l’océan. Ce dernier se présente comme un passeport normal, mais avec des recommandations pour défendre les océans, pour pouvoir être durable vis-à-vis d’eux.
 
2011 : ouverture de l’exposition temporaire “Histoires d’îles” à Nausicaá, qui est encore accessible aujourd’hui.
 
 
UN ÉVÉNEMENT DE MA VIE
 
Ma première visite à Madagascar, en 2010. J’y ai vu que les insulaires mettaient en place des initiatives de développement durable extraordinairement créatives, qui correspondent sans doute à des solutions dont on aura besoin, nous, les continentaux, d’ici quelques années, vis-à-vis du changement climatique, de la montée des eaux, de la gestion des ressources vivantes, de l’énergie… Les insulaires, comme ils sont dos au mur vu l’espace dont ils disposent, doivent trouver des solutions tout de suite à ces questions que l’on sent bien naître chez nous.
Par exemple, à Madagascar, l’aquaculture de crevettes est durable, alors que, en Asie, c’est vraiment terrible. Les Malgaches ont aussi mis en place l’élevage de concombres de mer, qui sont demandés partout dans le monde, particulièrement par les Asiatiques. Cette bestiole a la particularité d’aspirer le sable d’un côté et de le rejeter tout propre par l’anus. Elle absorbe ainsi toutes les bactéries qu’il y a dedans, et elle s’en nourrit. Ça sert donc d’aspirateur pour le fond des mers et, quand vous retirez tous les concombres de mer d’une baie un peu fermée, plus personne ne passe l’aspirateur. La baie pourrit et on se retrouve sans concombre de mer, qui est un appoint financier, et sans la vie initiale, il n’y a plus de poisson…
À Madagascar, ils se sont aperçus qu’il y avait un problème et ils ont décidé d’essayer de les élever. Avec l’ULg, ils ont mis au point un système de reproduction des concombres de mer et, aujourd’hui, c’est en train de se développer.
On pourrait envisager d’instaurer cela ailleurs. Par exemple dans les îles où les gens ont toujours besoin de revenus complémentaires. Ou dans les endroits où on crée des réserves marines. En attendant que les aires marines produisent, les pêcheurs sont un peu à la peine. Pendant les 3-4-5 années où on crée une réserve, on pourrait élaborer des élevages de concombres de mer, ce qui permettrait d’avoir des appoints financiers. C’est un élevage assez simple : il suffit de délimiter des parcs sur le sable avec un peu d’eau, on ensemence, puis on attend que ça pousse, et, au bout de six mois, c’est à taille commerciale. C’est un très bon exemple de développement durable parce que non seulement on ne prend plus sur le milieu naturel, mais en plus on continue à avoir le revenu que ça produit.
 
 
UNE PHRASE
 
Ou plutôt deux, d’Albert Einstein.
Tout d’abord :
“Nous aurons le destin que nous aurons mérité.”
C’est tout à fait dans l’air du temps, notamment en ce qui concerne le changement climatique…
Heureusement, il y a aussi un message d’espoir :
“L’imagination est plus importante que le savoir.”
Cela veut dire que tout est possible. Il y a des choses que l’on ne sait pas faire aujourd’hui mais que, grâce à notre imagination, on pourra inventer. Ensuite, on mettra des technologies à leur service, pour que ce que l’on a imaginé puisse devenir possible.
 
 
TROIS ILES
 
La Guadeloupe
C’est là que j’ai fait mes premières plongées tropicales, en 1977. À chaque fois que j’y replonge, je trouve que ça s’est dégradé de façon incroyable… Il y a des endroits du monde qui se maintiennent pas mal; par contre, en Guadeloupe, les coraux ont été dégradés par les produits phytosanitaires utilisés pour les cultures de cannes et de bananiers, par le manque de stations d’épuration (même si cela se met en place), puis par le changement climatique. Les coraux qui sont fragilisés par le changement climatique sont en effet très peu tolérants aux agressions. Mais il paraît que ça s’arrange un peu, donc je vais aller vérifier cela cet été.
  
Les Seychelles
J’ai des amis seychellois, et je trouve que le ministre de l’Environnement est un type formidable. Ils font des choses extraordinaires aux Seychelles du point de vue développement durable, du point de vue social, économique, qui pourraient servir à pas mal de pays, et à nous aussi d’ailleurs.
 
L’archipel des Kiribati ou les îles Tuvalu
Des îles qui commencent à être submergées par la montée des eaux… Il arrive que les gosses fassent du foot, comme dans tous les pays du monde, mais ils tapent le ballon dans l’eau. Cela pose aussi des problèmes au niveau de l’eau douce, puisque les nappes phréatiques sont salées. Puis évidemment des problèmes de cultures, et tout ce qui en découle.
 
 
TROIS TRÉSORS
 
La vie
Je suis toujours impressionné par la force de la vie malgré tout ce qu’on peut lui imposer. Là, j’ai un trottoir devant mes yeux et, malgré que ce soit totalement minéral, vous avez des petites pousses d’herbe entre les dalles. La vie est puissante, incroyablement forte ! C’est un message d’espoir.
 
L’amour
Tout simplement parce qu’on ne sait rien faire sans amour. L’amour de la personne qui est à côté, de sa femme, de ses enfants, de ses amis, etc. C’est un véritable moteur, ça donne envie de réaliser des choses.
 
L’imagination
Tout est possible ! Je suis toujours frappé de voir qu’il existe des gens qui ne savent pas sortir de leurs référentiels, or, si on en sort, tout est permis. Il faut penser autrement, il faut avoir des visions qui sont différentes de ce que nous impose le quotidien. Pour trouver des solutions, il faut les imaginer. C’est un peu comme dans le film “Le cercle des poètes disparus”, quand Robin Williams dit à ses élèves : “Regardez bien votre environnement, votre classe. Maintenant, montez sur votre table.” L’environnement n’a pas changé, mais la vision que les élèves en ont a totalement changé. Eh bien, c’est cela qu’il faut faire dans la vie : avoir une vision différente pour réussir à avancer.
 
 
UNE DATE
 
Le 17 octobre 2009
Le Conseil des ministres du président des Maldives sous l’eau.
L’objectif était d’annoncer que les Maldives s’engageaient à ne plus utiliser d’énergies fossiles dans les années à venir. Ils montrent l’exemple et, en plus, ils nous montrent ce qui les attend : vivre sous l’eau puisque l’eau monte et que les Maldives vont finir par être complètement immergées. J’ai trouvé la symbolique extrêmement forte.
 
 
Ph.: A. Rosenfeld - Nausicaa

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