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29/06/2014

Vins canariens

La Libre, Momento, Papilles, Vins, îles, CanariesMalgré des conditions pédologiques et climatiques extrêmes, certains cépages ont pu s’acclimater aux îles Canaries.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


LES CANARIES, COMME LES Baléares, comptent parmi les lieux touristiques les plus prisés d’Espagne. Si les touristes y viennent plus pour leurs plages et leur climat que pour leurs vignes, ils contribuent quand même largement à l’augmentation de la demande. Et pourtant, les vignobles de ces îles sont historiques et non dénués d’intérêt.
 
Les Canaries ne semblent pas, à première vue, être une région propice à la culture de la vigne. Les sols sont arides, les vents sahariens abrasifs, une sécheresse permanente. Cependant, grâce au travail tenace de nombreuses générations de vignerons, certains cépages ont réussi à s’acclimater à ces conditions adverses. La culture de la vigne y remonte au XVe siècle. C’est à l’époque que les habitants insulaires (les Guanches) sont tombés sous le joug des rois catholiques d’Espagne qui avaient amené avec eux quelques pieds de vigne.
 
Les îles Canaries étaient le poste le plus avancé où les navires espagnols se réapprovisionnaient, en partant ou en revenant du Nouveau Monde, de plantes et fruits exotiques mais aussi de vin produit sur l’île, le “canary sack”. Comme plusieurs autres îles à vocation vinicole, les Canaries ont jusqu’à ce jour été épargnées par le phylloxéra, et les vignes sont toujours franches de pied.
 
À l’origine, la réputation des vins s’est forgée sur les cépages blancs, grâce aux vins doux produits à partir de malvasia. Si la notoriété actuelle des vins des Canaries s’appuie toujours sur les vins blancs doux et les liqueurs, issus majoritairement de moscatel et de malvasia, force est de constater que 80 % de la production de l’île sont actuellement issus du listan noir. Un cépage à l’origine de vins à boire jeunes qui sont passés ou non par la barrique. On trouve aux Canaries 33 cépages différents comme le listan blanc ou, plus exotique, le negramoll, le gual ou le sabroes. Vu les conditions pédologiques et climatiques extrêmes, les rendements sont extrêmement modérés.
 
 
El Grifo, le vignoble de l’impossible
  
Faisant suite à l’article de la semaine passée consacré à la théorie du 45e parallèle, El Grifo, situé sur le 28e parallèle, relance le débat. El Grifo est la bodega la plus ancienne des îles Canaries et l’une des plus anciennes d’Espagne. Les 61 hectares de la finca, toujours familiale, s’étendent en appellation Lanzarote sur les flancs volcaniques de l’île située le plus au nord de l’archipel des Canaries. Le plus surprenant dans cette zone viticole volcanique, ce sont les systèmes de plantation absolument atypiques. Sur ces sols noirs qui absorbent la chaleur des rayons du soleil, chaque mètre carré a été gagné à la force du poignet par les vignerons qui ont monté des murs de pierres sèches pour former de petites cuvettes ou des murets afin de protéger chaque pied de vigne contre le vent. Près de 100 km de murets sont entretenus régulièrement sur la propriété. La vigne n’est pas palissée, et les sarments rampent au niveau du sol pour se protéger du vent, à l’abri des murets. La mécanisation des travaux agricoles est impossible dans ces conditions et la vendange est réalisée en cagettes de 20 kg. Avec une pluviométrie atteignant à peine 150 mm/an et une densité de plantation se situant entre 300 et 900 pieds par hectare, on comprend bien que le rendement par hectare ne tourne qu’autour de 2 000 kg. Les maladies de la vigne sont peu nombreuses et seulement des traitements à base de soufre sont nécessaires pour lutter contre l’oïdium qui a tendance à se développer sous l’influence de l’humidité matinale apportée par les embruns marins. Étant donné le climat constant et chaud, les différents cycles végétatifs de la vigne ne sont pas induits par le changement des saisons. La vigne reste active tout au long de l’année, et la fin d’un cycle végétatif est imposée par l’homme qui procède à la taille dans le courant du mois de février.
 
 
Dégustation
 
Ariana, El Grifo, D.O Lanzarote, 2012. Un assemblage de listan et de syrah, vieilli en barrique. La couleur rouge brique est plus évoluée. Il est rond, ample, plein de fruits rouges bien mûrs, mais sans perdre de fraîcheur. Un grand vin qui mérite un plat à la hauteur de sa prestance. Médaille d’or au Concours Mondial de Bruxelles.
 
El Grifo, Listan negro, D.O. Lanzarote, 2013. Un vin jeune et fruité qui exprime les caractéristiques du listan noir. La couleur rouge rubis est légère, les arômes de réglisse et de framboise détectés au nez sont confirmés en bouche. À boire sur la jeunesse et légèrement rafraîchi pour souligner le fruit. Un vin original dont la puissance aromatique surprend agréablement. Une belle découverte pour l’été. Médaille d’or au Concours Mondial de Bruxelles.
 
El Grifo, Canari, Vino Dulce de Solera (17 %). Un vin doux de solera à base de malvasia, qui est en fait un assemblage de plusieurs millésimes, 1956, 1970 et 1997. La couleur tend vers le brun. Le nez, fumé aux notes de tabac et de fruits secs, est puissant et bien évolué. La bouche est ample, généreuse et très nette. Elle ne donne pas l’impression d’être sucrée tant les arômes sont puissants. On se situe entre un vin liquoreux et un Jerez. Superbe ! Médaille d’argent au Concours Mondial de Bruxelles.
 
Infos : www.elgrifo.com
 
Ph.: El Grifo

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