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28/06/2014

Un rêve de jardin dans une île battue par les vents

La Libre, Momento, Dehors, jardin, Georges Delaselle, Batz, BretagneEn Bretagne se cache une petite île authentique avec de belles plages de sable fin et un fabuleux jardin exotique qui emmène le visiteur au bout du monde: Batz.
 
En balade: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


L’ÎLE DE BATZ – prononcez Ba – ne cultive pas le style bon chic bon genre de ses consœurs Bréhat, Belle-Île ou Ré. Cachée dans la baie de Morlaix, en face de Roscoff, on y débarque après une croisière de 10 minutes sur le chenal de 2 km qui la sépare du continent. On découvre alors un îlot granitique d’une superficie de 357 ha, long de 3,5 km et large d’1,5. Baigné par le Gulfstream, son climat est relativement doux. Une végétation assez rase – il y a beaucoup de vent –, des bruyères, des ajoncs et quelques palmiers peuplent cet environnement particulièrement hostile, dont 14 km de côtes où alternent rochers et sable.
 
40 ans de jardinage
 
Georges Delaselle, assureur parisien passionné de botanique et de jardins, met le pied sur Batz pour la première fois en 1897, invité par un ami séduit par son climat. Directement, il tombe sous son charme et y revient quelque temps plus tard pour acheter quelques parcelles, environ 2,5 ha, à la pointe de Penn Batz, à l’est de l’île. Il décide avant tout de créer un jardin “colonial” ou exotique et désire construire un manoir qui ne verra jamais le jour faute de finances suffisantes. Il se contente de la maison du gardien, le jardin restant pour lui la priorité. Les journées sont intenses et les travaux titanesques dans ce sol pauvre où le sable domine et le granit affleure : clôture, modelage de la dune, terrassement – creusement d’une cuvette sur 5 m de profondeur, mise en place d’un talus – et édification de murets. Puis, à force de persévérance et de combat perpétuel contre le vent et le sable, viennent les premières plantations. Des coupe-vent principalement : pins d’Autriche, cyprès de Lambert, Cupressus macrocarpa, et des haies d’arbustes comme Olearia, Euonymus et Elaeagnus.
  
En 1918, atteint de tuberculose, Georges Delaselle décide de s’installer définitivement à Batz. Il quitte donc Paris et son métier d’assureur. Une nouvelle vie d’ermite sur un morceau de terre béni des dieux commence. Il continue à végétaliser son île, développer le jardin, acclimater les plantes et se prend au jeu des collections. Il sera le premier à introduire en France le majestueux Phormium tenax originaire de Nouvelle-Zélande, cette vivace frileuse aux fleurs en panicules brun-rouge et jaunes. Dix années plus tard, le jardin et son caractère exceptionnel sont reconnus. Les visiteurs, triés sur le volet, s’émerveillent devant ces plantes exotiques tout à fait inconnues.
 
Malheureusement, en 1937, fatigué, presque épuisé, M. Delaselle décide à contrecœur de vendre le domaine et se résout à déménager un peu plus loin dans une petite maison au bord de la mer. Sept ans plus tard, il y décède. Le jardin évolue alors tranquillement entre les mains d’un nouvel acquéreur jusqu’à ce qu’il devienne le siège de colonies de vacances et… de ronces envahissantes. Très vite, il ne reste plus rien de la luxuriance d’antan. Sans entretien, c’est la désolation. Il faudra attendre 1987 lorsqu’un groupe de bénévoles, Les Amis du jardin Georges Delaselle, fous de nature et d’environnement, décident de le restaurer. Patiemment, chaque week-end, ils mettent à jour les structures d’origine, remontent les murets et les terrasses puis se mettent à replanter. Comme avant. En 1997, soit 100 ans après le début de la grande aventure, le jardin est définitivement sauvé grâce au Conservatoire de l’Espace Littoral et des Rivages lacustres qui en devient propriétaire.
 

Trésors botaniques
 
À Batz, il n’y a pas qu’un seul jardin, mais plusieurs jardins tels des espaces bien cloisonnés. Une invitation au rêve et au voyage : jardin Maori, terres australes, cacteraie, bassin, lande fleurie, jardin d’herbes… Le domaine est un véritable conservatoire de la biodiversité mondiale, en préservant de nombreuses plantes en voie d’extinction dans leurs milieux naturels. Des bosquets de cordylines à l’allure exotique côtoient une palmeraie blottie dans la cuvette. Elle compte aujourd’hui plus de 40 espèces dont quelques curiosités comme le Trithrinax campestri s ou le Rhopalostylis sapida, un Néo-Zélandais aux palmes plumeuses. Au niveau des floraisons, les spectaculaires Echium, Echium pininana , pointent leurs inflorescences en panicules bleues à près de 6 m de haut, alors que les géraniums de Madère, Geranium maderense , rose soutenu, semblent montés sur des échasses à 1 m 50 de haut. Sans oublier le tapis des Osteospermum, ces marguerites blanches sud-africaines qui s’ouvrent dès le premier rayon de soleil. Les daturas, abutilons et Callistemon complètent le tableau. Quelques plantes parfument la balade : Pittosporum, Hedychium, Reseda, Melianthus, Helychrisum et Cinnamomum, le camphrier.
 
Près de la mer, la cacteraie accueille sur ses terrasses, toute une série de plantes inhabituelles : aloès, agave, Aeonium africain, ficoïdes et autres Yucca. Dans les dunes, on découvre le chardon bleu, Eryngium maritimum, et le chiendent des sables, Elymus arenarius, quelques pavots cornus, les giroflées des sables, l’œillet marin, le liseron des dunes et la carotte sauvage. Parfois, il est même permis de rencontrer une délicate petite orchidée, Anacampsis pyramidalis.
 
 
Jardin colonial 
 
À l’époque, autour de 1900, la mode coloniale s’empare de la vieille Europe. Expositions, conférences, écrits… tout tourne autour des colonies. De même dans les jardins botaniques et privés. Dans notre pays par exemple, le roi Léopold II achète le domaine voisin du parc royal de Laeken, qu’il appelle le Jardin colonial, pour y transférer ses collections de plantes exotiques ramenées du Congo belge.
 
Batz vit également dans l’atmosphère coloniale. Sans nécessairement y privilégier les floraisons hivernales comme à la Côte d’Azur. Au contraire, ici, les mises en scène estivales sont privilégiées. Composées dans un style paysager. Aujourd’hui, on compte plus de 2 000 espèces originaires pour la plupart de l’hémisphère sud, Californie, Chili, Afrique australe, Chine, Australie et Nouvelle-Zélande, des régions au climat proche. Dont une exceptionnelle et rare collection de palmiers.
 
Les principales difficultés de l’acclimatation des plantes dans ce lieu aux conditions extrêmes sont dues à l’excès en sel du sol, à l’origine de carence en fer provoquant des chloroses. Aussi à l’origine d’un taux d’alcalinité important. Attention aux embruns qui causent des brûlures sur les feuillages et au déficit de pluies estivales qui impose un arrosage complémentaire. Sans oublier les tempêtes généralement dévastatrices, comme celles de 1998 et 1999, qui ont le pouvoir de déraciner des arbres centenaires.
 
 
Ph.: Jardin Georges Delaselle

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