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30/06/2014

Crèvecœur, une puissance anéantie

la libre,momento,vie de château,bouvignes,château comtalLe château comtal de Bouvignes, très intelligemment restauré, mérite le détour, pour lui-même et pour les vues.

Philippe Farcy


POUR CONTINUER DANS LE MONDE des donjons, tours et autres éléments médiévaux, et après notre long passage à Rouillon, il suffisait de remonter la Meuse pour aller mettre nos pas dans ce castel démantelé par les armées françaises du roi Henri II, sous les ordres du duc de Nevers. Le château fort de Bouvignes fut définitivement réduit à peu de chose vers 1672, sur décision du souverain espagnol régnant alors sur les Pays-Bas du Sud. On ne vous fera pas la litanie des châteaux forts perdus des deux côtés de la Meuse; ils forment une liste longue comme celle des saints que l’on évoque aux grandes messes papales, notamment aux enterrements.
  
Le château de Bouvignes a dû être important à en croire le dessin de Montigny et celui de Remacle Le Loup pour les “Délices du Païs de Liège” (1742), ce qui ne l’empêcha pas d’aller scruter du côté des terres namuroises (il dessinait pour la gravure quand on lui payait le travail), puisque Bouvignes était au comte de Namur alors que Dinant était au prince-évêque de Liège. Ce château fort était une épine dans la chaussure des Liégeois, à moins que ce ne soit Dinant qui ait été le poil à gratter namurois. Et pendant près de 400 ans, ce ne furent que des chamailleries entre les deux États.
 
Pascal Saint-Amand a rédigé une longue notice sur ce château fort pour le site internet de la ville de Dinant, car Bouvignes est devenue un quartier de la ville, jadis liégeoise. Il y écrit ceci : “Cette vaste résidence seigneuriale, établie sur un promontoire rocheux de type ‘éperon barré’, ceinte de remparts cantonnés de tours, domine la cité bouvignoise en s’étirant sur trois terrasses orientées du Sud au Nord. Elle couvre une surface d’environ 44 ha présentant une longueur de 160 m sur une largeur moyenne de 25 m. La partie supérieure du château, où fut établi un donjon roman, culmine à une altitude de 142 m, tandis que la terrasse inférieure offre un dénivelé d’environ 25 m. Le site est séparé à l’Ouest par le ravin de la Val, et à l’Est par la Meuse, tandis qu’un large fossé taillé dans le roc interdisait toute approche par le Sud.”
 
Les remparts scandés de tourelles, susmentionnés, descendaient jusqu’à l’agglomération et on en voit encore comme la Porte de la Val, tout contre l’église Saint-Lambert dont le vocable, par ailleurs, est une curiosité. On ne fait pas plus liégeois que saint Lambert évidemment.
 
Le château est tel qu’il se trouvait dans les mains de la famille des maîtres de forges Amand de Mendieta depuis 1804.
 
En 2003, la Région wallonne en prit la direction. Les Amand président aux destinées de la très belle maison abbatiale du XVIIIe siècle (anciennes sépulchrines), située à côté de l’église castrale des XIIIe et XIVe siècles. Cette église de pierre bleue est le plus important bâtiment de l’entité et nous n’avons pas encore cité la “Maison espagnole”, merveille baroque due également à un maître de forges, Gobert Maitrecoq, en bas de la place du Baillage.
 
Bouvignes est minuscule comme Durbuy et est d’une richesse patrimoniale étonnante, sans doute équivalente. Dommage finalement que le château médiéval ne soit plus ce bel objet fougueux qui défendait l’entrée du comté, face à des Liégeois toujours menaçants et expansionnistes.
 
L’accès actuel au domaine castral s’effectue quasiment depuis le talus qui supporte l’église. La promenade est belle mais éreintante. Il y a plus simple et, avec la voiture, on monte à l’opposé du fleuve. Arrivé au sommet de la côte, un chemin de campagne file à droite et se perd dans les champs.
Là, entre quarante chèvres, un chevrier des plus sympathiques, et des faisans on trouve le parking d’où on abordera le château avec aisance.
 
Une fois arrivé sur place, ce n’est que du bonheur. Certes il ne reste pas grand-chose des hauts et puissants murs en moellons de calcaire médiévaux. Mais les aménagements récents assumés par la Région wallonne permettent de profiter pleinement du site et, comme cadeau, des vues qui sont là imprenables et d’une grande beauté surtout quand on admire les pelouses calcaires d’en face.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

 

Allez donc à Bouvignes où naquit Edouard Fétis en 1812, en cet été qui commence, vous serez comme votre serviteur, absolument ravi.

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